Brian Lumley

La Terre des rêves
tome 1, Le Héros des rêves

Roman, fantasy / fantastique
Publié en juin 1996 en VF chez Pocket, réédité en avril 2015 en intégrale chez Mnémos
Publié en 1986 en VO (« Hero of Dreams »)

Malgré une existence confortable et une carrière prometteuse d’illustrateur, David Hero ne peut s’empêcher d’éprouver un étrange sentiment d’insatisfaction : chaque jour ressemble au précédent, sans histoires, prévisible, bref parfaitement ennuyeux. Mais la nuit, tout change : il devient un autre homme, il devient enfin lui-même ! Car, chaque nuit, il se retrouve transporté vers les hautes terres du Rêve, un monde fantastique où d’intrépides aventuriers livrent bataille à des créatures des ténèbres, un monde peuplé de brigands et de sorciers, sur lequel plane l’ombre de l’abominable Cthulhu… En dépit de sa peur, David se sent de plus en plus attiré par cet univers exaltant, prêt avec ses compagnons à relever des défis dont ils n’imaginent ni la portée, ni les périls.
Au risque de se retrouver prisonnier à jamais d’un monde où rêves et cauchemars sont l’unique réalité…

Le Héros des rêves paru en 1986 est le premier tome d’une sympathique trilogie inspirée par les démons et les merveilles de la Fantasy d’H.P. Lovecraft, mais comme l’introduction contient pas moins de 3 gros twists, je suis obligé de vous prévenir que cela va SPOILER :
Quelque part dans les grands espace désolés septentrionaux des Contrées du Rêve, un aventurier est traqué par une meute de chiens-araignées, et il doit la vie sauve à l’aide providentielle d’un mystérieux étranger dont la rencontre lui avait été prédite par un oracle : « avant lui tu n’avais pas encore commencé ta vie, et avec lui tu vas connaître des heures de grande aventure ! »… IRL David Hero est artiste en déphasage avec son monde, qui vit à Édimbourg pour se remémorer les visions fantasmagorique qui hantent ses rêves. Un jour il assiste à une conférence du Docteur Leonard Dingle, érudit en déphasage avec son monde qui travaille en Écosse pour donner un sens aux visions fantasmagoriques qui hantent ses rêvent. Les deux hommes sympathisent rapidement, et le bon docteur le ramène chez lui pour continuer leur conversation : au fils de leurs discussion l’un reconnaît dans l’autre ses propres rêves, et David Hero finit par reconnaître celui qu’il a sauvé… 1000 questions se bousculent dans leurs têtes quand ils grillent un feu rouge et qu’un camion vient percuter leur voiture… Leurs vies s’achèvent, mais leurs aventures commencent !

– Je suis Eldin l’Aventurier, et lui c’est David Hero. Nous avons écumé les Contrées du Rêve, toujours en quête de…
– En quête de quoi ? La richesse, une femme, un endroit où vous installer ? L’aventure, la vie… ou la mort ?
– Un peu de tout ça.

Depuis 6 ans David Hero et Eldin l’Aventurier arpentent les royaumes des Contrées du Rêve en quête d’aventures, véritables voleurs hors-la-loi entre Cartouche et Robin des Bois. Leurs tribulations les amènent au Gardien des Précurseurs qui leur promet monts et merveilles s’ils retrouvent les trois Bâtons de Pouvoir qui permettraient à ses maîtres de continuer leurs pérégrinations à travers les dimensions. Et l’auteur détourne les codes du conte de fée pour réaliser un buddy movie fantasy complètement barré :

* La première quête est une parodie de Sword & Sorcery dans laquelle l’auteur alterne descriptions howardo-lovecraftiennes et dialogues pleins d’humour (comme les pastiches de la Moria ou d’Ali Baba), et le dynamique duo devient une parodie des antihéros du Cycle des Épées de Fritz Leiber : le grand barbare Fafhrd est remplacé par un ronchon tuberculeux, et le petit rusé Souricier Gris est remplacé par un adulescent impétueux… Viennent ensuite les classiques du genre bien connus des rôlistes et des gamers (ah la belle époque de Casus Belli) : taverne malfamée ? check ! employeur aisé ? check ! bout du monde plein de dangers ? check ! temple oublié ? chek ! mago psycho ? check ! trésor maudit ? check ! dieu impie ? check !… On se croyait dans une bonne vieille aventure de Conan le Cimmérien, sauf que les antihéros roulent des mécaniques comme c’est pas possible alors qu’en fait c’est la damsel in distress qui fait tout le boulot dans leur dos ! L’auteur aurait d’ailleurs pu aller complètement dans cette voie, et quelque part c’est bien dommage…


