Carmine Gallone (réalisation)
Carmine Gallone, Ennio De Concini, Duccio Tessari (écriture)
d’après Emilio Salgari

Carthage en flammes

Film, histoire / peplum
Sorti en 1959 (« Cartagine in fiamme »)

Durant la Troisième guerre punique, alors que le consul Scipion Émilien débarque sur les côtes d’Afrique, la ville de Carthage connait de plus en plus de problèmes face aux Romains. À l’intérieur même de la cité, les Carthaginois sont partagés, certains voulant lutter jusqu’à la mort, d’autres préférant traiter avec l’ennemi. Hermon lui-même, suffète à la tête du Grand Conseil de la cité, hésite sur la conduite à adopter. Phégor, le chef de la garde sacrée, est favorable aux négociations avec les Romains qui souhaitent détruire Carthage et reconstruire une nouvelle cité plus éloignée de la côte afin de réduire à néant la puissance maritime de la rivale de Rome tandis qu’Hiram, chef militaire de Carthage, pense qu’il faut défendre la ville contre les Romains et doit s’exiler pour échapper à la mort. Il laisse sa fiancée Ophir, la fille d’Hermon, menacée aussi par l’avancée romaine. Hiram revient à Carthage afin de sauver Fulvia, une romaine qui lui a jadis sauvé la vie et que le grand prêtre s’apprête à sacrifier sur l’autel de Baal-Moloch en raison de la haine du peuple pour les Romains. Hiram s’enfuit ensuite sur le navire de son ami Sidon mais Phégor qui voulait faire de Fulvia son épouse se lance à leur poursuite à bord de la dernière trirème que Rome a laissé à la flotte carthaginoise. Hiram revient ensuite enlever Ophir qui s’apprêtait à épouser Tsour, son ami d’enfance, car Hermon ne voulait pas que sa fille épouse Hiram bannit. L’armée carthaginoise commandée par Hasdrubal le Boétharque est définitivement vaincue par les légions romaines. Phégor trahit la cité dans le but d’éviter les morts tandis qu’Hiram qui plaide la cause de la défense de la ville est autorisé à rentrer à Carthage, il défend la cité contre les Romains mais vaincu, il doit fuir par la mer. Hiram et Ophir seront sauvés et verront de leur bateau la destruction de Carthage par les flammes.

 

Un film qui sent bon le cinéma de quartier et la défunte émission éponyme du génial Jean-Pierre Dionnet. Un film qui mine de rien sort agréablement du cahier des charges des classiques hollywoodiens.

Carmine Gallone avait traité de la 2e Guerre Punique avec Scipion l’Africain. Il récidive en 1959 avec Carthage en Flammes, mais nous sommes lors de la 3e Guerre Punique et Rome veut raser la capitale de son meilleur ennemi.
Tout cela est ici montré du côté carthaginois où s’affrontent héros patriotes et traîtres collaborateurs. Les premiers essayent désespérément de sauver ce qui peut l’être, les seconds multiplient intrigues et manipulations pour tirer les marrons du feu et pour augmenter la position qu’ils espèrent obtenir des Romains.
Le moteur de l’intrigue ce sont les romances qui se nouent entre les personnages principaux :
– Ophir est folle amoureuse du héros patriote Hiram
– Tsour est fou amoureux de son amie d’enfance Ophir
– Fulvia est folle amoureuse d’Hiram qu’elle a sauvé
– Phégor est fou amoureux de la romaine rebelle Fulvia

 

Tout cela date d’une autre époque mais j’ai trouvé que les motivations et les évolutions étaient bien campées. Certains agissent noblement, d’autres bassement mais tous sont tiraillés entre ambition, dévotion et passion. D’ailleurs les acteurs sont pas mal du tout et on retrouve :
– aux nobles José Suárez (Hiram) et Mario Girotti (Tsour), plus connu sous le pseudonyme de Terence Hill, s’oppose le manager carriériste Daniel Gélin (Phégor) qui espère monter en grade sous l’occupation romaine
– si Ilaria Occhini campe une cruche (Ophir), c’est compensée par la torturée Anne Heywood (Fulvia)
– ajoutons le courageux Thala (Ivo Garrani) et le désespéré Aldo Silvani (Hermon)
– ajoutons les loyaux Edith Peters des Peters Sisters (Sarepta) et Pierre Brasseur (Sidon)
On imagine facilement un Kingdom of Heaven antique, mais ici Carmine Gallone n’est pas à la hauteur !
Pourtant il avait défié en 1937 le Ministère de la Propagande de Benito Mussolini en mettant en avant la romance entre Hannibal et une vestale qui désamorçait tout le discours nationaliste du film : le barbare africain à coloniser se montrait plus humaniste et plus progressiste que les impérialistes latins et leur beaux discours bien suprématistes sur la civilisation blanche.

Le potentiel est là, l’histoire et les personnages sont intéressants, les décors et les musiques sont réussis. Mais le travail du bon Mario Nascimbene ne rattrape pas un montage sonore catastrophique : les bruits des coups portés ne correspondent pas aux images, ce qui donne un côté ridicule à des combats déjà pas terribles. Et le gros problème c’est qu’on tire tout cela du livre de l’immense auteur Emilio Salgari :
– on a fait de grosses coupes dans le scénario et il est bien difficile de rentrer dans l’histoire du film (ainsi les flashbacks sur l’exil d’Hiram et sa rencontre avec Fulvia n’expliquent pas grand-chose)
– il y a des liens très forts entre des personnages qui ne sont pas explicités (les compagnons d’Hiram, qui ont chacun leur personnalité, leur histoire et leur destin dans le livre sont survolés ; l’amitié entre le carthaginois Hiram et le mercenaire Thala est mal rendue à l’écran alors qu’elle est importante ; Hermon, Hasdrubal et Massinissa, essentiels dans le livre, ne sont ici quasiment pas utilisés du tout)

Un film à potentiel intéressant mais raté, disons plutôt dépassé, à réserver aux afficionados et aux nostalgiques de La Dernière Séance. Voilà un film qui attend impatiemment un bon remake (je pense à Ridley Scott qui a vraiment du mal avec les scénarii…) Voilà un film qui donne envie de se replonger dans le très bon Qushmarrah de Glen Cook qui traite le même sujet à la sauce Dark Fantasy !

note : 5,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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