Nicolas Jarry (scénario)
& Stéphane Créty (dessin)

Conquêtes,
tome 3 : Deluvenn

Bande dessinée, science-fiction / planet opera
Publiée le 22 mai 2019 chez Soleil

L’Humanité est désormais composée de 5 colonies. Chacune dispose d’une armada de vaisseaux qui sillonne l’espace vers 5 exoplanètes. Ces mondes, peuplés par des formes de vie intelligente, impliquent un seul choix dicté par la survie : conquérir. Decornum est vaste et ses ressources abondantes pourraient permettre à la colonie japonaise de jeter les bases d’une nouvelle civilisation… si seulement une partie des Aliens, dont le cœur est capable de générer une énergie presque illimitée, ne leur était pas hostile. À bout de souffle, d’hommes et de matériel, la colonie est obligée de se replier, laissant sur la planète quelques têtes brûlées comme Keïto dont la mission est de récolter des informations vitales à leur survie.

Après les Nordiques militaires et les Méridionaux bricolos de l’espâce, ce tome 3 de la série Conquêtes trace sa voie avec le film Avatar de James Cameron dans le rétroviseur fait la part belle à ce qu’il reste du Japon hightech dirigé par l’impératrice Kojun. Decornum est une planète géante qui fait 2 fois la taille de la Terre malgré une gravité similaire (tout ce qu’on apprendra par la suite viendra contredire de A à Z les concepts développés par Jack Vance dans son propre roman Big Planet). Elle est peuplée de 10 millions de « Dominants » et d’1 milliards de « Serfs » leurs servants d’esclaves. Si les Serfs ne sont pas hostiles aux Migreurs, les Dominants eux leur font la guerre à outrance, et leur facultés à se servir du champ magnétique de leur planète comme armes offensives et comme armes défensives met à rude épreuve les méchas de la nouvelle armée impériale japonaise, qui faute de ressources ne peut vraiment pas se permettre une guerre d’usure !
Tout tourne autour de la relation entre la capitaine Astuka Neru samouraï dans l’âme qui ne vit que pour servir, et Keïto Abe une ancienne racaille tokyoïte qui n’attend plus rien de la vie (bien aimé que les officiers femmes gravitant autour d’Atsuka se foutent de la gueule de Keïto considéré comme un imbécile inculte et incapable). Keïto se porte volontaire pour une mission d’infiltration chez les Serfs, et devient alors Rahan, euh pardon Ketoruq la tête brûlée qui à la chasse prend des risques inconsidérés….

– Mon grand-père était shintoïste, il me répétait souvent que l’homme ne valait pas plus qu’une goutte de rosée… Je ne pouvais lui donner tort… Même si ce n’était pas forcément à des gouttes de rosée que j’aurais comparé notre espèce…

ATTENTION ZONE SPOILERS !!!
Quand les Dominants viennent chez ses nouveaux amis pour pratiquer des sacrifices humains, il n’hésite pas à griller sa couverture pour essayer de les sauver… Et c’est là qu’il découvre que la guerre n’aura pas de fin puisque les Dominants asexués se reproduisent en faisant ingurgiter leur sang mutagène aux Serfs. L’Amiral Fujiwara décide que si on ne peut pas détruire les Dominants alors on détruira les condensateurs qui leur servent à manipuler la magnétosphère : Atsuka et Keïto sont volontaires pour faire exploser l’un d’entre eux, mais depuis que Keïto a appris que ceux qu’il a sauvé ont servi aux vivisections des nouveaux Shirô Ishii de son pays il n’est plus le même… C’est lui qui au cœur de la planète découvre son véritable maître ainsi que tous ses secrets (la planète a été terraformée par une autre espèce, et Dominants et Serfs ont été créés de toutes pièces pour protéger et entretenir les machines qui ont permis à la vie de s’y épanouir) : il change de camp, mais il est trop tard pour la planète, les Dominants, les Serfs et les Migrateurs ! Il a fait son choix et malgré son amour pour Atsuka il ne reviendra pas, et ce malgré le peu de temps qu’il reste à vivre à lui et à la planète… Pleurs…

Nicolas Jarry aurait pu troquer le décorum de l’Avatar de James Cameron pour celui de la franchise Halo de Bungie Studios, mais en bon auteur gemmellien qu’il est devenu au fil des années il puise dans l’inépuisable chaudron d’abondance des émotions humaines ! Le droit de quota de flashback est maîtrisé de main de maître, en nous montrant que l’Homme a fait de la Terre, mais aussi comment Keïto est devenu un être humain sous la houlette de son grand-père rescapé d’un camp de la mort. Nous le voyons même évolué sous nos yeux : alors qu’aujourd’hui les élites autoproclamées de la ploutocratie mondialisée pensent le monde en terme de relations verticales et inégalitaires, Keïto lui pense le monde en terme de relatons horizontales et égalitaires avec ceux qui l’entourent, ceux qui l’ont précédé et ceux qui lui succéderont. C’est pour cela qu’il préfère mourir avec ses nouveaux amis aliens que survivre pour voir une nouvelle civilisation périr et une nouvelle planète détruite… Une fin magnifique bien que nihiliste, pour une belle histoire servie de bout en bout par un Stéphane Créty qui livre sa prestation non seulement la plus homogène mais aussi la plus aboutie (la colorisation réussie d’Olivier Héban y est sans doute pour quelque chose). Et puis avec des promesses aussi : le tome 3 laisse un peuple sans planète alors que le tome 2 laissait une planète sans peuple, et que dans le tome 1 une humanité mourrait pour laisser place à une autre volontiers plus sage… To Be Continued, Oh Yeah !!!

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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