Takumi Ohyama

Bounder

Manga, histoire / antiquité
Publié en VF le 22 août 2019 chez Kurokawa
Publié en VO en 2016  dans le Bessatsu Shônen Magazine des éditions Kôdansha (« Saikyô no Shônen Kô U »)

Combattre Qin, c’est s’engager sur une voie sanglante… Le peuple souffre sous l’oppression du premier Empereur qui a unifié la Chine. C’est dans ce contexte que Yu, un jeune orphelin qui a vu ses parents être assassinés sur ordre de l’Empereur, survit dans la misère jusqu’à ce que l’armée réapparaisse à ses 14 ans. « Je veux détruire l’Empereur… et l’Empire !!! « . Levé de rideau sur ce spectacle historique épique mettant en scène un jeune garçon à la conquête du trône.

Kingdom redux ? Oui mais non, Takumi Ohyama a d’autres projets… En l’an 200 avant J.-C, une météorite s’écrase quelque part en Chine. Les rumeurs disent que dessus était inscrit « à la mort de Qin Shi Huang, le territoire se divisera et un nouveau roi apparaîtra pour gouverner. » Le fondateur de l’Empire du Milieu qui a unifié les royaumes chinois par la force et qui les gouverne pas la terreur est toujours persuadé qu’il découvrira le secret de l’immortalité avant sa mort, donc pour lui de tels ragots plus que séditieux sont des crimes de lèse-majesté. Et pour mettre fin aux rumeurs il fait exécuter toute la population sur 180 km (véridique)… Xiang Yu a vu ses parents être assassinés sur ordre de l’Empereur : c’est un survivant, et il jure de le tuer de ses propres mains. Mais que faire contre le Bête Immonde ? Seul contre tous il se reconstruit pour devenir la fissure qui détruira Qin !

Xiang Yu général à 25 ans fut l’un des principaux artisans de la fin de la Dynastie Qin, mais c’est son mentor Liu Bang qui fonda la Dynastie Han sous le nom de Gaozu après sa disgrâce et son suicide (oups, j’ai spoilé)… Bounder se veut être le récit de sa jeunesse et entre quête d’apprentissage et quête de vengeance on est sans doute plus prêt de la Mythologie que de l’Histoire car il marche furieusement dans les pas du Héros aux mille et un visage de Joseph Campbell. Il rencontre des compagnons et la manière dont il rallie à lui hors-la-loin, renégats, déshérités et laissés pour compte n’est pas son rappeler notre bon vieux Robin des Bois. Sauf que nos héros n’affrontent pas le Shérif de Nottingham mais le Gouverneur de Chu qui est bien plus intelligent et plus puissant que ce dernier, laissant les mécontents rallier des partisans pour les tuer pour se faire bien voir du régime ou les utiliser pour s’emparer du régime, et ils n’affrontent pas Jean Sans Terre / John Lackland mais Qin Shi Huang l’un des pires tyrans de tous les temps. Le manga prend ainsi la forme d’un road movie où Xiang Yu découvre toute l’horreur d’un régime totalitaire. L’unification de la Chine se fit dans le sang avec des millions de morts, le plus souvent brûlés vifs ou enterrés vivants, mais le cauchemar continua avec les grands travaux de l’empereur qui firent des millions de victimes supplémentaires. Les peuples vivent dans la terreur : la moindre faute devient un crime qu’elle soit politique, militaire, économique ou culturelle, et non seulement tous les crimes sont punis par la peine de mort, mais en plus au nom de le responsabilité collectives ce sont des familles ou des communautés entières qui sont massacrées pour qu’un monstre puisse se croire l’égal d’un dieu (qui d’ailleurs détruisit le passé de sa civilisation pour être le seul maître de son avenir : autodafés pour tous les livres et tous les lettrés).

– Je suis certain au fond de moi qu’un monde où l’on n’aide pas les blessés n’a pas de raison d’être. Qu’un monde où l’on tue ceux qui possèdent des livres n’a pas de raison d’être. Qu’un monde où l’on ne sauve pas l’enfant devant ses yeux n’a pas de raison d’être. Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne le sais pas encore… Je sais juste qu’il faut rebondir sur les émotions si puissantes que je ressens. Il faut rebondir sur la peur ! Il faut rebondir sur la tyrannie ! Il faut rebondir sur un handicap de taille ! Il faut rebondir sur l’adversité totale ! OUI ! REBONDIR SANS LIMITES !

On vole à Xiang Yu sa vengeance car le premier empereur meurt avant qu’il ne puisse l’accomplir, mais qu’importe au jeune homme : ce n’est plus un homme qu’il affronte, mais un État totalitaire et son idéologie mortifère. C’est passionnant, mais c’est un manga d’autant plus frustrant que les dessins de Takumi Ohyama sont très bien. Les 370 pages ne sont pas suffisantes pour traiter d’un sujet aussi ambitieux, et j’ai eu l’impression que la fin du récit en était finalement le commencement. Pour tout boucler on fait des ellipse et des flashforwards, et on accélère le récit tout en s’attardant sur tel ou tel point de l’Histoire et/ou de la légende. Cela pose un petit souci hétérogénéité renforcé par le fait que ton alterne un ton shonen nekketsu avec ses codes et ses gimmicks et un ton seinen tellement sérieux qu’on pourrait se croire dans un gekida (manga social abordant de manière totalement adulte des thèmes totalement adultes).

Un manga qui ne tient pas toutes ses promesses certes, car il en fait beaucoup et de belles, mais une découverte intéressante et instructive qui élargira la culture et les horizons de ses lectrices et de ses lecteurs. Cela ne fait qu’un seul tome, donc avis à tous les professeurs documentalistes de France et de Navarre car j’imagine bien les élèves de 3e en train d’étudier le nazisme, le communisme, la collaboration et la résistance à l’oppression se poser de saines questions grâce à cet ouvrage…

note : 7/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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