Thierry Smolderen (scénario)
Enrico Marini (dessin)

Gipsy, tome 1 :

L’Etoile du Gitan

Bande dessinée, science-fiction / anticipation
Publiée en janvier 1993 chez Alpen Publishers

C’est le début du 21ème siècle, et le monde a beaucoup changé à cause du trou de la couche d’ozone. L’hémisphère nord affronte des froids sibériens tandis que l’hémisphère sud croule sous la chaleur. Les gouvernements ont décidés de réduire le trafic aérien à son strict minimum. Pour pallier à cette restriction, le transport par camion augmente, et pour faciliter ces frets, ont construits un réseau immense d’autoroute, la Circumplaire – 3 – Continental ou C3C. Mais plus que le climat, le monde est en mutation et pas dans le bon sens. Dans ce monde en déclin, Oblivia va à la rencontre de son frère Tsagoï dit le Gipsy. Mais il y a douze ans qu’elle ne l’a pas vu et le grand frère qu’elle connaissait petite n’est plus un petit garçon, il a changé, et peut être dans le bon sens…

Fais chier, la série Gipsy aurait pu être une tuerie ! Au lieu de cela Enrico Marini a dû se battre contre les atermoiement de son collègue scénariste (Thierry Smolderen) et les déboires de ses supérieurs éditeurs (la série a connu 3 éditeurs différents !), tous incapables de voir qu’ils avaient de l’or entre les mains. J’ai maintenant tout lu de l’artiste italien dont le travail a trop souvent été réduit à à des beaux gosse à poil et des belles gosses à poil (même si la BD italienne a très longue tradition d’érotisme, et on voit bien une constance dans ses œuvres quels que soit le scénariste avec lequel il a travaillé, pire on voit bien que le dessinateur italien est bien meilleur scénariste que les scénaristes avec lesquels il a travaillé qui ont toujours éprouvé les pires difficultés pour rester cohérent plus de 50 pages…

Du coup qu’est-ce qui vient de lui ou de ses collègues dans leurs œuvres communes : maintenant que je connais ses idées et ses passions, il va falloir que je relise tout pour savoir ce qui est abouti et qui vient de lui et ce qui est raté et qui vient de ses collègues surcotés !

Gipsy est un grosse Série B décomplexée, qui incarne tellement bien les action movies des années 1980/1990 que cela en devient presque génial. Enrico Marini a toujours déclaré s’inspirer de Hermann Huppen, Jordi Bernet, Jean Giraud, Alex Toth et Katsuhiro Ōtomo. Ici dans un univers quasi cyberpunk, la parenté avec le célèbre mangaka de légende saute aux yeux, du coup on se croirait initialement dans un mélange entre Torpedo et Akira, entre Mad Max et La Compagnie des Glaces ! Après le pitch est capillotracté : la couche d’ozone s’est fortement dégradée, il fait de plus en plus froid dans l’hémisphère Nord et de plus en plus chaud dans l’hémisphère Sud, donc on décide d’interdire le trafic aérien et de le remplacé par le trafic routier en construction une gigantesque autoroute intercontinental appelée C3C qui relie Paris à New York en passant par le Détroit de Béring. Qu’est-ce qui ne va pas ? Passons sur le côté ascientifique de la chose, pour dire que le trafic aérien c’est surtout des passagers et non des marchandises donc pas besoin de camions pour remplacer les avions (d’ailleurs on voit que pour transporter des gens on a recours à des dirigeables hightech).

Peu importe les incohérences de l’univers, qui pioche dans les dystopies cyberpunk No Future des années 1980. L’important c’est que dans un monde peu ou prou dirigé par la Compagnie Selmer qui possède le monopole du transport, le trucker hors-la-loi surnommé « le Gipsy » et son camion surnommé « L’Étoile du Gitan » sont les rois de la route pour les prolétaires et l’ennemi public numéro 1 pour les ploutocrates. Il s’est enfui de chez lui pour gagner sa vie, mais dès qu’il l’a pu il a exfiltré sa petite sœur Oblivia de son orphelinat roumain pour la mettre en sécurité dans un pensionnat suisse. Sauf qu’un jour le Gipsy se retrouve dans la dèche et que l’argent manquant, sa sœur remonte la piste de son sponsor et bienfaiteur pour lui demander des comptes. Et là c’est le drame, car à Port Radium sur le Cercle Polaire Arctique elle découvre que son héros a tout du salaud qui pour ne rien gâcher parle de lui à la troisième personne du singulier (après tout il est à la fois Sylvester Stallone, Mel Gibson, Bruce Willis et Sean Connery époque James Bond vue la facilité avec laquelle toutes les pépés tombent dans lit). Mais pour le meilleur et pour le pire, Tsagoï dit « Gipsy » et Oblivia dit « Bibi » forme un duo parfait de buddy movie car si le premier casse tout sur son passage, la deuxième passe dernière lui pour tout reconstruire sur des bases saines : nous avons le grand frère extraverti, pragmatique, vénère, violent et vulgaire lit le magazine « rêves humides », et nous avons la petite sœur introvertie, idéaliste, imperturbable, pacifique et distinguée lit le livre « La Libido féminine » de Françoise Dolto…

Du sang et de la merde, y en a jusqu’aux étoiles, non ?!

