Sandy Mitchell

Ciaphas Cain

Tome 01 :

Pour l’Empereur

Roman, science-fiction / space-opera / guerre
Publié en VF le 05/03/2009 (Bibliothèque interdite)
Publié en VO en 2003 (« For the Emperor »)

Le commissaire Ciaphas Cain, héros de l’Impérium, est réputé à travers toute la galaxie pour sa bravoure et son héroïsme. Envoyé sur un monde frontalier de l’empire Tay, Cain et ses hommes doivent maintenir le calme parmi la population humaine. Toutefois, l’ambassadeur xenos est assassiné et la situation devient rapidement incontrôlable. Cain et son régiment de Valhalha se retrouvent en plein milieu d’une guerre civile difficile à contenir. Le héros du peuple, parviendra-t-il à découvrir le vrai responsable des évènements tragiques qui embrasent la planète avant qu’elle ne soit perdue pour l’Imperium ?

Rendons à César ce qui appartient à César : c’est la critique de fnitter qui m’a donné envie de démarrer cette série franchisée Warhammer 40000. J’ai tout de suite vu qu’on empruntait aux très populaires outre-manche (més)aventures de Sir Harry Paget Flashman, antihéros victorien créé par George MacDonald Fraser pour démonter en bonnes et dues formes l’idéologie raciste, machiste et impérialiste de cette époque regrettée avec nostalgie par les élites britanniques. D’ailleurs les deux séries sont présentées sous formes d’archives : les mémoires du personnage ont été remaniées par une tierce personne car trop bordéliques pour être publiées tel quel…

Comme Flashman, Ciaphas Cain est lâche et égoïste, pleutre et menteur, rusé et manipulateur, toujours prompt à rester planqué ou à tirer les marrons du feu. Il n’a mérité aucune des récompenses qu’il a reçues, et s’en moque éperdument car il chanceux et malin. Sauf qu’au fil du temps sa réputation augmente, et qu’il se retrouve pris au piège de sa propre légende en gestation : supérieurs et subordonnés attendent de lui qu’il résolve tous les problèmes possibles et imaginables. De temps à autres l’auteur oublie (ou pas) qu’il est dans l’univers Warhammer 40000 et nous gratifie de piques contre sa Gracieuse Majesté ou contre la propagande impérialiste naguère utilisée par les Rosbeefs et désormais utilisée par les Yankees (la simple protection des intérêts commerciaux est toujours synonymes de conquête à court terme et d’annexion à moyen terme pour les malheureuse victimes désignées)
Néanmoins le personnage remanié par Sandy Mitchell reste sympathique, car débarrassé des aspects les plus détestables de son modèle d’origine (Flashman était un butor misogyne persuadé que les femmes n’existent que pour se pâmer à ses pieds et satisfaire tous ses fantasmes, alors qu’ici le commissaire politique Ciaphas Cain se fait souvent tirer l’oreille par inquisitrice religieuse Amberley Vail… Ouf amies lectrices, on l’a échappée belle !). Il est même attachant dans sa manière de cacher ses véritables origines, dans sa manière de constamment se dénigrer alors qu’il n’est pas si mauvais que cela, dans la manière dont il finalement il essaie de protéger ceux dont il a la charge, dans sa relation avec le loyal mais singulier Ferik Jurgen, et bien sûr dans son histoire d’amour vache avec celle avec laquelle il ne pourra jamais conclure… Presque un anti-Flashman en fait ! mdr

C’est en cours de lecture que j’ai identifié les emprunts à la série Blackadder (la saison 4 intitulée Blackadder Goes Forth qui se déroule durant la WWI) :
– le capitaine Blackadder (interprété par Roman Atkison) qui fait tout pour ne jamais donner l’assaut sur la tranchée adverse, c’est notre sympathique froussard héroïque
– l’ordonnance S. Baldrick et ses problème hygiéniques et vestimentaires, c’est le très discret mais très loyal Ferik Jurgen
– l’idéaliste lieutenant George Barleigh (interprété par Hugh Laurie), c’est la lieutenante Jenit Sulla qui meurt d’envie d’entrer héroïquement dans l’Histoire militaire
– les rôles du général Melchett (interprété par Stephen Fry) et du capitaine Darling qui ne peut pas saquer Blackadder, sont repris par le Seigneur Général Zyvan et le colonel Mostrue, qui ne peut pas saquer Ciaphas Cain

