Mathieu Mariolle & Alex Nikolavitch (scénario)
Etienne Anheim & Valérie Theis (historiens)
Filippo Cenni (dessin)

Ils ont fait l’Histoire,

Saint Louis

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée le 07 janvier 2015 chez Glénat

Louis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis, roi de France de 1226 à 1270, est le neuvième monarque de la dynastie des Capétiens. Personnage plus complexe et paradoxal que ce que nous laissent entrevoir les images d’Epinal du bon roi dispensant la justice sous le chêne, Louis IX, élevé dans un respect de la foi et une piété rigoureuse sous la coupe de sa mère Blanche de Castille, a une conception essentiellement religieuse de sa fonction et se voit en monarque idéal d’un royaume chrétien. Cette foi inébranlable qui marque l’ensemble de son règne contribue à faire de lui un Saint de son vivant et l’objet d’une vénération après sa mort ; mais elle incarne aussi sa faiblesse face aux réalités économiques, sociales et politiques de son époque.

Mathieu Mariolle et Alex Nikolavitch font commencer le récit commence par l’agonie de Louis IX aux pieds des murailles de Tunis, avec des phylactères alternant descriptions, dialogues et homélies des derniers sacrements. L’entrée en matière est un peu rude. Ensuite le roi à en plein délire, demande qu’on lui récite son testament qui fait resurgir tous les moments marquants de son existence. Cette BD est donc en fait un analepse de 48 qui retrace le long règne de Saint Louis, le roi qui a parachevé l’alliance d’un pays, la France, d’une dynastie, les Capétiens, et d’une religion, le christianisme.
Le personnage n’est pas aussi monolithique que les Images d’Epinal le représentant, Saint Louis possédant ainsi plusieurs facettes :
– le croyant, volontiers ascète voir illuminé
– le fils qui a trop longuement vécu dans l’ombre de sa mère
(On voit bien qu’il est parfois pris en tenaille entre sa mère Blanche de Castille et son épouse Marguerite de Provence : deux personnages intéressante féminins fascinants qui méritaient chacune un ouvrage, surtout la première qui annonce toutes les souveraines de l’époque moderne)
– l’homme véritablement habité par son rôle de roi, qui se remet constamment en question
On pioche clairement, et c’est tant mieux, dans le récit de Joinville qui a raconté la vie de celui qui son ami plus comme une chronique, offrant ainsi une vision plus complète que les nombreuses hagiographies rédigées en vue de son procès en canonisation…
Evidemment, raconter toute la vie d’un roi ayant régné près d’un demi-siècle en aussi peu de pages nécessite moult ellipses parfois douces et subtiles parfois dures et abrupt. Du coup cette bande-dessinée ne peut s’apprécier qu’avec un minimum de connaissances sur le XIIIe siècle voire du Moyen-Âge : croisades, hérésie cathare, rivalité anglo-française, construction monarchique, relations internationales européennes… A un moment, avec la répétition des actions du souverain contre l’orgueil des puissantes, l’exploitation des humbles, ses mesures sociales et ses lois punitives contre l’usure et la finance, j’ai presque cru qu’il y avait un message politique caché… Qui sait ? Toutefois, dommage de clore le récit par une scène assez glauque : la cuisson du corps gangrené du roi pour enterrer la chair pourrie en terre impie et les ossements imputrescibles en terre chrétienne…

Si Dieu t’envoie l’adversité, reçois-là avec patience et rend grâce à notre Seigneur et pense que tu l’as mérité, et qu’Il la tournera à ton profit. S’Il te donne prospérité, remercie-L’en humblement afin que tu ne sois pas plus mauvais ou par orgueil ou d’une autre façon, à cause de ce qui doit augmenter ta valeur ; car on ne doit pas combattre Dieu avec ses dons.

Les dessins de Filippo Cenni sont pas mal du tout (décidément, la bande dessinée italienne contemporain ne manque nullement de talents !), et la synergie avec les couleurs de Hugo Poupelin fonctionne bien. La reconstitution du Moyen-Âge est réussie, et une attention particulière a été aux visages de tous les protagonistes de cette biographie. Toutefois je n’ai pas trop accroché au charadesign de Saint Louis au départ : grand, maigre, un visage un peu benêt avec un coupe au bol… Mais cela le rend plus humain, plus modeste, plus simple… Mais c’est plutôt bien joué, car on s’attache d’autant plus au personnage et à sa psychologie, lui qui est dévoré par son envie de bien faire.

Le dossier et le making-off qui accompagnent cette bande-dessinée sont passionnants et apprennent beaucoup de choses en peu de pages : pouvait-on en attendre moins de la part de Valérie Theis et d’Etienne Anheim, deux maîtres de conférences en histoire médiévale qui ont toujours su se rendre accessibles malgré des thèmes de recherche pointus ?

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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