Daryl Gregory & Kurt Busiek (scénario)
Scott Godlewski (dessin)

Dracula : La Compagnie des Monstres, tome 1

Comics, fantastique
Publié en VF le 07 mars 2012 chez French Eyes
Publié en VO en 2010 chez Boom! Studios (« Dracula: Company of Monsters »)

Tokyo, 2019. À mois d’un an de l’ouverture des Jeux Olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette avant de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat dans tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeu vidéo, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné. C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’oeil du cyclone… En s’appuyant sur son expérience personnelle, Tetsuya Tsutsui (Prophecy, Manhole) nous livre avec Poison City une oeuvre fascinante sur la liberté d’expression et les coulisses de la création manga au Japon.

Merci Babelio, merci Masse Critique, merci French Eyes !

Je suis toujours partant pour une bonne vieille histoire de vampires, autant quand elle respecte ses classiques que quand elle fait dans l’originalité. Et ici on associe les 2 démarches : le Dracula de Bram Stocker est confronté au monde sans pitié du Big Business et du management darwinien. J’avoue sans honte que la violence physiques des créatures de la nuit est limite moins flippante que la violence économique des PDG, DRH et autres cadres sup sans foi ni loi, de véritables requins mangeurs d’hommes en costards cravates ou en talons aiguilles… Car oui d’un côté on licencie sans état d’âme 200 personnes pour améliorer le bilan trimestriel de l’entreprise, et d’un autre côté on achète un énième jet privé pour se faire plaisir aux frais de l’entreprise. Un exemple parmi d’autres. Le pire c’est que IRL des économistes et des politiques expliquent que cela est normal, nécessaire voire indispensable. Au secours, le féodalisme est censé est mort et enterré depuis 1789 bordel de merde ! (n’est-ce pas la Mesdames et Messieurs les lécheuses et lécheurs du cul de la Macronie unifiée qui font tout pour le rétablir)

Tout est vu à travers les yeux d’Evan, un cadre supérieur sans ambition aucune et un peu rêveur qui doit sa place pour ne pas dire sa sinécure à son statut de fils à maman actionnaire majoritaire. Il serait un bobo tête à claques, né avec une cuillère en argent dans la bouche, sans son côté naïf face à l’amoralité du monde des grandes entreprises, limite Richard Virenque face au monde du dopage tant il ne veut pas voir que sa petite amie Corinna est une working girl arriviste, et le lourd fardeau qu’il traîne comme un boulet : étant enfant, son père s’est suicidé sous ses yeux après avoir tiré sur sa mère devenu paraplégique depuis lors…

L’école du diable est juste du folklore. Dracul ne veut pas dire diable mais dragon… Sholomance n’existe pas. C’est de la propagande lancée par les Allemands et les Russes. Les Allemands haïssaient Vlad, car il avait tué des Saxons. Les Russes le détestaient, car il convertissait au catholicisme. Mais ses sujets… ses sujets le voyaient comme un héros. Un bon dirigeant. Et son royaume était sûr.

Evan est fasciné par Dracula, avec qui il a un étrange accord tacite : en échange de connaissances sur le monde moderne et son fonctionnement, le Prince de la Nuit lui dévoile les arcanes de la magie noire. Mais il est piégé entre 2 monstres :
– Vlad III Tepes l’immortel, un monstre parmi les monstres certes, mais qui lui dit la vérité et lui accorde un minimum de respect
– son oncle qui désire s’emparer de ladite immortalité (non sans utiliser ses savoirs et ses pouvoirs pour faire du business de manière non éthique comme on dit dans ce milieu là), un autre monstre parmi d’autres monstres, qui lui ment comme il respire et qui ne lui accorde aucun respect.
Pire il est écrasé entre 2 egos surdimensionnés qui ne peuvent supporter de ne pas être le premier… Sauf que tous les dialogues opposent le très féodal Vlad qui ne cesse de discourir sur le fait que le pouvoir implique la responsabilité vis-à-vis de sujets, et le très néolibéral Conrad qui ne cesse de discourir sur le fait que le pouvoir implique des privilèges vis-à-vis de ses employés… Les mentalités se sont-elles vraiment améliorées depuis le Moyen-Âge ? A force, on va finir par sérieusement en douter…
D’importants interludes viennent couper le récit principal :
– des flashbacks sur la dualité légende/réalité du monarque médiéval en lutte contre le puissant Empire Ottoman (il y a un travail de documentation assez appréciable, et cela fait vraiment plaisir à lire/voir pour une fois)
– les investigations d’un clan familial de chasseurs de vampires roumains qui remonte la piste de Dracula…
La dernière page de ce tome 1 laisse ainsi envisager pas mal d’action dans les numéros à venir !

Comme vous le voyez le fond élaboré par Kurt Busiek (Astro City, Avengers, Conan… c’est son nom qui a attiré mon attention) et Daryl Gregory est plutôt de bonne facture, alors pourquoi ne pas lâcher les étoiles ? Parce que les graphismes, honnêtes sinon satisfaisants, sont plutôt passe-partout. Je ne connais Scott Godlewski ni d’Eve ni d’Adam pourtant j’ai l’impression d’avoir déjà vu maintes et maintes fois ses dessins. Cahier des charges, standardisation, formatage ou mentorat, je n’en sais rien mais c’est loin d’être la première fois que cela m’arrive avec les dessinateurs américains…

L’équipe de French Eyes a toute ma sympathie pour se lancer dans cette aventure, mais je suis obligé de mentionné que le comic cartonné est un peu fragile et que la qualité du papier laisse un peu à désirer… Mais bon, petite chenille deviendras peut-être plus tard beau papillon ?

note : 6,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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