Graham Masterton

Le Diable en gris

Roman, fantastique / horreur
Publié en VF en août 2006 chez Bragelonne
Publié en VO en 2004 (« The Devil in Gray »)

Une jeune femme brutalement taillée en pièces dans sa maison de Virginie… avec une arme vieille de cent ans. Un officier à la retraite éviscéré… par un assaillant invisible. Un jeune homme, les yeux crevés dans sa baignoire… puis bouilli vif. Qu’ont ces victimes en commun ? Quel être de cauchemar les a massacrées ? Le mystère s’épaissit lorsque la police, jusque-là impuissante, reçoit l’aide d’une petite fille qui semble être la seule capable de voir l’assassin. Mais pourront-ils capturer un tueur qui n’a peut-être jamais été humain ? Qui arrêtera le Diable en gris ?

Une série d’assassinats violents et sanglants affole la ville de Richmond, Virginie. Aucun témoin oculaire pour ce qui semble être une série de meurtres en chambres closes… L’affaire est confiée à l’inspecteur McKenna, connu autant pour être un queutard invétéré que pour son passage à l’hôpital psychiatrique après le meurtre irrésolu de Cathy, le seul amour de sa vie.
Avec son coéquipier afro-américain Hicks, il va vite remonter 3 pistes :
– celle du bataillon du diable, dont les exploits ont été effacés de l’histoire de la Guerre de Sécession (1861-1865)
– celle de Reine Aché, la toute puissante souveraine de la pègre locale adepte de la Santéria
– l’étrange ressemblance des meurtres avec les supplices de célèbres martyrs chrétiens
Je suis épaté de la manière dont l’auteur écossais arrive à épouse la culture américaine ! C’est un peu incroyable d’être aussi calé sur et la Civil War ou les guerres indiennes, et d’aussi bien comprendre les peurs et les fantasmes d’un peuple qui n’est pas le sien… Bref, Graham Masterton de retour pour nous jouer de mauvais tours ! Nous retrouverons donc le mélange humour / cul / gore qui a fait son succès (encore que cet opus-ci est assez sage niveau cul par rapport à d’autres), lui qui n’est pas loin d’avoir écrit 100 ouvrages sans son genre de prédilection. Tout cela est bien écrit et bien construit comme un page-turner avec des chapitres cours qui ne cèdent ni à la facilité des descriptions à rallonge ni à la celle des dialogues interminables. Une fois commencé, difficile de s’arrêter tellement c’est fluide et plaisant à lire. Il faut dire aussi que tout ceci est aussi bien traduit par l’excellent François Truchaud.

Et j’ai adoré l’inversion des situations dans le dénouement qui se cale initialement dans les pas du film Alien :
ATTENTIONS SPOILERS
Quand on croit que le major Shroud possédé par l’orisha Chango, on fait appelle à la déesse Yemayá… Et quand on sait que l’orisha Chango est possédé par le Major Shroud, on fait appel aux mânes du Général Robert Edward Lee !
FIN SPOILERS

– Comment avez-vous dit que vous vous appeliez ?
– Decker… Decker McKenna.
– C’est un nom de propriétaire d’esclaves, non ?
– J’aimerais bien. Je n’ai même pas de femme de ménage.

Après je ne suis pas dupe de quelques limitations :
– la manière dont les personnages acceptent rapidement et facilement le surnaturel est assez suspecte…
McKenna explique que l’assassin est un magicien surdoué dans l’hypnotisme de masse, mais quand même !
– la liaison entre le côté fantôme et le côté magie vaudou est assez forcé quand survient le meurtre d’un caïd
– pas mal de personnages secondaires ont introduits de cavalière puisqu’ils sont essentiellement utilitaires (la gamine voyante, l’épouse médium du coéquipier de McKenna, les patrons paumés de McKenna, la séduisante spécialiste des archives militaires…)
– le côté policier requiert un petit peu de suspension d’incrédulité : aucune hiérarchie au monde n’aurait laissé autant de liberté à McKenna, sans parler des charognards de la presse qui auraient dû pulluler autour des meures comme des mouches à merde au-dessus d’une bouse fraîche
Du coup je suis un peu partagé, mais mais je l’ai lu vite, bien et avec plaisir donc acte !

Graham Masterton est un digne héritier d’Edgar Allan Poe. Vous savez, celui que les commissaires littéraires français considèrent comme un écrivain de gare mal traduit par Charles Baudelaire, alors que les Anglo-Saxons le considèrent comme le père fondateur de la littérature d’horreur. Ah oui, j’oubliais qu’en France la littérature horrifique, ce n’est pas de la « vraie littérature », au contraire des autofictions racontant les états d’âmes et la vie sexuelle des classes aisées en général et de leurs auteurs en particulier…

Dernier point que j’aimerais aborder : les clins d’œil.
Je ne vois aucune raison d’encenser les auteurs qui font des clins d’œil à Proust , Sartre et Camus pour un public restreint pour ne pas élitiste, pour ensuite dézinguer les auteurs qui font des clins d’œil à X-Files, Alien et Sixième Sens pour un public élargi pour ne pas dire populaire… La démarche est la même, et j’avoue que ma préférence va à ceux qui savent s’adresser au plus grand nombre ! Non parce qu’un des trucs les plus plaisants dans la prose de l’auteur écossais c’est tous ces clins d’œil à la culture populaire. Oui, je revendique fièrement mon appartenance à la « masse stallonienne » vilipendée par ceux qui se croient au-dessus des autres, voire du commun des mortels… Car pas plus tard que ce matin je suis tombé sur un papier qui parlait des genres de l’imaginaire comme symboles des valeurs pernicieuses et amorales classes moyennes et inférieures. Connard de journaliste à 2 balles qui veut péter plus haut que son cul. Lire Voltaire ou Kant, Balzac ou Zola, pour ensuite cracher son venin sur son prochain, c’est bien la peine hein ! VDM dans un MDM

note : 7/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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