Michaël A. Stackpole

La Guerre de la couronne, tome 1 :

Forteresse Draconis

Roman, fantasy / high fantasy
Publié en VF le 16 juin 2009 chez Milady / Bragelonne
Publié en VO en 2001 chez Bantam Books (« Fortress Draconis »)

Lorsque le jeune Will dérobe aux elfes un étrange objet, il n’imagine pas qu’il sera entraîné dans les filets d’une incroyable prophétie. Peut-être est-il la dernière chance de sauver le monde de la tyrannie de Chytrine, la terrible reine du Nord. Ayant eu vent de son existence, la souveraine envoie à ses trousses ses Lanciers Noies. Will doit fuir pour sauver sa vie, mais il n’est pas seul. Ailleurs, d’autres se lèvent contre Chytrine. Comme Alexia, princesse d’une nation disparue, qui, à la tête de son armée, défie les royaumes du Nord, ou les sorciers de Vilwan qui ont créé leur propre héros aux pouvoirs surhumains. Tous vont converger vers la mystérieuse Forteresse Draconis et tenter d’empêcher Chytrine de reconstituer la Couronne du Dragon, un puissant artefact qui, s’il tombait entre ses mains, garantirait son règne éternel… Et la fin du monde…

L’univers : c’est très Donjons & Dragons.
L’histoire : c’est très Big Commercial Fantasy.
Les personnages : ils n’ont vraiment aucune profondeur et on peine à se les imaginer. On a vraiment l’impression d’être dans un blockbuster hollywoodien, c’est-à-dire qu’on veut en mettre plein les mirettes avec des combats et des explosions mais comme l’histoire est basique et les personnages creux cela reste finalement moyen.
Autant le dire de suite, les 100 à 200 premières pages sont catastrophiques : tous les clichés de la BCF sont là ! Dès les premiers chapitres, on balance tout ce qu’il faut savoir sur le héros orphelin élu et guidé par une prophétie qui va devoir vaincre le grand méchant millénaire de retour pour jouer des mauvais tours à l’aide de l’artefact ultime perdu qui peut sauver le monde ou le mener à sa perte.
Je ne sais pas si on repompe Tolkien ou Jordan qui repompait Tolkien mais dans tous les cas c’est très mauvais (on retrouve Mon Précieux, le sosie d’Aragorn, l’ersatz de Legolas, un faux Fondcombe, des sous Nazgûls…) le pire étant qu’on peut checker tous les trucs ridicules en fantasy dénoncés par la satire de Boulet : http://www.bouletcorp.com/blog/2010/05/21/fantasy/

De plus le worlbuilding est assez foireux alors que l’auteur est un vieux routard des novélisations :

– les baragouineurs, les vylens (= les vilains ?), les griffeglaces, les temeryx, les dragonettes, les pankis, les gyrkymes, les sprithas… au bout de 700 pages faute de description impossible de savoir à quoi cela ressemble tout ce barnum de high fantasy (Encore que les gyrkymes sont mieux lotis : on peut hésiter entre Hawkgirl et les hommes-oiseaux de Michael Moorcock)…

– l’auteur essaye de faire sérieux avec des chapitres où on parle géopolitique et géostratégie mais au bout de 700 pages faute de description impossible de comprendre les enjeux des intrigues et de localiser tout ce foutoir

– non seulement on a l’impression d’avoir vu l’intégralité des personnages ailleurs, mais en plus ils n’ont pas de consistance, le pire étant le héros au nom ridicule (le très falot Wilbur Force) qu’on balade de lieu en lieu sans aucune vraisemblance (on lui explique qu’il est vachement important et qu’il va sauver le monde, mais il ne sert à rien en fait)…

L’histoire est une mosaïque composée de bribes de vérité mélangée à des mensonges. Des mensonges que les gens ont inventés pour éviter de paniquer.

Cela s’améliore bien par la suite avec la princesse guerrière et le mage ultime issu de The Big Bang Theory. On sent un potentiel certain avec certaines scènes (les batailles sont très réussis lorgnant du côté de Glen Cook ou de Paul Kearney, les conspirations draconiques ressemblent à celle de Pierre Pevel, les intrigues de court lorgnent sur celles de GRR Martin), mais on balance trop de trucs en pas assez de pages car on insiste lourdement sur certains points avec un déluge d’informations et d’explications qu’on peine à assimiler, puis on passe à autre chose et c’est noyé dans une tonne de trucs maladroits et/ou dispensables. Car dès que la mayonnaise prend, l’auteur nous balance un gros cliché, un nom débile, un OMG ou un WTF !

Rien n’est amené correctement, rien n’est exploité correctement car tout cela est mal réfléchit en amont avec des incohérences de fond, des lourdeurs de forme, des noms foireux : difficile de s’immerger dans le récit. Et c’est rythmé par moult ellipses qui sont autant de hiatus, mais c’est pour sauter de scènes d’action en scènes d’action (ou de scènes d’explications en scènes d’explication pour rattraper les incohérences). Mais attention tout cela peut venir du fait que pour des raisons que la raison ignore, l’éditeur français ait décidé de commencer la VF de la série au tome 2 sur 4 !
Pourtant, tout n’est pas à jeter loin sans faut : l’auteur a travaillé sur AD&D, Shadowrun, Battletech
– les sullcanciri (décalque des Asservis de Glen Cook) amènent un côté horrifique intéressant
– les dragons larguant des tonneaux de napalm amènent un côté moderne aux batailles
– le concept des meckanshiis et des dragonels amènent un côté ironpunk intéressant
– le général shaman métisse Adrogans est un perso intéressant
Mais au lieu de développer ces éléments on lorgne lourdement sur le SdA, Star Wars et Harry Potter… Et ‘est dommage car le potentiel était là malgré tout ! Je suis sévère car ici on suit les techniques des ateliers d’écriture et les impératifs du cahier des charges. Et en plus on tire maladroitement sur la corde des easters eggs et du fanservice.

Mais inutile de rager : ce n’est ni meilleur ni pire que le reste de la Big Commercial Fantasy. En dépit de l’hétérogénéité, les pages défilent car cela se lit bien et il y a quelques bons passages malgré tout. Si le déjà vu voire l’archi-vu ne vous rebute pas, amis néophytes et easy readers à la recherche d’un truc très classique, n’hésitez pas… Dans le cas contraire passez votre chemin car ce cycle n’a rien d’incontournable !

note : 4,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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