On pourrait tiquer sur les nombreuses redondances qui apparaissent en cours de lecture : la chance/malchance de Cain, son autodérision et son auto-dénigrement, ses sarcasmes sur la bêtise des troufions et la stupidité des gradés, les remarques sur l’hygiène corporel de Jurgen ou sur la folle témérité de Jenit Sulla, les notes de bas pages d’Amberley Vail qui en rajoutent une couche, les extraits de témoignages toujours pompiers donc très second degré, les cliffhangers de fin de chapitre, le comique de répétition, la pré-itération… Mais cela serait oublier qu’on est dans un serial, et qu’un serial sans certaines répétitions ce n’est plus un serial ! Et puis tous ces clins d’œil aux classiques, voire aux gimmicks, de la culture populaire, cela fait toujours très plaisir à lire… Pas de la grande littérature certes, mais de la bonne littérature d’évasion, et pour les novélisations d’un univers franchisé ce n’était pas gagné. Bref, un agréable moment de littérature populaire : amis / amies easy readers, enjoy !

– Le problème lorsque les gens pensent que vous êtes un héros, c’est qu’ils sont persuadés que vous aimez vous retrouver en danger de mort, et qu’ils font de gros efforts pour que cela vous arrive.

Dans ce tome 1 intitulé Pour l’Empereur, Ciaphas Cain nouvellement muté doit affronter un nouvel avatar de la guerre des sexes entre le régiment masculin du 301e Valhalla et le régiment féminin du 269e Valhalla. Et cela commence très mal par une émeute au mess qui dégénère en bain de sang et s’achève à la cour martiale de la flotte impériale par 5 condamnations à mort ! Notre antihéros et son régiment réformé du 597e Valhalla sont alors envoyés dans la planète Gravalax, un trou paumé de l’espace au bord de la guerre civile : les Loyalistes n’attendent qu’une occasion de donner l’assaut au palais de l’ambassadeur tau, et les Xénoistes n’attendent qu’une occasion de donner l’assaut au palais du gouverneur humain… La capitale est une véritable poudrière : les deux camps ont réussi à infiltrer les unités des Forces de Défense Planétaire, tout le monde n’attend qu’une occasion de se mettre joyeusement sur la gueule !

Or l’Imperium a d’autres chats à fouetter que de combattre la techno-sorcellerie tau dans un trou paumé de l’espace, et l’Empire Tau a d’autres chats a fouetter que de s’enliser dans un guerre d’usure avec la Garde Impériale dans un trou paumé de l’espace… Bref, les autorités humaines et extraterrestres collaborent plus ou moins pour empêcher les choses de déraper ou de dégénérer ! mdr

Mais un assassinat hautement symbolique met le feu aux poudres et tout part rapidement en cacahuètes ! Le Commissaire Ciaphas Cain et une sémillante inquisitrice aux cheveux blonds et aux yeux bleus doivent enquêter sur les véritables instigateurs du chaos… Ils explorent les égouts de la capitale planétaire en prenant la tête d’un commando disciplinaire composé… des fortes têtes condamnées par Ciaphas Cain au début du roman ! Qui a dit mission suicide ? mdr
J’appelle les Douze Salopards divisés par 2 :
– Bella Trebek, spécialiste du close combat
– Tobias Kelp, brute vicieuse
– Tomas Hobenbi, infirmier geignard
– Grieslda Veladde, poissarde de service
– Maxim Sorel, sniper au sang froid et aux nerfs d’acier
Et ce n’est qu’en collaborant à plusieurs reprises avec les Xenos que notre froussard héroïque aura peut-être une chance de sauver sa peau et de pouvoir remonter à la surface pour avertir les uns et les autres du grave danger qui les menace tous. D’autant plus que la mission tourne vite au cauchemar, puis à l’horreur une fois démasqués les traîtres à l’humanité… On alterne combats de blindés, gunfights au pistolaser et duel à l’épée tronçonneuse… Longue vie au cape & laser !!!