* La seconde quête plus courte est un pastiche des hobbits perdus dans la forêt de Fangorn…
Après diverses tribulations pulpiennes (alpinisme, canyoning, traversée d’un jungle où toutes les plantes sont carnivores ^^), les quêteurs sont recueillis par un arbre intelligent qui raconte son histoire après avoir écouté la leur. Ils prennent le parti de de leur hôte en partant en guerre contre l’eïdolon Lathi maîtresse de la cité maudite de Thalarion : deux hommes, femme et un arbre affrontent les monstruosités de la Ruche de l’Horreur gouvernée d’une main de fer par une reine sorcière (et les détournements d’Orthanc et de Saroumane sont saupoudrés de qui-propos érotico-horrifiques assez fun )


* La troisième quête assez courte est n’est finalement qu’un gros pied-de-nez prenant la forme du huis-clos se déroulant dans le laboratoire d’un sorcier…

On aurait pu s’arrêter à l’heroic fantasy revue et corrigée par les Monty Python, mais cela serait oublier l’introduction et la conclusion ! Eldin l’érudit obtient la reconnaissance de ses pairs, David Hero l’artiste la gloire, Aminza le retour chez elle… Mais alors pourquoi Eldin quitte sa femme et sa cité pour courir l’aventure à nouveau ? Parce qu’IRL Aminza accidentée en même temps qu’eux est encore en vie, alors que eux n’ont pas survécu : tout ce qu’ils ont partagé s’est déroulé durant les quelques instants où ils se sont croisés entre la vie et la mort… du coup les personnage sans s’en rendre compte pris au piège de leurs rêves, c’est un peu des rôlistes ou des gamers sans s’en rendre compte pris au piège de leur univers préféré… Ce n’est pas un hasard si ce détournement de Donjon & Dragon, issu des oeuvres de R.E. Howard, Fritz Leiber et Jack Vance, est paru à la plus belle époque de Donjon et Dragon ! ^^
On peut regretter que la Portal Fantasy ne serve que twist voire de prétexte à tout le reste, car avec son air de ne pas y toucher Brian Lumley n’était pas loin d’écrire un préquel aux fabuleuses séries Life for Mars et Ashes to Ashes : ils sont géniaux ces Anglais !

Pour ne rien gâcher j’ai bien aimé la traduction de Rosalie Guillaume qui a tout compris des intentions de l’auteur. le roman est court donc si vous le dénichez chez un bouquiniste ou en ebook vous ne perdez pas votre temps à tenter votre chance, car au final ou vous êtes un amoureux des genres de l’imaginaire et en vous prêtant au réjouissant jeu du 2e degré vous aller découvrir une savoureuse Madeleine de Proust (ah si John Lang avait écrit dans la années 1980, le résultat n’aurait peut-être pas été très différent), ou vous ne l’êtes pas et en ne vous prêtant pas au jeu vous risquez de tout prendre au 1er degré et de rouspéter devant ce qui vous semblera être de gros clichés. du coup je ne suis même pas surpris que le prescripteur d’opinion Gillossen d’Elbakin.net ait une fois de plus fait son pisse-froid vu qu’il est encore une fois passé complètement à côté du truc ! (visiblement si l’étiquette humour n’est pas accolée à une oeuvre il passe systématiquement à côté du 2e degré, mais bon dès l’introduction de sa critique il compare l’hommage humoristique complètement décontracté du gland de Brian Lumley au Viroconium de M. John Harrison et Le Livre du long soleil de Gene Wolfe, auteurs bien connus pour être très difficile d’accès en raison de leur littéralité et de leur intellectualité… C’est comme comparer le sympathique restau du coin à un établissement gastronomique parisien : ça n’a putain aucun de sens !!!)

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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