Alors le gros problème c’est que Thierry Smolderen écrit comme un serial les tomes 1, 2 et 3 qui forment un feuilleton et qu’il écrit comme un feuilleton les tomes 4, 5 et 6 qui forment un serial. C’est conçu comme des blockbusters hollywoodiens plein d’action et d’aventure, de complots et d’intrigues, et surtout plein de rebondissements pulpiens qui rendent l’ensemble vachement bien. Sauf qu’à chaque fois que Thierry Smolderen balance un twist, cela invalide celui qu’il a balancé juste avant et cela amène des pelletées d’incohérences là où Enrico Marini s’échine à amener de l’incohérence. Et puis c’est fou toutes les bonnes voies qu’on aurait pu prendre au lieu de choisir la plus banale et la plus décevante (sans parler des gros clichés) ! Gipsy déclare haut et fort qu’il n’est là que pour l’argent, et à chaque fois il se retrouve au centre des intrigues, complots, magouilles et entourloupes de la ploutocratie mondialisée. Et à chaque fois on l’entend presque dire « mais qu’est-ce que ce viens foutre dans cette révolution ? » !

Mais notre camionneur au grand cœur est plus qu’un John Rambo gitan, il est un « Problem Solver » mais il est aussi l’archétype du héros de roman populaire, à savoir le hors-la-loi qui défend la justice quand les autorités abonne les victimes de l’injustice. Dans la lutte des classes il choisit toujours de défendre les opprimés et de combattre les nantis. Ainsi le Gipsy est un héros en Russie, le Gipsy est un héros en Iran, le Gipsy est un héros au Mexique, et le Gipsy finit par s’apercevoir que Sabo l’antihéros protecteur des pauvres et des opprimés c’est lui, et qu’en plus il existe une version fantasmée de lui-même dans tous les pays.

Plus qu’une légende le Gipsy est devenu un mythe, il est le nouveau Robin des Bois qui redonnent aux pauvres ce que les riches leur ont volé : Il est la Colère, Il est l’Espoir, Il est la Justice Immanente ! Le patronat qui tente de le zigouiller depuis des années se demande s’il est le roi des cons et s’il a juste le cul bordé de nouilles, ou s’il a un don pour la révolution et s’il est le nouveau Che Guevara. En délivrant un pays des dealers, des banksters et des politiciens corrompus qui l’avait mis en coup réglée avec la complicité de la ploutocratie mondialisée, il fait basculer le premier domino de la révolution mondiale : no pasaran !!!
(de source bien informée, pour Enrico Marini la saga Gipsy n’est pas encore finie et il ne désespère pas de continuer à nous conter les aventures de son antihéros gitan perçu par les peuples du monde entier comme le nouveau messie)

 

Dès le tome 1 de 64 pages intitulé L’Étoile du Gitan, difficile de comprendre le pourquoi du comment tant le scénariste ne ménage pas ses efforts pour ne pas décrire le background. Alors si j’ai bien compris, la Chine a envahi le Mongolie avec crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et la communauté internationale est aveugle, sourde et muette parce qu’elle ne veut pas se fâcher avec la première puissance mondiale. Par mesure de rétorsion, les Mongols décident de se la jouer Gengis Khan en bloquant la C3C et en pillant la Russie. Pour les mégacorpos de la ploutocratie mondialisée c’est inacceptable, et des convois d’armes partent pour l’échangeur de Zigansk assiégé à la fois par les pillards mongols et les révolutionnaires tsaristes. C’est une course contre la montre, et le premier arrivé touchera une prime faramineuse.

Pour le Gipsy qui est dans la dèche et qui a hypothéqué son camion L’Étoile du Gitan, c’est la victoire ou la mort. Sauf que la Compagnie Selmer a mis sa tête à prix en particulier, et que comme le gouvernement américain lui mange dans la main le FBI a pour ordre de ne laisser que ses camions en général. C’est dans ce merdier que revient dans la vie du Gipsy sa petite sœur Oblivia, et le dynamique duo ne doit la vie sauve qu’à la mystérieuse camionneuse surnommée la Sorcière avec laquelle il coupe à travers la banquise de l’Océan Glacial Arctique pour affronter les pirates mongols au cœur de leur très sacré sanctuaire de glace. Cerise sur le gâteau, la Sorcière serait Burma Selmer évincée par sa cousine Birgit Matten à la tête du monopole du transport routier sur la C3C et dont la tête a été mise à prix pour 15 millions de dollars. Tsagoï et Oblivia vont-ils la trahir pour toucher le jackpot ? To Be Continued !!!

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

Pin It on Pinterest

Share This