Takaharu Ozaki (réalisation)
Hideyuki Kurata et Yōsuke Kuroda (scénarisation)
d’après Kumo Kagyu et Noboru Kannatuki

Goblin Slayer, saison 1

(pour public averti)

Série, fantasy / dark fantasy
Sortie en 2018 par White Fox pour Sony Pictures Entertainment Japan (« ゴブリンスレイヤー, Goburin Sureiyā »)

Une jeune prêtresse vient de former son premier groupe d’aventuriers, cependant ils se trouvent rapidement dans une situation dangereuse. Attaqués par une troupe de gobelins, ils se font sauver par le « Goblin Slayer », une personne qui voue sa vie à l’extermination des gobelins, et par n’importe quel moyen.

Depuis les années 1970 les Japonais sont davantage que les Yankees les rois du médiamix, donc les heurs et malheurs du Goblin Slayer sont passés du light novel au manga et du manga à l’anime avec une première saison de 12 épisodes. Sur la Toile, l’adaptation animée de Goblin Slayer est souvent présentée comme un « Berserk eco+ » : si les antihéros des deux séries ont des points communs évidents, rien n’est moins sûr…

 

Une polémique ?
Après la diffusion du 1er épisode sur Netflix aux États-Unis, on a eu droit a une levée de bouclier de la part de Social Justice Warriors : OMG comment pouvait-on infliger cela à des personnages féminins (l’horrible sort réservé aux personnages masculins n’ayant lui pas plus choqué que cela) ? Ah ça c’est sûr, les habitués au Club Mickey se sont pris dans la gueule toutes les dégueulasseries des hentais dark fantasy… Je ne développe pas, j’en reparlerai plus loin, mais remarquez que c’est surtout montré dans le 1er épisode pour bien avertir qu’on n’est pas chez lez bisousnours car ensuite c’est plus suggéré que montré…

 

Rôliste un jour, rôliste toujours !

J’ai beaucoup vu qu’on reprochait à cette série de n’être qu’une partie de Donjon & Dragons plus tolkieniste* tu meurs avec des personnages stéréotypés qui n’ont pas de nom mais juste une classe. Et c’est exactement ça : non seulement on entend les dés rouler, mais on les voit aussi rouler aussi… Mais cela aurait été bien qu’on remarque aussi que l’antihéros qui soit le seul personnage nommé, le fameux Crève-Gobelin / Goblin Slayer, soit aussi le seul dont on ne voit jamais le visage (très joliment doublé par ailleurs par le seiyuu Umehara Yuichiro dont j’avais déjà entendu la voix dans d’autres animes).

C’est très clair que les dieux sont des rôlistes, que le roi de dieux est un maître de jeu, et que les personnages sont leurs pions. Ils veulent tous partir à l’aventure pour sauver le monde et devenir « premiers de cordée », en battant des monstres de plus en plus puissants, en gagnant de plus en plus d’or et de gloire, et en récoltant de plus en plus d’XP et de stuff pour devenir grosbills. JRPG oblige c’est ainsi que dans chaque ville il y a un bâtiment bi-classé taverne et Pôle Emploi où les aventuriers s’engagent sur telle ou telle quête pour gagner telle ou telle récompense donc atteindre tel ou tel grade (tout le monde rêvant d’atteindre le grade d’aventurier de Rang Platine).

L’imagination est une arme. Ceux qui en manquent meurent vite.

Premiers de cordée et premiers de corvée :

Dans ce système il y a une faille : tout le monde veut monter en grade en battant des Rois des Démons ou des Seigneurs du Mal (ah ça on se moque bien du trio d’héroïnes kawaii parti de manière plus JRPG tu meurs en croisade contre les forces obscures de la crevardise), mais du coup il n’y a plus personne pour protéger la population du menu fretin qui sème le chaos et la désolation dans tous les petits patelins… Sauf le Crève-Gobelin, « premier de corvée » qui suite au viol et à la mort de sa sœur aînée s’est consacré corps et âme à l’extermination dudit menu fretin, et au grand étonnement de tous ses collègues aventuriers il a atteint le Rang Argent en raison autant de son efficacité que de sa ténacité. Le Crève-Gobelin refuse d’être un PNJ et que les dieux / joueurs lancent les dés pour lui, et c’est pour cela que ces derniers s’intéressent fortement à lui… Comme dans tous les mangas depuis la crise des subprimes, on dénonce la compétition et la compétitivité pour promouvoir à la fois la solidarité et l’autosuffisance (ces bons vieux soviets en fait), car il n’y a rien à attendre de la verticalité si prisée par le petit monde de l’entre-soi bourgeois de mes couilles, le ploutocratie mondialisée et la macronie franco-française.

