Chris Evans

Les Elfes de Fer, tome 1 :

La Souveraine des ombres

Roman, fantasy / flintlock fantasy
Publié en VF le 10 février 2011 au Fleuve Noir
Publié en VO en 2008 (« Iron Elves »)

Konowa Vif Dragon, ancien commandant des Elfes de Fer, a été banni pour avoir assassiné le vice-roi d’Elfkyna. C’est plus amer que jamais qu’il se voit rappelé par l’Empire un an plus tard. Sa mission : retrouver l’Étoile de Sillra, un artefact légendaire, censée se trouver à Luuguth Jor, un fort abandonné, perdu au milieu de nulle part. À la tête d’un régiment hétéroclite ne manquant pas de fortes têtes, Konowa va tenter de laver son honneur et celui des siens. Mais la Souveraine des Ombres, sorcière-elfe dont l’influence s’étend peu à peu sur le monde, convoite elle aussi l’Étoile et… l’âme même de Konowa.

Chris Evans a eu la bonne idée de transposer les codes de la High Fantasy aux romans d’aventures exotiques du XIXe siècle. J’ai osé rêver d’un mélange entre Le Seigneur des Anneaux et Les Trois Lanciers du Bengale mais on se retrouve avec un mélange de La Légende de Drizzt et d’Indiana Jones et le Temple Maudit… Ce qui n’aurait pu être intéressant ou à défaut sympa si le résultat n’était pas si maladroit.
Elfes, nains, orcs et cie reprennent les rôles jadis dévolus aux peuples du monde entier conquis et dominés par les sujets de Sa Gracieuse Majesté : des réflexions sur le colonialisme et la colonisation sont évoquées mais jamais développées. Michael Moorcock avait plus de couilles dans les années 1960 en passant au vitriol l’impérialisme britannique dans Elric de Mélniboné ! Chris Evans n’avait donc pas les épaules assez larges pour aller dans cette voie. Fin du rêve.

L’entrée en matière est assez accrocheuse, mais je n’en dirais pas autant de la suite.
Les 3 auteurs cités par Chris Evans sont Kipling, Karen Traviss et R.A. Salvatore :
– on reconnaît Kilpling dans le côté aventures coloniales dans l’Empire des Indes
– on reconnait Karen Traviss pour les thèmes écologiques trop discrètement évoqués
On essaye de transposer les codes de la high fantasy dans les récits d’aventures coloniaux. On est donc dans un univers dix-neuvièmiste avec mousquets, baïonnettes, canons et obusiers. On utilise le méchant millénaire, un artefact ultime pour le vaincre et un héros élu par le Destin. Les Eflkynans sont des Hindhous, les Orcs sont des Afghans, les Elfes des Amérindiens donc proches de la nature (genre elfes de Magic the Gathering), sauf le héros qui est fâché avec elle.
Certains ont trouvé le concept de l’elfe qui n’aime pas la nature supracool… Sauf que Konowa Vif Dragon, fils de Feuille Bavarde et de Chouette Rouge, elfe en décalage avec son peuple et ses valeurs mais super pote avec un gros félin est juste un gigantesque clin d’œil à Drizzt-do-Urden de R.A. Salvatore (avec qui l’auteur est pote).

Qu’est-ce qui ne marche pas ? C’est la carrément la foire aux super-vilains de pacotille digne des animes des années 80 ! La Souveraine des Ombres aurait pu être intéressante mais avec ses monstroplantes, ses elfes zombies et ses créatures de cauchemar diverses et variées comme les chiens-araignées et les mille-pattes géants, mais on est plus proche du Diskor de Jayce qu’autre chose. Quand à ses sbires, ils tombent dans la caricature ce qui tue tout suspens et toute tension.

– Le seul chaos que je connaisse, c’est celui provoqué par l’incompétence crasse des dirigeants.

C’est linéaire et prévisible : l’essentiel du roman n’est qu’une mise en place de 300 pages pour la grosse baston finale qui en fait 100. L’auteur essaye de brouiller les pistes avec plusieurs factions, sauf qu’il s’embrouille lui-même puisque qu’on ne saura jamais qui veut quoi voire même parfois qui sort d’où (visiblement la nécromancienne elfe avait toutes les cartes pour l’emporter, mais non on se la joue vilain de pacotille qui laisse ses sbires échafauder des plans de merde qui vont échouer)…
Il essaye également de brouiller les pistes avec des retournements de situation, mais comme les twists se devinent à l’instant où ils sont mis en place, cela tombe carrément à plat. Il essaye également de faire monter la tension mais cela tombe souvent à plat aussi :
– le concept fort de la série, la malédiction du gland d’obsidienne (sic) est très mal exploitée car les personnages passent du mode panique au mode zen attitude et inversement sans transition
– on insiste sur les rakkes, créatures revenues d’un autre temps de 2m70 avec des griffes de 15 centimètres, mais comme il suffit d’1 balle ou d’1 coup de sabre pour s’en débarrasser… Franchement les hommes-bête de David Gemmell foutent largement plus la trouille que ces pseudo-gnolls !

