Nakajima Michitsune
(scénario & dessin)

Baltzar, la Guerre dans le Sang : tome 1

Manga, histoire / uchronie / 19e siècle
Publié en VF le 06 août 2019 chez Meian
Publié en VO à partir de mars 2011 par Shinchosha dans Bunch Comics (« Gunta no Baltzar »)

Le 19e siècle : l’ère des impérialistes. Le commandant Baltzar est envoyé par l’Empire dans une école militaire du Baselland, un pays allié. Sa mission est de mener la réforme du système militaire de ce pays afin de combler leur retard flagrant. Mais il se retrouve un peu perdu face à des instructeurs et des élèves qui se sont depuis longtemps habitué à la paix. Dans cette période de transition entre la paix et la guerre, ils vont devoir affronter leur destin.

J’avais repéré Nakajima Michitsune avec La Bataille de Sekiheki, et je m’étais dit que quand ses titres sortiraient en français je me jetterai dessus. C’est chose fait, et je n’ai pas été déçu : c’est riche en phylactères tant d’explication que de dialoguisation, et les dessins en niveaux de gris sont aussi plaisants qu’aboutis malgré un charadesign assez mainsteam (mais comme le disait Osamu Tezuka, le manga c’est l’émotion avant le réalisme), mais le plus intéressant reste l’histoire, les personnages et les idées qu’ils portent !

La série Baltzar, la Guerre dans le Sang / Gunta no Balzar est un manga uchronique se déroulant au 19e siècle, l’âge de l’industrie, l’ère des impérialismes, mais aussi celle des révolutions… Mais derrière l’uchronie dix-neuvièmiste, il y a une reconstitution très fidèle de l’Europe des nations et des nationalismes en gestation. Grosso modo il y la Prusse et l’Autriche qui veulent unifier l’Allemagne, et la Bavière se retrouve au centre de toutes leurs attention. Ce n’est pas comme si IRL Ludwig II avait été le cousin de Sissi et que ses ministres l’avaient court-circuité avant qu’il de le faire suicider. Et les tensions sont d’autant plus fortes qu’il y a le Danemark qui s’est déjà fait chipé le Schleswig et le Holstein, et que l’Angleterre, la France et la Russie commence à se demander jusqu’où vont aller les ambitions prussiennes…(Oui bon le Japon est fasciné par l’Allemagne, et souvent pour des raisons douteuses mais ce n’est pas le cas ici).

Tout est vu à travers les yeux du Commandant Bernd Balzar, jeune prodige de l’armée « prussienne » qui connaît Napoléons Bonaparte et Carl von Clausewitz par cœur (ce qui donne un côté « La Guerre pour les nuls » très intéressant car joliment pédagogique). C’est une pur produit de la méritocratie qui pense la technologie moderne rend les hommes et les femmes égaux, et c’est un moderniste qui pense que la guerre doit s’adapter à la technologie moderne (et il attend désespérément que cette dernière mettent au point les nouveaux véhicules qui permettront de mettre en application ses théories sur la blitzkrieg, qu’il appelle Zunkinft der Kavallerie). Il un côté Tom Highway dans Le Maître de guerre, car il met beaucoup de cœur à l’ouvrage pour préparer ses recrues à inévitable guerre qui les attend, mais il y a aussi un très chouette côté Hannibal Smith car il adore quand les plans se déroulent sans accroc ! Mais les accrocs arrivent toujours, à commencer par le fait qu’il est nommé instructeur à l’étranger… Il veut accomplir sa mission au plus vite, qui est d’œuvrer au rapprochement de le Prusse et de la Bavière, pour rentrer au pays et continuer à monter en grade dans l’armée prussienne. Mais il finit par s’attacher aux cadets militaires gens dont il a la charge, et je crois que ce n’est absolument pas un hasard si on retrouve des personnages avec de faux airs des Gardes Nationaux de Lady Oscar / La Rose de Versailles. Alors on a Dieter Strunz l’aristo idéaliste, Marcel Jansen le le sniper prolo, Paul Breitenr l’artilleur enthousiaste, Thomas Linke le fantassin jovial et et l’inévitable Oscar François de Jarjayes germanique ici nommée Helmut Marx von Babel…

Une bonne série se doit de posséder un bon méchant : Baltzar qui se voit comme un agent de l’ordre au service de son roi doit affronter sa Némésis nommé Rudolf von Liebknecht qui loue ses services au plus offrant. Son ancien camarade de classe est passé du Côté Obscur pour devenir un agent du chaos, et c’est peu ou prou la version yaoi de la relation D’Artagnan / Milady de Winter : mais quelle idée géniale ! La Bavière devient rapidement un panier de crabe voire une poudrière, et en plus du militaire notre Hannibal Smith dix-neuvièmiste doit s’occuper de modernisation économique, de complots politiques et d’intrigues diplomatiques : ses ennemis le trouvent trop doué pour rester en vie, et sa hiérarchie le trouve trop intelligent pour son propre bien… Pour bien vous vendre cette série, je suis obligé de vous spoiler l’excellent cliffhanger de fin du tome 3 :
ATTENTION SPOILERS l’un des deux princes lui propose de s’associer à lui pour réaliser un coup d’État, en échanges de titres et de terres, mais à condition qu’il quitte l’armée prussienne pour prendre la tête de l’armée bavaroise ! FIN SPOILERS

La paix n’est qu’un répit servant à préparer la prochaine guerre.

Ce tome 1 est bien sûr d’exposition. Baltzar est déçu par sa promotion, mais il compte bien accomplir sa mission. Il découvre une école militaire qui semble tout miser sur la cavalerie au détriment de l’artillerie (= intellos) et de l’infanterie (= chair à canon). A peine arrivé, déjà chahuté : il doit désamorcer une manifestation hostile, et comme il a oublié d’être con il file le train de ceux qu’ils soupçonnent d’être des agitateurs professionnels. C’est ainsi qu’entre Dunkel et Radler, Kohlwurst et Schweinehaxe, il découvre qu’il y a quelque chose de pourri au Royaume de Bavière…

Baltzar remonte le moral des artilleurs en leur permettant de s’entraîner à boulet réels, puis s’occupe de moderniser les tactiques d’infanterie. C’est là qu’il rabat le caquet d’une caricature de junker : monumentale erreur, il s’agit du Prince Reiner August Binkelfeld propriétaire et directeur de l’école militaire de Bavière. Après un passage au gniouf, il doit faire la preuve de ses théories sur le terrain : on vide les prisons de 55 prisonniers, 5 seront équipés de fusils prussiens, 50 seront équipés de mousquets bavarois… Le camp survivant aura fait la preuve de la supériorité des nouvelles ou des anciennes tactiques, et évidemment notre Hannibal Smith dix-neuvièmiste est de la partie et doit se donner en spectacle devant la fine fleur de l’aristocratie et de la bourgeoisie : To Be Continued !

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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