David Goy & Luca Blengino (scénario)
Paulin Ismard (historien)
Antonio Palma (dessin)

Ils ont fait l’Histoire,

Alexandre le Grand

Bande dessinée, histoire / antiquité
Publiée le 13 juin 2018 chez Glénat

300 av J.-C., Memphis. À l’ombre de la statue majestueuse d’Alexandre le Grand, un hoplite et un scribe, deux amis de longue date, se remémorent leurs glorieuses campagnes menées auprès de l’empereur. Conquérant né, stratège génial, roi divin… les superlatifs ne manquent pas pour désigner celui qui fit du petit royaume de Macédoine le plus grand empire que le monde ait connu. Une ambition démesurée, marquée par une volonté d’unifier le monde grec et la civilisation perse. Mais une aspiration illusoire, car comme tous les hommes exceptionnels, Alexandre le Grand était admiré… mais aussi détesté.

Pas déçu par cet album, mais un peu frustré quand même car à personnage de légende il aurait fallu une BD de légende !
Difficile de raconter en 48 pages l’histoire de ce météore qui chamboula l’Europe et l’Asie, incompris par les siens pour la sien raison que ses ambitions cosmopolites était inconcevable pensable pour les élites occidentales de son temps (d’ailleurs il l’est toujours car les clichés racistes et xénophobes ont la vie dure chez ceux qui se croient toujours au-dessus du commun des mortels), mais dont les exploits et les rêves continuent d’hanter l’imaginaire collectif depuis des siècles et des siècles (et il y est fort à parier qu’ils continueront de le faire durant des siècles et des siècles comme l’ont compris les auteurs de Science-Fiction). Les auteurs ont donc fait le choix de raconter son histoire à travers les conversations aux pieds de la statue d’Alexandre à Memphis de Spyros un vieux scribe corinthien, qui toujours cru au rêve d’Alexandre, et d’Artemas un vieux grognard macédonien, qui n’a jamais cru au rêve d’Alexandre. Et ils font commencer le récit à la Bataille de Gaugamèles, avant de poursuivre avec le triomphe de Babylone, le sac de Persépolis, la traque de Darius III puis de Bessos, la guérilla de Spitamènès en Asie Centrale et la guerre de Poros en Inde, les frontières de l’empire considéré comme le bout du monde, le retour à Babylone et une fin de règne violente et prématurée…

Quelle est l’importance d’un visage lorsque l’on parle d’une légende ? Le corps, le visage…. appartiennent à la dimension mortelle. Alexandre est devenu immortel de son vivant.

Les sources sont partielles et partiales, souvent tardives et de seconde main, et pour ne rien gâcher l’homme semble avoir lui-même tout fait de vivant pour se transformer en légende vivante destiné à traverser l’éternité (Grand ou Petit ? Beau ou laid ? Yeux homochromes ou hétérochromes ? Rien n’est moins sûr !)… C’est donc tout naturellement que l’homme reste un mystère, lui qui s’est posé en vengeur des Grecs avant de se poser en vengeur des Perses, le conquérant étant devenu le dernier des souverains Achéménide en rendant tous les honneurs à la dépouille mortelle de celui dont il a volé l’empire… La fin de règne est violente, les intrigues et les complots se succédant contre Alexandre, ce dernier n’hésitant pas à exécuter les uns après les autres les compagnons de la première heure incapable de dépasser le racisme ordinaire. Le conflit entre Alexandre et Callisthène est ainsi emblématique : à monde nouveau mentalités nouvelles et usages nouveaux, mais les purs produits de l’aristocratisme et/ou de l’intellectualisme occidental embourbés dans leurs préjugés suprématistes sont incapables de considérer le reste du monde autrement que comme inférieur donc à dominer et à exploiter alors qu’Alexandre aurait voulu un monde où tous les peuples sont égaux et en paix… L’histoire d’Alexandre reste autant à décoloniser qu’à démystifier, et les auteurs ne s’en privent pas : l’épisode de l’Oracle d’Ammon repose sur un erreur de traduction, le triomphe de Babylone n’en est absolument pas un, en bon opportuniste Alexandre retourne sa veste en plusieurs occasions, la poursuite de Bessos / Artaxerxès IV n’est que pur calcul politique, les grands discours du grand homme sortent tous du même moule, et aux rives de l’Hyphase tout n’est que mise en scène pour que la réalité corresponde à ses souhaits aux yeux de la postérité… De la même manière Darius III n’était pas un despote mais un roi juste et bienveillant, l’Empire Perse n’était pas en décadence mais ressortait renouvelé des sécessions égyptiennes et mésopotamiennes, l’Orient n’était pas pauvre et sous-développé mais plus riche que la Grèce ne l’avait jamais été….

Bon scénario de David Goy et Luca Blengino cet amoureux de l’Antiquité, bons dessins réalistes voire photographiques d’Antonio Palma très bien assisté aux couleurs de Flavio Dispenza (la mise en scène manque d’imagination et de souffle, mais ici c’est ce qui sépare le très satisfaisant du nec plus ultra). J’ai trouvé les appendices de Paulin Ismard, maître de conférence à la Sorbonne, un peu trop classique pour m’emballer au point que j’ai trouvé le making off des auteurs plus pertinents, mais cela n’est pas très grave hein…

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

Pin It on Pinterest

Share This