C’est ainsi que le Crève-Gobelin apparaît sans sa propre série pour sauver un groupe d’aventuriers trop téméraire pour son propre bien. Seule une jeune prêtresse en sortira sauve, et elle prendra la résolution de suivre les pas de celui qui devient son mentor. Ensuite c’est un trio d’aventuriers de plus haut niveau (une rôdeuse elfe, un shaman nain et un prêtre homme-lézard) qui demandent son aide pour sauver les populations laissées à leur triste sort par des autorités qui prétendent avoir d’autres chats à fouetter et des ambitions plus élevées. L’antihéros solitaire et taciturne qui s’est voué à l’extermination des « petits démons » apprend donc à agir en groupe et non plus en solo, à penser aux autres et non plus à lui : c’est là qu’on voit les ressemblances évidentes avec Guts. Car à travers lui et et d’autres personnages on aborde le plus sérieusement du monde les thématiques du traumatisme, de la résilience et de la reconstruction… Du coup des deux derniers épisodes où le « punisher » porteur bien malgré lui d’un « rape and revenge » se mue en véritable leader en ralliant à sa cause tous les aventuriers qui découvrent les difficultés des « premiers de tranchée » font sens, et c’est très bien ainsi !

D’un côté on a fait le choix du réalisme quel qu’en soit le prix :
– c’est violent et brutal ! les Gobelins rusés et cruels sont prêts à tout et au reste contre leurs adversaires et infligent les pires sévices à leurs victimes…
– en retour le Crève-Goblin / Goblin Slayer n’hésite aucunement à agir comme un dératiseur, autrement dit à user et abuser de tous les moyens possibles et imaginables pour se débarrasser d’eux ce qui cause des débats houleux au sein de sa nouvelle communauté…

D’autre autre côté on aurait pu se passer des clichés :
– on a un côté ecchi bien harem avec tous les personnages féminins stéréotypés qui veulent pécho l’antihéros dont on ne montre jamais le visage (la vachère à forte poitrine, l’archère à faible poitrine, la prêtresse lolita, la prêtresse cougar, l’hôtesse de la guilde qui aimerait bien passer le reste de sa vie avec lui et tutti quanti)…
– on a un côté hentai bien crade avec toute ces peaux-vertes qui en pensent qu’à capturer des femelles humaines pour les torturer dans des camps de viols et des fermes de reproduction (truc bien dégueulasses qui malheureusement ont existé IRL, les USA esclavagistes et le Japon totalitaire peuvent en témoigner)

 

J’ai beaucoup parlé du fond et finalement assez peu de la forme. A tous les niveaux j’ai été surpris du travail effectué par le studio White Fox habitué des adaptation en tous genres. L’animation est très agréable (bien qu’en deçà de la qualité graphique du manga, et c’est un peu gênant quand même,) et les génériques sont très réussis. Le réalisateur Takaharu Ozaki semble plus en début de carrière qu’autre chose et le compositeur Kenichiro Suehiro semble clairement sur une pente ascendante, c’est donc tout naturellement que la synergie de leur travail augure de belles choses pour l’avenir. Car cette saison 1 couvre le 1er light novel en piochant dans le 2e, en sachant que tous gaidens confondus on est aujourd’hui à 15 tomes : il reste donc beaucoup de choses à raconter… Mais ceci est sans doute une autre histoire ! (mention spéciale à l’épisode intitulé « Histoire d’un aller et d’un retour » qui commence par la phrase « qu’est-ce que j’ai dans ma poche ? » mdr)

note : 6,5/10

Alfaric

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