Certains ont beaucoup aimé le bestiaire très original :
Rakke = gnolls, muraphant = éléphant, bengar = tigre de Dragon Quest, brindos = cervidés…
Remarquez que nombre de concepts sont tellement mal fagoté que l’auteur est obligé de les expliquer en glossaire dans le tome 2, notamment sur les elfes et la magie elfique… pas bon signe tout cela !

Certains ont beaucoup apprécié les passages militaires du roman : c’est plutôt correct certes. Les scènes avec les officiers ne vont pas loin, les scènes avec les troufions ne sont pas loin. Oui on sent bien la poudre, les salves et les canonnades, mais cela n’arrive pas vraiment à la cheville des Cornwell, Kearney, Forstchen, Stirling, Kent… pourtant l’auteur est historien militaire. Quant à la fameuse bataille finale, elle est quasi illisible avec ses rebondissements toutes les 5 minutes :
ATTENTION SPOILERS
D’où sortent les les rakkes ? D’où sort le mille-pattes géant ? WTF !
D’où sortent les tritons anthropophages, et à quoi servent-ils ? WTF !
Que trafiquent les shamans elfkynans ? on le saura jamais ! OMG !
D’où sortent les elfes zombies ? Les arbres tueurs à quoi ils servent ?
Et l’Etoile de l’Est elle était planquée où ???
FIN SPOILERS

C’est plutôt rythmé (les chapitres font 7-10 pages) et se terminent toujours par un mini cliffhanger qui oblige à passer au chapitre suivant et dans la plupart d’entre eux déboule une menace qui sera rapidement écartée pour passer à la menace suivante. Pour autant je n’ai pas retrouvé le style pulp et le plaisir de la ligne droite, sans doute à cause des chapitres composés aux ¾ de dialogues qui n’apportent vraiment pas grand-chose. Mais il y a de l’humour, mais l’humour c’est subjectif et celui de l’auteur ne m’a pas touché. Un officier beau-gosse, une magicienne belle-gosse : suspens… du je t’aime moi non plus ! On devine sans peine les inspirations de Chris Evans dans ce domaine :

Bref c’est bavard et cela tombe bien car le traducteur excelle dans les scènes de dialogues. Sauf qu’il faut attendre longtemps pour comprendre qu’on est dans la jungle (tigre et moustiques auraient du me mettre la puce à l’oreille, mais comme on passe son temps à parler de froidure et de givre…), et encore plus longtemps pour identifier les personnages secondaires. Les officiers les désignent par leur nom, les soldats par leur prénom : les deux ne jamais utilisés ensemble (et c’est un défaut récurrent chez les auteurs américains soit dit en passant). En puis les fautes de relecture n’aident pas non plus (le nain qui soulève un humain avec un seul bras, le borgne dont on doit refermer les paupières, le sniper équipé d’un mousquet qui réapparaît avec une épée à bâtarde, le sorcier elfe à moitié fou qui n’arrive plus à quitter sa forme d’écureuil mais qui y parvient parfaitement quand il doit faire avancer l’intrigue…)
Ça papote beaucoup certes mais cela ne sert ni l’univers qui est à peine esquissé, ni l’ambiance forestière qui peine à émerger, ni les intrigues très basiques, ni les personnages car l’anti-héros commandant se fait voler la vedette par le vieux nain arbalétrier. Et ce n’est pas la vieille journaliste espionne et son Pélican alcoolique qui relèvent le niveau…

Néanmoins en lorgnant sur les terres de la Flintlock Fantasy, certains scènes sentent effectivement bien la poudre et c’est assez frais par rapport au tout venant médiéval-fantastique de la Big Commercial Fantasy. Un roman honnête et relativement rythmé, mais assez décevant au vu du pedigree de l’historien militaire qu’est l’auteur qui ici se contente de mixer les clichés de 2 genres littéraires (le cycle finissant en eau de boudin, il constitue un vaste coup d’épée dans l’eau et c’est bien dommage). C’est honnête et sympathique mais les partis pris ne sont pas exploités / sont mal exploités. Reste le côté Tuniques Rouges et le côté Compagnie des Indes Orientales qui sont originaux. Je me suis laissé entendre dire que le tome 2 qui s’inspirerait de la campagne égyptienne de Napoléon était de meilleure facture, donc j’ai continué l’aventure…

note : 5,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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