David Gemmell

Druss la légende

Roman, héroïc fantasy
Publié le 18 octobre 2002 chez Bragelonne

Son nom est Druss. Garçon violent et maladroit, il vit dans un petit village de paysans situé au pied des montagnes du pays drenaï. Bûcheron hargneux le jour, époux tendre le soir, il mène une existence paisible au milieu des bois. Jusqu’au jour où une troupe de mercenaires envahit le village pour tuer tous les hommes et capturer toutes les femmes. Druss, alors dans la forêt, arrive trop tard sur les lieux du massacre. Le village est détruit, son père gît dans une mare de sang. Et Rowena, sa femme, a disparu… S’armant de Snaga, une hache ayant appartenu à son grand-père, il part à la poursuite des ravisseurs. Déterminé à retrouver son épouse, rien ne devra se mettre en travers de son chemin. Mais la route sera longue pour ce jeune homme inexpérimenté. Car sa quête le mènera jusqu’au bout du monde. Il deviendra lutteur et mercenaire, il fera tomber des royaumes, il en élèvera d’autres, il combattra bêtes, hommes et démons. Car il est Druss, et voici sa légende…

J’ai lu tous les Gemmell. Je les ai tous adorés : celui-ci ne fait pas exception à la règle ! On dégaine les bonnes scènes d’action, les bastons à main nues, la gatling à émotion et les répliques qui tuent. D’autant plus que Gemmell multiplie les clins d’oeil cinématographiques : Rocky Balboa, Lone Wolf & Cub, le Conan de Milius… Mais passé un cap mes sentiments étaient plus mitigés car arrivé à la 3e partie le rythme baissait sérieusement.

La 1ère partie :
Le début du roman est entre celui de « Waylander II » et celui de « Waylander III » : un western médiéval de la plus belle eau. Shadak en fils spirituel de Waylander tient autant de Lee van Clef de la « Trilogie des Dollars » que du Liam Neeson de « Rob Roy » (dommage que le personnage ne serve que de guide à Druss durant une centaine de pages). Et à Marshapur, on a droit à un revival « Rocky » très sympa avec Borcha qui s’inspire d’Angel pour aller vers Clay.

La 2e partie :
Après une traversée en trirème qui évoque autant l’odyssée que certains films de corsaires, nous tombons en plein péplum avec une Ventria en pleine guerre qui avec son héros Cyrios, son shahdishah, ses Immortels, ses satrapes, ses routes royales et ses messagers à cheval rappellent indubitablement l’Empire perse des Achéménides.

La 3e partie :
5 années de guerre passent à la trappe dans une ellipse pour que David Gemmell puisse faire un hommage au « Comte de Monte Christo » dans une ambiance douce amère à la « Conan » qui annonce quelque peu ce qu’il écrira dans « Loup Blanc ». Puis une grosse baston avec un démon comme d’hab, puis un trip shamanique pour sauver un être cher comme d’hab… du coup le dénouement de l’intrigue est quelque peu expédié pour moult personnages qui méritaient bien mieux.

La 4e partie :
DG s’est fait plaisir avec un remake de la Bataille des Thermopyles (on ne peut pas s’enlever « 300 » de la tête). Mais on a l’impression qu’il s’agit surtout de faire place nette pour le Druss de « Légende » car tout le monde meure au presque… Je ne peux m’empêcher de penser qu’on aurait pu inclure cette bataille sous une autre forme dans la guerre civile ventriane, finir sur le retour de Druss, Rowena & co à Skoda et se passer d’un Gorben qui tombe dans la caricature. On se doute que sa folie provient des enchantements de la Vieille Femme qui poursuit ses propres buts, mais lesquels ???

La peur est sensée. Ne fais jamais l’erreur de la confondre avec la lâcheté.

En 350 pages DG fait revenir Druss à la vie pour nous offrir un condensé du biopic de son héros sur fond de quête initiatique, de recherche de vengeance et de grande romance (qui aurait pu être mièvre, mais s’avère assez émouvante). Or qui est Druss ? le décalque en carton du Conan d’Howard réanimé à grands renforts de morceaux de Sly et de Schwarzie. D’où un festival de répliques eighties (dommage qu’on abuse sur la fin de la célèbre réplique : « dans tes rêves ordure ! »)
Souvent les héros gemmelliens, comme nombre de héros howardiens, sont les révélateurs de toute une comédie humaine. On retrouve certes les petits zooms humanistes amenés par de petits flashbacks, mais ici cela ne marche qu’à moitié… Ici 30 années s’écoulent : on évite la machinlogie de gros pavés, mais là les personnages ne sont pas du tout développés ! (Déjà que DG n’évitent pas les maladresses quand les événements se déroulent en qques semaines ou qques jours…)
Shadak, Borcha, Eskodas, Varshana, Bodalen, Gorben, Mishanek… et même Sieben et Rowena ne sont pas assez fouillés. Notez que Sieben est un hybride de tous les éternels compagnons du mégacycle de Moorcock à lui tout seul. Notez que Rowena fait écho à de nombreux personnages du grand chant gemmellien (Derae, Andromaque…)
Bref trop d’événements pour un trop grande densité du roman qui oblige DG à avancer par ellipses, grosses ficelles ou deus ex machina alors même que certains passages étaient évitables (le rallongi de Cavijak était-il indispensable ?) Shadak permet à Druss d’avancer, puis Vintar, puis Hewla, puis le prêtre de Pashtar Sen, puis le prisonnier aveugle…
Alors que l’objet de sa quête ne cesse de s’éloigner : la pauvre Rowenna connaît subit plus de péripéties qu’Angélique !
On aurait pu avoir un gros bouquin narré par Sieben nous montrant le conflit ventrian avec Gorben et Druss d’un côté et Naasheen et Michanek de l’autre qui se serait finit par un duel Achille / Hector pour les beaux yeux noisette de Rowena. La tuerie que cela aurait été !!! (et qu’on retrouve partiellement dans le très gemmellien film de Faruk Aksoy « Constantinople »).

note : 9,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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