Graham Masterton

Manitou, tome 5 : Peur Aveugle

Roman, fantastique / horreur

Publié en octobre 2010 en VF

Publié en 2009 en VO (« Blind Panic »)

Au même instant, des milliers d’Américains perdent la vue. Les avions s’abattent, d’innombrables carambolages se produisent, les communications ne fonctionnent plus. La civilisation américaine est ramenée deux cents ans en arrière du jour au lendemain. Misquamacus, le chaman indien, est revenu à la vie pour exercer une ultime vengeance destructrice sur l’homme blanc qui a massacré son peuple. Mais une fois encore, Harry Erskine est bien décidé à l’en empêcher.

Attention le shaman amérindien Misquamacus est de retour pour nous jouer de mauvais tours ! C’est par un pur hasard que j’ai débuté la saga Manitou par le tome 5 intitulé Peur aveugle. Cela n’a pas été un problème du tout, puisque que les événements et les personnages des tomes précédents nous sont présentés de manière simple mais efficace au fil des réflexions et des tirades d’Harry Erskine. de ce point de vue c’est assez bien fichu.

Mais on est plus dans le film catastrophe que dans le livre d’horreur avec tous ces accidents d’avions et d’hélicoptère, ces carambolages et ses scènes de pillages… Ce livre d’horreur est plutôt facile d’accès et du coup assez grand public. Je ne sais pas si c’est l’auteur ou le traducteur qui a lâché le plus de lest, mais c’est nettement plus soft que Tengu le cul se limitant aux remarques grivoises d’Harry Erskine, et le gore plus discret qu’à l’accoutumée emprunte ici à l’imaginaire de Clive Barker (l’écorchage, les fusions de corps, le Géant-Tonnerre… sont présents dans Les Livres de sang). Difficile ne pas y voir un hommage d’un maître de l’horreur à un autre, d’autant plus qu’on emprunte pour le background à la mythologie lovecraftienne (Misquamacus doit ses fabuleux pouvoirs aux Grands Anciens et porte un pendentif représentant Cthulhu).

Il était également plein de ressentiment envers nous, les visages pâles, pour tous les massacres gratuits que nous avions commis, et notamment celui de Whitestone Hill, dans le Dakota du Sud, à l’été 1863, où sa trisaïeule avait été tuée, ainsi que deux cents autres hommes, femmes et enfants. Ce n’était pas le moment le plus glorieux de notre histoire, parmi tant d’autres tout aussi peu prestigieux, comme Conestoga et Gnadenhutten, Sand Creek et Wounded Knee. Vous devriez chercher ces endroits sur Google, voir ce que nous avons faits là-bas, et pleurer.

C’est bien rythmé : c’est assez difficile de s’ennuyer. Mais j’ai retrouvé le défaut de la structure en POV très (trop ?) dispersés avec le récit à la 1ère personne d’Harry Erskine le voyant charlatan, et les récits à la 3e personne de Tyler Jones le cascadeur, rejoint par Tina Freedy la journaliste du L.A. Time (qui ne sert à rien), de Jasmine la camionneuse, rejointe par Ammy l’adepte de la Santeria (qui ne sert presque à rien), le Président des Etats-Unis d’Amérique (que tout le monde croit fou mais qui est peut-être le personnage le plus lucide du roman), et des 4 geeks des Empereurs TI. Les points de vue sont discontinus, donnant un sentiment d’hétérogénéité, et se rejoignent de manière un peu trop forcée. Et une fois les protagonistes réunis, le dénouement s’avère être quand même un beau bordel avec le Géant-Tonnerre, les Tueurs-Yeux, les fantômes des tuniques bleues, un sacrifice héroïque et la résurrection de Celui Qui Était Parti Et Qui est Revenu.

Mine de rien on apprend pas mal de choses sur l’histoire et la culture amérindienne. le récit de la révolte des Pueblos et l’invasion d’une colonie espagnole par les Tueurs Yeux aurait pu à lui seul être l’objet d’un excellent western horrifique. Car une fois de plus l’auteur anglais ne se gêne pas pour explorer les pages peu glorieuses de l’histoire américaine, et même s’il ne prend pas véritablement parti sait se montrer néanmoins assez critique. C’est assez savoureux que les WASP qui ont péché par égoïsme aient comme seule porte de sortie pour échapper à la malédiction de Misquamacus l’altruisme. Quelque part c’est un sympathique message humaniste !
Les agréables références culture populaire disséminées dans le roman font toujours plaisir à un populares comme moi et j’accroche bien à l’humour de l’auteur : le héros finalement ne sert à rien à part distiller quelques bons mots et quelques bonnes blagues, n’étant là qu’au bon endroit au bon moment pour porter le coup de grâce. C’est Amélia Crusoe qui fait tout le boulot aidé par le fantôme de Singing Rock puis le Docteur Snow, et même elle se fait voler la vedette par Tyler Jones qui se la joue Shadow of the Colossus.

note : 6/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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