Mio Asô (scénario)
Tetsuo Hara (dessin)
d’après Keiichirô Ryû

Keiji, tome 03

(pour public un peu averti quand même)

 

Manga, histoire / XVIe siècle
Publié en VF en 2007 par Casterman, réédité en octobre 2021​ par Mangetsu
Publié en VO entre 1990 et 1993 par la Shueisha dans le Weekly Shōnen Jump (« Hana no Keiji -Kumo no kanata ni- / 花の慶次 雲のかなたに »)

Après avoir survécu in extremis au piège tendu par Shume, Keiji peut enfin profiter d’un peu de répit en compagnie de Hotaru, qui retrouve petit à petit goût à la vie. Mais c’était sans compter sur Kômori, le terrible maître de la jeune kunoichi venue se frotter au kabubi-mono, et sur les ninjas de Kaga, déterminés à en finir une bonne fois pour toute avec Keiji. Pris entre deux feux, le kabuki-mono saura-t-il dominer sa rage pour survivre, au plus fort du combat ?

Un tome 3 décidément très déstabilisant :
– on a une première partie où le samouraï Keiji affronte le ninja Kômori et on passe sans prévenir de City Hunter à Hokuto no Ken !
– on a une deuxième partie où Keiji est déchiré par l’amour que lui porte son père et la haine que lui porte son oncle, et il ne sait que faire pour être lui-même tout en restant un bon fils et un bon vassal (est-il un tigre avec un cœur d’homme, ou un homme avec un cœur de tigre ?)…

On nous a fait le coup je ne vais pas combien de fois dans City Hunter, avec le héros « problem solver » qui remet sur le droit chemin quelque qui a perdu goût à la vie. Et on nous a fait le coup je ne vais pas combien de fois dans Hokuto no Ken avec la mort tragique, la quête de vengeance et le duel à mort qui va avec. Et dans ces duels le résultat du combat importe peu : le personnage principal gagne car il arpente la voie du juste, les personnages secondaire perdent pour que le personnage principal puisse les venger. Donc ce qui importe c’est les raisons du combat, ou plutôt les motivations de l’antagoniste (et celle de Tobikatô, ancien maître ninja du clan Fûma de la maison Takeda ici allié à vie de Keiji). Et ici, force est de constater que Kômori / Chauve-Souris et ses faux-airs de Dracula est un personnage qui n’est vraiment pas facile à cerner !

Il apparaît de prime abord comme un tueur sadique et psychopathe qui cherche à infliger à autrui la peur et la douleur qu’il ne ressent plus. Mais ensuite il apparaît comme fasciné par la mort et la manière dont les hommes lui font face. Lui qui est profondément tourmenté n’ose pas mettre fin à la sienne et recherche des hommes forts qui mettront fin à son calvaire. Mais au bout du bout, c’est l’envie et la jalousie qui semblent être ses motivations premières. Il a toujours été opposé aux traditions inhumaines du monde des shinobis, faites de souffrance répétées pour transformer hommes et femmes en machines à tuer. Mais il n’a pas eu le courage de les renier. Keiji samouraï qui envoient chier les traditions inhumaines du monde des samouraïs a réussi là où il avait échoué, à savoir sauver d’elle-même l’amour de sa vie. Il n’a pas pu le supporter, et c’est difficile de savoir s’il veut vaincre Keiji ou périr de sa main pour se punir. Au final la Chauve-Souris retrouve la Luciole : ah c’est digne des plus grandes tragédies antiques, à des années lumière nekketsu eco+ du Weekly Shonen Jump !

Quel genre de père accepterait de laisser son fils mourir avant lui ?

Le reste du tome est largement consacré à la relation entre Keiji et son père (même si une fois de plus l’auteur réécrit l’origin story du héros en direct-live). Tetsuo Hara emprunte sa trousse à outils à son pote Tsukasa Hojo pour nous dépeindre une très belle relation fils / père dans laquelle est le fils est le soleil et le père la lune qui se réchauffe à sa lumière pour mieux la refléter. De faible constitution et de nature foncièrement pacifiste le seigneur Toshijisa n’avait pas sa place dans l’univers sans pitiés des samouraïs, mais il livra le combat de sa vie pour épouser Haru concubine de Masuuji Takigawa. Elle lui offert un fils qui a toutes les qualités qu’il n’a jamais eu, qui devint un guerrier d’1m90 à la fois redouté et respecté. Bien que ce fils ne soit pas de son sang, il l’aimé de tout son cœur et lui a tout donné quitté à se sacrifier. Keiji ne sait que trop bien qu’il ne serait jamais devenu l’homme qui est aujourd’hui sans ce père tombé du ciel prêt à mourir pour lui. L’homme au coeur de tigre ou le tigre au cœur d’homme est ainsi prêt à accepter toutesles injustice de la part de son oncle pour ne pas faire de peine à son père. Y compris à jouer les « problem solver » pour apaiser toutes les peines de sa némésis finalement victime de la jalousie, ce monstre aux yeux verts…

Avec le mort de Toshijisa, le tigre prisonnier d’un monde trop petit pour lui est libéré de ses chaînes. Il se réconcilie avec son oncle et suzerain, avant de mieux le ridiculiser pour signifier leur rupture. C’est ainsi qu’au début de l’année 1588 le grand Keiji et la petite Ofû et se retrouvent dans la florissante ville portuaire de Tsuruga, et qu’ils font la rencontre de l’étrange ninja Sutemaru prêt à trahir les siens pour devenir leur serviteur. To Be Continued, Oh Yeah !

note : 8/10

Alfaric

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