Thomas Day (scénario)
Guillaume Sorel (dessin)
d’après William Shakespeare

Macbeth roi d’Écosse, 1ère partie :

Le Livre des sorcières

Bande dessinée, histoire / fantastique
Publiée le 18 septembre 2019 chez Glénat

Écosse, XIe siècle. De retour dans leur fief après un long combat contre les armées norvégiennes, Macbeth et Banquo, deux valeureux guerriers, rencontrent trois sorcières sous l’orage. Leur prophétie est formelle : le premier deviendra roi, tandis que le second verra ses descendants le devenir. La suite est connue : meurtres, drames et trahisons composeront l’un des plus célèbres textes de Shakespeare.

Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day et l’inusable Guillaume Sorel se lancent dans l’adaptation du classique de la légende shakespearienne : entre le sexe et la violence du premier, et l’onirisme du second c’était du quitte double… Une fois n’est pas coutume il n’y a rien à redire sur les superbes graphismes de Guillaume Sorel dont le talent visuel plus qu’un superbe écrin offre un second souffle au classique universel du plus grand des auteurs anglais. C’est du bonbon pour les yeux, chaque planche est un pur délice et on se pourlèche les babines…
Non, le souci vient de Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day qui a décidé d’utiliser le texte de William Shakespeare traduit par Victor Hugo pour raconter sa propre version de l’histoire ce qui à un moment ou à un autre aboutit à un grand n’importe quoi : pourquoi et comment raconter une histoire différente avec le même texte ? Oui car quand on veut se faire mousser, pourquoi faire simple quand on peut faire résolument alambiqué donc plus ou moins compliqué ???

Le récit de William Shakespeare vaudra toujours mieux que les délires de grandeur de Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day, car ce dernier était résolument simple donc résolument universel : le mal n’est ni en Hécate, ni dans les sorcières, ni dans les créatures de la nuit, mais en chacun de nous… Lord MacBeth soumis à la tentation du pouvoir, qui comme chacun le sait corrompt et corrompt absolument quand il est absolu, tuait son cousin, prenait le pouvoir et régnait en tyran avec le soutien indéfectible de Lady MacBeth qui l’avait fait passer du Côté Obscur malgré la vigilance de son Jiminy Cricket Blanquo avant que son orgueil ne cause sa propre chute… Sic semper tyrannis !

Mais dans cette relecture c’est peu ou prou bordélique… Déjà le Jiminy Cricket Blanquo est remplacé par l’exécuteur des basses œuvres Cuilen qui moralement est encore pire que Lord et Lady MacBeth réunis : nous sommes dans le domaine du grimdark martinien qui comme chacun le sait ne mène à rien ! Dans le récit originel MacBeth récoltait la gloire et montait en grade en combattant contre les Vikings, mais ici c’est en châtiant les pilleurs du Château de Moray … J’ai envie de dire pourquoi pas, mais cela amène tellement d’interrogations pour ne pas dire tellement d’incohérences que je déclare haut et fort que Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day n’a fait cela que pour se placer au dessus de William Shakespeare ! Nous sommes dans le domaine de la boulardise to the max !!!

– Tout l’océan du grand Neptune réussira-t-il à enlever ce sang de vos mains ?
– Que m’importe, maintenant que je suis reine.

Je connais le bonhomme par cœur et il va expliquer qu’il fait cela pour la cause féministe en inversant les rôles entre Lord et Lady MacBeth : il veut faire de Lord MacBeth le soutien de Lady MacBeth là où William Shakespeare avait fait de Lady MacBeth le soutien de Lord MacBeth (car comme chacun le sait William Shakespeare est par rapport à Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day un tâcheron sans ambition, ironie inside). Contrairement à l’œuvre d’origine, MacBeth n’est pas encore marié et il épouse celle dont il fait assassiné le mari pour prendre sa place (donc MacBeth ne devient pas un salaud par ambition, il est dès le départ un un salopard ambitieux). La narration est tellement alambiquée qu’il est résolument impossible de savoir si MacBeth épouse celle par qui le malheur arrive parce qu’il a pitié de celle dont il a causé le malheur ou parce que cette dernière fait pression sur lui parce qu’elle connaît la vérité sur ses agissements… Toujours est-il qu’il est ridicule de voir ensuite MacBeth hésiter à tuer une seule personne après avoir causé la mort violente de de plusieurs dizaines de personnes. Et il est tout aussi ridicule de voir Lady MacBeth donner le sein à son enfant les bras ensanglantés après avoir zigouillé le Roi Duncan à coup hache dans le crâne (le thanato-érotisme de Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day a encore frappé)…
L’idée serait que ce n’est pas Lady MacBeth qui fait passer Lord MacBeth du Côté Obscur mais Lord MacBeth qui fait passer Lady MacBeth du Côté Obscur, mais là aussi il y a un os car elle ne devient pas folle car elle est folle dès le départ. Je le répète les modifications apportés au récit amène un paquet de bizarreries, la psychologie des personnages changeant du tout au tout en quelques planches voire quelques cases sans réelles explications : en faire la liste serait bien trop fastidieux, du coup je me contenterai d’un seul exemple avec MacBeth qui décide de rendre le corps de Duncan à sa famille avec tous les honneurs dus à son rang puis qui sur un coup de tête retourne sa veste et décide de l’enterrer comme un chien au milieu de nulle part… WTF ?!

Lady MacBeth veut être mère et être reine (Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day a -t-il voulu en faire une nouvelle Cersei ?), autrement dit fonder sa propre dynastie avec le fils de son précédent mari assassiné, mais dans le récit originel c’est Lord MacBeth qui voulait fonder sa propre dynastie avec leurs enfants légitimes… La deuxième partie du récit risque d’être bien compliquée à mener : Lady MacBeth ne peut pas devenir folle car elle l’est déjà, elle ne va pas se suicider car elle trop ambitieuse pour cela, et Lord MacBeth ne peut pas pécher par orgueil car il n’est que l’instrument des ambitions de son épouse. J’imagine qu’on peut rattraper le coup en faisant du « genderswap » avec Lord MacBeth sombrant dans la folie avant de se suicider et Lady MacBeth régnant en tyran avant que son orgueil ne cause sa chute.
Why not ? Mais le « genderswap » opéré par des auteurs autoproclamés « Social Justice Warriors » cela a surtout donné de la merde ces dernières années (ben oui, on ne peut pas jouer impunément avec des récits et des symboles universels pour coller au politiquement correct du moment)… Evidemment je surnote car le travail graphique est extraordinaire, mais avec un dessinateur lambda la note aurait été divisé par deux : Je ne veux pas être un oiseau de mauvais augure, et j’espère que Guillaume Sorel qui est un artiste à forte personnalité saura raisonner son compère peu ou prou schizophrène !

PS: Évidemment les critiques presse seront unanimement élogieuses, car Dr Gilles Dumay / Mr Thomas Day qui a occupé de hautes fonctions chez plusieurs éditeurs a toujours disposé d’un impressionnant entregent.

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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