Jean-David Morvan et Scietronc (scénario)
Scietronc (dessin)

Le Moine Mort, tome 1 :

Le Manuscrit condamné

Bande dessinée, fantasy
Publiée le 24 mars 2021 chez Glénat

« J’ai pour nom Ernao Piranesi. Et au soir de mon existence, j’ai transgressé les lois monastiques qui me guidaient depuis toujours. J’ai profité de l’enseignement de l’enluminure qui me fut prodigué dans ma jeunesse pour écrire un livre profane, que je me dois de dissimuler. Un récit fatalement prohibé, car ne parlant en rien de quelque épisode religieux consacré… Mais de ma pauvre vie. »

Ce sont les seules phrases que Stolin – novice enfermé dans le sinistre monastero del Picco dell’Acqua – a le temps de lire au moment où il découvre ce manuscrit, caché sous un tapis dans la cellule de Piranesi qui vient de rendre l’âme. Le fracas des vagues et le hurlement des vents sont les seules sonorités en ces lieux. Les religieux confirmés ont même la bouche cousue et Stolin sait très bien que ce sort l’attend, à terme. Ce livre est pour lui l’occasion d’entendre encore une voix, la sienne. Se cachant pour lire la suite à voix basse, il va découvrir une prodigieuse histoire d’hérésie, de sang, de mensonges, de procès, de folie et d’amour… celle du moine mort.

Jean-David Morvan s’est découvert un nouveau talent : découvreur de talents ! J’ai d’ailleurs l’impression qu’il a monté une école de dessinateurs, une pépinière de créateurs, une écurie d’auteurs… Scietronc que j’ai découvert dans le premier numéro de Tezucomi (que je recommande chaudement), dans une magnifique reprise du manga Midnight du célèbre Ozamu Tezuka, semble l’un de ses premiers fruits portés à maturité…
Ils œuvrent de concert ici dans une série intitulée Le Moine Mort, avec un premier tome appelé Le Manuscrit interdit. Je ne vais pas vous mentir, c’est un tome à 100% d’introduction, qui se contente de poser l’ambiance et les enjeux du récit, car tout se décante dans les toutes dernières cases…

Dans un univers imaginaire les croisés du Principe-Combattente affrontent les hérétiques du Dévoyé de Dieu Darst Vostri. En fiction comme IRL l’Histoire est écrite par les vainqueurs, et le gentil gouvernement triomphe des méchants rebelles. Pour édifier et instruire le peuple, le gouvernement compte accorder le pardon et la rédemption aux prisonniers ennemis dans un gigantesque audodafé. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des monde si le moine Ernao Piranesi ne savait pas qu’un simple d’esprit dénommé Ciimon s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

Les autorités lui expliquent bien que s’il entête à défendre la vérité au lieu de la propagande il risque gros, mais ce dernier en a rien à secouer. Car pour lui c’est la justice ou la mort, car autrement rien n’aurait de sens en ce bas monde malgré tout ce qu’en dise les forces obscures de la crevardises aujourd’hui incarnées par le reagano-thatchéro-macronisme des élites autoproclamées de la ploutocratie mondialisée (et ouais aujourd’hui encore c’est en pleine crise sanitaire qu’on on continue de faire de larges économies sur la santé pour on se sait qui avec la complicité des merdias prestitués qui touchent leurs trente deniers)…

Il est des événements vécus avec une telle intensité que la mémoire les transforme en d’inextricables labyrinthes dont seul le doute parvient jamais à s’échapper.

Je préfère commencer par le négatif :
La narration est sans doute trop ambitieuse pour son propre bien ! On commence par le récit au présent de la grande bataille entre l’ordre et le chaos, puis on passe à un autre temps présent où Ernao Piranesi raconte à rebours sa propre vie dans une autobiographie testament qui après sa mort tombe entre les mains du jeune novice Stolin qui y voit un chemin vers la liberté. Après un long passage où on associe les images du présent aux textes du passé sur fond d’argo gitan, on passe au droit du quota de flashback qui constitue le cœur du récit… Franchement, il y a bien des manières de raconter un récit plus simplement !

Passons au positif :
Le style hybride de Scietronc ne peut pas laisser indifférent. Tantôt lumineux tantôt sombre, tant léger tantôt grave, tantôt détailler tantôt épuré, tantôt d’influence cartoonesque tantôt d’influence mangaesque, il ne perd jamais en fluidité ! C’est déroutant de prime abord, mais c’est d’autant plus intéressant pour ne pas dire passionnant qu’on finit par reconnaître ici ou là l’influence manifeste de tel ou tel grand nom de l’art séquentiel mondial qu’il soit américain, asiatique ou européen… Après Bastien Vivès, Scietronc il a su me réconcilier avec des styles de bandes dessinées avec lesquels je n’avais aucun atome crochu : béni soit-il ! / bénis soient-ils !

 

Deux conceptions de la religion vont s’affronter sans pitié. J’aimerais dire qu’on avait plus vu cela depuis Alim le tanneur de Wilfrid Lupano, mais au vu des ambitions et des qualités ici affichées je fois écrire qu’on avait plus vu cela depuis la Controverse de Valladolid ! Mais entre une narration trop compliquée et un graphisme trop novateur, j’ai l’impression que tout reste à faire : comme le dit le narrateur Ernao Piranesi c’est sans doute la victoire de la vérité ou le triomphe du mensonge… Dans les deux cas, je serais du tome 2 car ce nouveau projet BD est trop intéressant pour être ignoré ! (et puis Glénat a pour réputation de toujours laisser les autres terminer leurs séries donc on peut donc être rassuré quand au fait d’avoir la fin de l’histoire)

note : je vais attendre pour trancher, mais si l’essai est transformé cela va monter très haut…

Alfaric

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