Jean-Luc Istin (scénario)
Zivorad Radivojevic (dessin)

Conquêtes tome 1

Islandia

Bande dessinée, science-fiction / planet opera
Publiée le 12 septembre 2018 chez Soleil

L’Humanité est désormais composée de 5 colonies disposant d’une armada de vaisseaux qui sillonne l’espace vers 5 exoplanètes. Ces mondes, peuplés par des formes de vies intelligentes, impliquent un seul choix dicté par la survie : conquérir. L’objectif est atteint : Islandia, planète de glace où une seule race d’autochtones est répertoriée. Sur ordre de l’amiral Ragnvald Hakarsson, l’oberleutnant Kirsten Konig est chargée d’établir le contact avec les « Islandiens ». Mais depuis son réveil, Konig a des maux de crâne incessants, des vertiges et des hallucinations qui semblent reliés à la planète. Au sol, on lui apprend que Colony 2 a été attaquée ne laissant aucun survivant ni témoin. Konig enquête, et alors que tout accuse les Islandiens, elle creuse une toute autre piste qui va la mener au cœur d’un complot qu’elle n’aurait jamais cru possible.

A l’heure où pas mal d’auteurs de BD rament pour faire 48 pages en 2 ans la concurrence est rude face aux auteurs de comics qui vont la même chose en 2 mois et face aux auteurs de mangas qui font la même chose en 2 semaines. Face à ce problème les éditions Soleil continue sur leur lancée avec une nouvelle collection thématique enquillant les stand-alone selon le principe du « temps qu’on gagne, on joue »… La Terre est condamnée et ne peut plus abriter l’humanité parce que les élites de celle-ci ont été suffisamment stupides pour s’en remettre les yeux fermées à la doxa hypercapitaliste de la croissance infinie dans un monde fini, duc coup 5 flottes se dirigent vers 5 exoplanètes qui sont autant de colonies potentielles pour ce qu’il reste de l’humanité (et évidemment faute de remise en cause tout est appeler à recommencer). L’inévitable plotmaster Jean-Luc Istin est une fois de plus aux manettes, et nous savons désormais tous et toutes qu’il est capable du bon comme du moins bon : j’imagine déjà par avance les bonnes voies qu’il ne suivra pas pour développer la série…

Dans ce tome 1 intitulé Islandia, tout est raconté du point de vue de l’Oberlieutenant Kirsten Konig chargée d’établir un premier contact entre l’humanité avec les aliens de l’exoplanète Islandia après 300 de cryosommeil : les hommes de terrain font tout pour les événements se déroulent sans trop d’accrocs, mais l’amiral Ragnvald Hakarson lui fait tout pour brusquer et accélérer le choses au mépris du bon sens le plus élémentaire (c’est l’éternel opposition entre les êtres humains bien conscients de la complexité de la vie, et les managers à la con et autres petits marquis de mes couilles persuadés que la réalité doit plier à leurs volontés… Monde De Merde again !). L’autorité à chier (pléonasme) ordonne la colonisation à marche forcée, mais les destructions se multiplient sur Islandia puis dans la flotte. Évidemment on accuse les aliens pacifistes et low-tech d’actes terroristes de haute volée, mais si le doute est permis sur la destruction des nouvelles colonies plus personne ne croit aux bobards des autorités après la destruction du vaisseau dénommé Smaug… Mais qui croire puisque que l’amirauté cache des choses, que l’équipe scientifique cache des choses, que l’IA de la flotte Freya cache des choses et que les aliens d’Islandia cachent des choses. Sans compter que l’Oberlieutenant Kirsten Konig ne peut même pas se fier à elle-même car elle est victime d’hallucinations depuis sa sortie d’hibernation !

L’homme est une race particulière qui a une tendance majeure à l’auto-destruction quand il ne détruit pas l’autre.

Malgré les clins d’œil à Arthur C. Clarke / Stanley Kubrick et aux frères Arcadi et Boris Strougatski, on est ici pile-poil entre l’Avatar de James Cameron et le Crawlspace de Justin Dix… Je suis persuadé que tout le monde connaît le premier, mais je vous complètement le plaisir de la découverte concernant le second ! Pour tout le reste j’ai beaucoup aimé mais ce tome a les défauts de ses qualités : comme dans la série « Androïdes » nous sommes dans un pot-pourri, de qualité certes mais un pot-pourri quand même… le récit fait 78 pages, mais le relation-ship drama aurait pu être plus étoffé : OK pour la maman bimbo et badass (héritage Ellen Ripley ^^), mais quid de Johannes Hartmann son amant (qui a quand même droit à un tragique moment de gloire) et des Dirty Dozen placés sous ses ordres ? Et de la même manière le rôle et le background des aliens avaient matière à être plus étoffés, et c’est d’autant plus dommage, qu’on consacre finalement pas mal de cases à du pure fanservice plus ou moins boobesque. Après je n’ai pas compris le gros délire autour du design pro-reich : la SF japonaise adorent recourir aux Allemands dans l’Espâce pour pointer du doigt l’impérialisme et le militarisme sans remettre en cause leur propre histoire, mais là entre IIe et IIIe Reich ou on est carrément dans le german friendly voire le national-socialisme friendly (peut-être que les tomes suivants apporteront des éléments d’explications, mais je n’y crois guère).

Les graphismes assurés par Zivorad Radivojevic aux dessins et Eber Evangelista aux couleurs sont dans le mainstream de qualité qui caractérisent les éditions Soleil, mais alors là vraiment de qualité grâce aux doubles pages qui dégagent une véritable classe. Sans doute des artistes dont il faudra suivre la carrière…

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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