Laurent Gaudé

La mort du roi Tsongor

Roman historique
Publié en janvier 2005 chez Actes Sud

Au coeur d’une Afrique ancestrale, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le roi s’éteint mais ne peut reposer en paix dans sa cité dévastée. A son plus jeune fils, Souba, échoit la mission de parcourir le continent pour y construire sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré — et aussi le haïssable —roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le nouveau livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l’insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s’accomplir, de quelque manière, l’apprentissage de la honte. Telle est en effet la vérité cachée, celle qui s’impose par-delà les élans du coeur et les lois du clan. Telle est peut-être l’essence même de la tragédie.

Laurent Gaudé, de formation universitaire, initialement porté sur le théâtre, romancier émérite, primé pour « le soleil des Scorta », demeure un conteur hors-pair. Avec ce court récit, le voici qui délaisse ses éternelles inspirations hellénistiques pour les terres africaines et ses conflits tribaux.

D’un lyrisme toujours aussi prenant et maîtrisé, fluide et musical, il égrène la succession d’un roi qui s’en remet à la mort afin de ne pas choisir…

Les deux guerriers qui réclament sa fille demeurent, en effet, tout aussi légitimes l’un que l’autre : apporter satisfaction au premier ne se résumerait qu’à insulter le second.

Alors surgit la guerre, violente et subite, tandis que le spectre d’un monarque hante les murs de la cité, observe ses héritiers, pleure et se lamente en compagnie du seul serviteur avec lequel il peut communiquer, son porteur de tabouret, assermenté et détenteur de la pièce qui paiera le passage dans l’au-delà de son défunt suzerain.

Se nouent les alliances et se déchirent les frères. Interviennent d’inattendus renforts et se murmurent des sortilèges secrets sur le champ de bataille. S’exilent les missionnés et les désabusés. Le soleil se couche chaque soir sur une armée inédite, celle des cadavres qui jonchent le sol et grossissent à jamais les rangs des morts.

Le clan Tsongor était là. Réuni autour du père pour la dernière fois. Dans une épaisse odeur d’encens. Ils pleuraient sur la mort du vieillard. Ils pleuraient sur la vie d’autrefois. Ils pleuraient sur les combats à venir.

Au-delà de son aisance à conter les événements, à les habiller de passions humaines, Gaudé se rappelle à ses primes amours et donnent la parole à ses personnages, dans ce qui pourrait s’apparenter à des monologues face au public. La verve et l’éloquence déployées les grandissent encore, à défaut de les exonérer de tous leurs actes.

Par ailleurs, derrière cette guerre insane, cette succession qui n’aura peut-être pas lieu en raison d’une transmission ratée ou omise, se déroule une véritable quête initiatique. Une quête d’identité. A chercher le lieu idéal pour y cacher la dépouille paternelle, après l’érection de tombeaux dédiés et significatifs, comme autant de leurres, le benjamin de la fratrie, Souba, découvrira ce qui fait de lui un Tsongor, qui il est en réalité, victime de son ascendance. 

Néanmoins, au-delà du sirocco qui souffle sur ces lignes dignes d’un mythe africain, l’antiquité grecque ne se cache pas si loin, dans cette histoire de guerre entre deux prétendants à la même femme, fille du Roi Tsongor, aux pieds de la capitale fortifiée Massaba… Et résonnent en écho les pleurs d’Hélène de Troie.

Chantent encore les héros, divers et colorés, tous plus magnifiques et singuliers les uns que les autres, et qui tombent au combat, ivres de leurs légendes écrites à l’arme blanche, au cœur de la mêlée !

note : 9/10

Julien Schwab

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

Pin It on Pinterest

Share This