Samuel R. Delany

La Fosse aux étoiles

Nouvelle, science-fiction

Publié en 1984 en VF

Publié en 1967 en VO (« The Star Pit »)

Dans un lointain avenir, les hommes se sont répandus jusqu’aux confins de notre galaxie. Mais seuls quelques rares êtres exceptionnels ? d’aucuns les qualifient des psychopathes ? peuvent s’aventurer au-delà : les « dorés ». Vyme et les autres qui travaillent dans la Fosse aux Etoiles réparent les vaisseaux et pansent les blessures, physiques et psychiques, quand les dorés rentrent de leurs épopées vers l’inconnu.

Samuel R. Delany est considéré comme la figure la plus importante de la New Wave américain et comme le maître de la linguistique. Je vais être cash : c’est l’un des pires trucs que j’ai jamais lu, une véritable purge en bonnes et dues formes !
Pourtant la première page de cette nouvelle, intitulé La Fosse aux étoiles et parue en 1967, est construite comme un magnifique tableau impressionniste… Mais ensuite l’auteur sans doute stylistiquement brillant se regard écrire :
* Premièrement, pour l’auteur le narrateur omniscient c’est de la merde, donc il faut poser l’ambiance uniquement à travers les sensations, les émotions et les pensées des personnages
* Deuxièmement, l’approfondissement doit passer uniquement par l’émotionnel, donc la nouvelle se présente comme un agglutination d’impressions du personnage principal sans aucune transition, précision, explication
* Troisièmement, pour l’auteur les clichés traditionnel de la narration sont à bannir, donc pas de début, pas de milieu, et pas de fin, on change constamment d’unité de lieu, de temps et d’action sans savoir où on est, quand on est, et de qui on parle puisque des personnages débarquent au milieu des dialogues sans qu’on sachent qui ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils veulent, d’où ils viennent et où ils vont… Bref, encore une fois c’est bavards et abscons, en plus d’être long, lent et chiant car ça ne raconte rien ! Et je vous fais grâce de la Deuxième Guerre du Kyber où on ne sait pas qui combat qui pour la possession de di-allium venu de la galaxie de Lupe en se servant de Y-adna venant de Magellan-9… Les méfaits de la drogue sans doute ? ^^

– Les dorés, ce serait plus pratique à manier si le mot était grammaticalement relié à quelque chose : les trucs dorés, les gens dorés. Ou même un or, deux or !
– Et au masculin un or, au féminin une aura.
– A peu près… Ce n’est pas un adjectif, ce n’est pas un nom. Mon éditeur m’a raconté qu’il été pendant quelque temps écrit précédé d’un tiret qui signifiait ce que l’on voulait.
Je me souvenais du tiret. C’était une plaisanterie gênante, une pirouette pour remplir artificiellement ce vide.
– Pense donc à ça. Les dorés, des dorés… ça fait drôle, non ?
– Dorés sur tranche, dorés à la feuille, dorés à points… Il y a de quoi s’amuser !

J’ai déjà lu des trucs « impressionnistes », souvent des romans Cyberpunk ou NSO par ailleurs, mais c’était souvent des interludes après que les personnages, l’histoire et le univers ait été exposés ce qui n’est absolument pas le cas ici. Donc j’ai dû me concentrer de toutes mes forces durant les interminables heures de lectures de cette nouvelle de 60 pages : l’auteur n’arrête pas de balancer des tonnes de trucs sans prévenir à travers les introspections et les dialogues de Vyme, et d’ensuite considérer que tout cela doit être est acquis par les lecteurs comme par magie. Alors si j’ai bien compris c’est l’histoire d’un mec nommé Vyme et on suit ses tranches de vie : Vyme est un garagiste de l’espace qui s’emmerde à Diable-Vauvert-lez-Etoiles qui fait office de dernière escale avant le grand vide galactique, et il gagne sa vie en retapant des yachs avec des robots anaméchaniakatasthyseur quand il ne passe pas son temps à l’écologarium (ne demandez pas ce qu’est, je n’en sais fichtre rien !). Les hommes deviennent fous passés 20000 années lumière et s’éteignent en même temps que les machines passés 25000 années lumière, sauf les Dorés qui eux ne souffrent pas de la folie provoquée par le franchissement de la coquille psychophysiologique car ils sont déjà fous. Les aliénés deviennent ainsi des aventuriers seuls capables de voyager à longue distance, explorant galaxies et dimensions parallèles, donc les chouchous de la société et l’élite de l’humanité qui suscitent à la fois fascination et détestation (comme dans la nouvelle « … Et pour toujours Gomorrhe » parue la même année, mais sans tout le côté bizarre des asexués prostitués). Un jour il rencontre un Doré qui lui demande de rafistoler son vaisseau, et son apprenti analphabète Ratlit se fait la malle avec lui après causé la mort de sa petite amie psychotique Alégra qui elle aussi travaillait au garage… The End !
Quand l’auteur sort de son trip littéro, il a quelques éclair de lucidité où il développe ses idées :
– comme les névrosés sont indispensables à la société, on fabrique à la chaîne des névrosés artificiels
– la famille monogamique est une coutume barbare et primitive, qui a été remplacée par les « groupes de reproduction »… ah ça, on sent l’idéologie hippie ^^
– le adultes ne doivent pas interférer dans la vie des enfants la vie, qui doivent s’éduquer et se débrouiller seuls en suivant leurs propres lois et suivre leurs propres routes… Ah ça on sent l’idéologie hippie, sauf qu’ici les enfants qualifiés de « petits singes agités de fous rires » semblent servir d’animaux de compagnie ou de main-d’œuvre… J’avais la désagréable impression d’être dans l’univers dystopique de Gunnm où les enfants ne sont pas considérés comme des êtres humains avant leur majorité…
– le personnage principale regrette le bon vieux temps où on commençait à se droguer à partir de 13 ou 14 ans… ah ça on sent l’idéologie hippie, sauf qu’ici les gosses commencent à se droguer à partir de 7 ou 8 ans, et on développe bien le cas d’Alégra, une télépathe projectionniste toxicomane à vie toujours plongée dans ses hallucinations parce que sa mère était une junkie…
– ah oui, il aussi des métaphores sur l’édition, l’écriture et la relation entre auteur et éditeur qui déboulent de nulle part en plein milieu des dialogues et qui n’ont ni queue ni tête… (à moins qu’on ne considère que les Dorés qui explorent le cosmos sont en fait les allégories les écrivains qui explorent l’imaginaire, et les autres cloués au sol comme étant leurs lecteurs : là ça ferait sens, mais du coup c’est tout le reste qui n’a plus ni queue ni tête…)

Dans le cadre d’un récit d’ambiance j’aurai pu me prêter au jeu, mais l’auteur expert en jonglage de mots ne fait absolument rien pour se rendre accessible ceux qui ne sont pas titulaire d’un master en lettres modernes. Et le Space Opera ce n’est pas seulement ailleurs et demain, c’est aussi de l’épique, de l’aventure et de l’émerveillement : rien de tout cela ici, donc fuyez pauvres fous !

note : 2/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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