Arturo Pérez-Reverte

Le Hussard

Roman, histoire / XIXe siècle
Publié en VF en 2005 au Seuil
Publié en VO en 1986 avant d’être réécrit en 2004 (« El húsar »)

Andalousie, 1808. Les troupes napoléoniennes entrées en Espagne viennent de subir un cuisant revers à Bailén. joseph Bonaparte n’est pas encore sur le trône et la résistance des Espagnols à l’armée française s’organise. Frédéric Glüntz, un jeune Alsacien, et son ami Michel de Bourmont, tous deux officiers du 4e régiment de hussards, rêvent de gloire et d’héroïsme. Ils sont là pour vaincre l’ennemi, certes, mais aussi pour propager au nom de l’Empereur les idées nouvelles issues de la Révolution française. Persuadés d’apporter le progrès à un pays arriéré, vivant sous le joug de la monarchie et de l’Eglise, ils ne peuvent comprendre qu’en face d’eux se dressent une armée décidée à défendre son indépendance jusqu’au dernier soldat et un peuple prêt à mourir pour sa terre. Alors, dans le feu de la bataille tant désirée, l’ivresse du sang et de la mort aura vite raison des idéaux des deux jeunes gens, et des honneurs tant attendus ne restera qu’un atroce voyage au bout de la nuit.

Arturo Perez-Reverte, journaliste de guerre, écrit en 1983 son premier roman sous le patronage littéraire de Céline et de son Voyage au bout de la nuit : il y dénonce la guerre en général à travers le prisme particulier de la Guerre d’Espagne, ce bourbier sans nom qui sonna le glas des ambitions de Napoléon…
J’ai cru que les personnages de l’aristocrate provençal Michel de Bourmont et du roturier alsacien Frédéric Glüntz allaient reprendre les rôles de Brett Sinclair et Daniel Wilde de The Persuaders! / Amicalement Vôtre… Oui mais non, en fait tout est raconté du point de vue du jeune Frédéric qui est venu en Espagne dans le corps prestigieux des hussards pour récolter honneur et gloire. En quelques heures, toutes ses certitudes vont voler en éclats et il ne va récolter que douleur et folie avant de SPOILER… Pas mal de points communs donc avec le film Bruc, une œuvre de Daniel Benmayor que j’aime beaucoup qui mais semble être à la fois autant méconnue que mésestimée, où les résistants catalans et les soldats napoléoniens qui se voyaient les uns comme les autres comme des héros nationaux ne récolaient finalement que peines et douleurs dans un survival ou chacun devait lutter pour sauver sa peau…
L’auteur espagnol est donc très couillu d’avoir abordé un moment douloureux de son histoire nationale en racontant le destin de personnages appartenant à l’envahisseur honni. Ça rend finalement l’ensemble plus humain, voire carrément universel, en évitant les écueils du manichéisme, du nationalisme et du chauvinisme. L’histoire courte et intense, bien plus proche de la nouvelle que du roman, est un impitoyable compte à rebours et le chapitrage reflète bien cela : « la nuit », « l’aube », « la matinée », « l’escarmouche », « la bataille », « la charge », « la gloire ». Il s’agit donc d’un récit en temps réel, assez proche dans l’esprit du reportage ou du docu-fiction, qui n’est entrecoupé de quelques flashbacks que pour présenter les rêves et les espoirs de son personnage narrateur et la situation de l’Espagne sous la coupe de Napoléon.

Frédéric savait que depuis des temps immémoriaux l’homme s’était battu contre ses semblables pour des raisons souvent matérielles et immédiates : la nourriture, les femmes, la haine, l’amour, la richesse, le pouvoir… Ou même simplement parce qu’on le lui commandait, et, fait étrange, la peur des punitions se superposait fréquemment à la peur de la mort qui pouvait le guetter dans la guerre. À maintes reprises, il s’était demandé pourquoi des soldats aux sentiments grossiers, peu enclins aux motivations d’ordre spirituel, ne désertaient pas en plus grand nombre ou ne refusaient pas de faire leur service quand ils étaient appelés. Pour un paysan qui ne voyait pas plus loin que sa petite terre, sa chaumière ou la nourriture indispensable à la survie de sa famille, partir pour des pays lointains défendre des monarques tout aussi lointains devait représenter une entreprise stérile, absurde, dans laquelle il n’avait rien à gagner et beaucoup à perdre, y compris son bien le plus précieux : la vie.

Flandres et Italie au XVIe siècle, Espagne et Russie sous Napoléon, Verdun et Stalingrad durant les guerres mondiales, Irak et Afghanistan au début du XXIe siècle, Libye, Syrie ou Yémen parmi tant d’autres aujourd’hui… Plus les choses changent et plus elle reste les mêmes, et la guerre reste et restera toujours la guerre : boue, sang, merde, et rien de plus… Et ceux qui disent le contraire sont des menteurs, et rien de moins… (Saloperies de novlangue et de propagande qui ont failli nous faire croire aux mythes de « la guerre propre » et du « zéro mort » !)

note : 8,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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