C’est bien souvent le jeu de la narration à la 1ère personne, mais les personnages secondaires manquent souvent d’épaisseur. Pire lors de l’opération commando dans les égouts, comme dans un mauvais slasher on les met en avant et les développe juste un peu avant qu’ils ne meurent (salement le plus souvent). Il n’y guère que notre sémillante inquisitrice transformiste qui tire son épingle du jeu en entraînant dans son sillage notre froussard héroïque. C’est dommage, car il y avait clairement matière à faire avec cette galerie de personnages parfois hauts en couleurs…
Sinon on est entre les intrigues et les investigations de la trilogie Eisenhorn et les scènes d’action des Fantômes de Gaunt. On est un ton en dessous des 2 cycles de Dan Abnett, auteur phare de la franchise Warhammer 40000 à laquelle Sandy Mitchell fait quelques emprunts comme les psykers négatifs ou le frère caché de Cuu le psychopathe. Mais on est d’abord et surtout dans un récit assez pour ne pas dire très 2e degré car l’humour est omniprésent à plusieurs niveaux :
– un 1er niveau dans le comique de situation (voire de répétition, dont use parfois un peu trop l’auteur), les ennuis ayant la fâcheuse habitude de suivre à la trace Ciaphas Cain, lui-même assez régulièrement victime de la fameuse Loi de Murphy
– un 2e niveau, avec les commentaires de Ciaphas Cain plein d’ironie et de sarcasme sur lui-même, ses actes supposés héroïques et la manière dont tout le monde se trompe sur lui-même
– un 3e niveau avec les notes de bas de page d’Amberley Vail qui commentant l’autobiographie de Ciaphas Cain, et qui montre que le froussard héroïque est finalement plus héroïque que froussard
– un 4e niveau avec moult témoignages pour donner une vue d’ensemble sur le conflit en cours :
« Exterminez les coupables ! Un compte rendu impartial de la libération de Gravalax », écrit par Stententious Logar, un gros con démagogue qui gobe tout ce que balance la propagande impériale et passe son temps à cracher son venin sur le libéralisme, le libre échange et les libres marchands…
« Comme le Phénix Naît des Flammes ; la fondation du 597e », écrit par la Générale Fenit Sulla (qui ici n’est encore que lieutenante), qui s’y croit à mort en faisant de l’epicness to the max, quitte à reprendre quelques citations du bourrin d’Apocalypse Now qui aime l’odeur du napalm petit matin…
Les deux témoignages se contredisent joyeusement sur toute la ligne, et sont bien loin de la vérité racontée par le Commissaire Ciaphas Cain ou explicitée par l’Inquisitrice Amberley Vail…

 

Bref de la littérature franchisée bien troussée, qui ici prend la forme d’un petit roman dense et rythmé qui mélange habilement action et humour. C’est même presque dommage que l’ensemble n’ait pas eu davantage d’ambitions littéraires, car une prose une peu plus travaillée aurait apporté une jolie plus value à l’ensemble et j’aurais pris encore plus de plaisir à ce premier opus.
La série toujours en cours compte à ce jour 10 tomes. J’ai un peu peur que la formule ne s’essouffle à moins d’y insuffler une dose de « vachement bien » (Steven Brust copyright), et il faut espace leur lecture pour garder intact l’efficacité du comique de répétition…

PS : Dans l’intégrale, le roman est introduit par la nouvelle intitulée Combattre ou fuir, il faut choisir ! Le commissaire militaire Ciaphas Cain est muté à sa demande dans le 12e régiment d’artillerie de Valhalla, dans l’espoir d’être pour être le plus loin possible de la ligne de front contre les tyrannides… Mais avec ces créatures cauchemardesques qui semblent sortir de la saga Alien, la ligne de front a tendance à se rapprocher assez rapidement. 1ère aventure de notre antihéros qui va ici rencontrer le singulier canonnier Jurgen, qui sera son odoriférant aide de camp dans tout le reste de la saga.

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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