Graham Masterton

La Mort Noire

Roman, science-fiction / horreur
Publié en VF en janvier 1998 chez Lefrancq
Publié en VO en 1977 (« Plague »)

Le docteur Petrie est médecin à Miami. Pour la première fois de sa carrière, il est confronté à une maladie dont il ne reconnaît pas les symptômes. En quelques heures, ce qui n’était à ses yeux qu’une grippe sans importance prend l’aspect d’une épidémie bactériologique foudroyante. Tandis que les responsables du département de la Santé publique soutiennent la thèse du phénomène éphémère, la situation se dégrade. Le doute n’est plus permis : il s’agit d’une affection mortelle très contagieuse, dont la virulence se trouve décuplée par une mutation inconnue. Peu à peu, la ville sombre en plein chaos. Les autorités américaines ne vont pas hésiter à employer des méthodes radicales afin de circonscrire l’épidémie… Le docteur Petrie en réchappera-t-il ? Sauvera-t-il sa famille ?

La Mort Noire de Graham Masterton et un bon gros revival des thèmes survivalistes sur fond d’épidémie apocalyptique, et si c’est du classique c’est aussi du solide mine de rien ! On retrouve l’épidémie foudroyante mais d’origine inconnue, les traîtres politiques et les journalistes complices qui disent que tout va bien avant de quitter le navire, les ambulanciers, les médecins, les policiers et les militaires qui sont envoyés au front pour retarder l’avancée du chaos le temps que les patriciens puissent se bunkériser dans leurs tours d’ivoire, et que les plébéiens abandonnés à leur sort soient obligés de revenir à la loi de la jungle…
Dans la 1ère partie intitulée « les vivants », nous suivons le docteur Leonard Petrie, qui gagne très bien sa vie en prescrivant des placebos aux riches mémés de Miami, sa fille Priscilla, son ex-femme Margaret et sa nouvelle compagne Adelaïde. Il fait face à l’avancée de la maladie, mais passé un cap il fait le choix d’abandonner ses amis pour sauver sa famille…
Dans la 2e partie intitulée « les morts », la team Petrie trace sa route dans une Côte Est dévastée par l’épidémie et où l’homme est redevenu pleinement un loup pour l’homme. Et le récit devient choral avec un millionnaire queutard et sa belle-fille nymphomane, un vieil acteur hollywoodien et son amant gay, un petit commerçant WASP et une petite-frappe sans foi ni loi, et un leader syndicaliste du secteur hospitalier… Et tout se finit par un huis-clos dans une tour d’ivoire new-yorkaise qui fait la part belle à la psychologie avant que n’interviennent Les Rats de James Herbert parus quelques années plus tôt !

– S’il est une chose que ne cesse de me sidérer, c’est le comportement totalement impitoyable dont nous, les Américains, sommes capables de faire preuve les uns envers les autres.

Si on passe sur les scènes de cul propres à l’auteur, et sur la scène de viol dont ont aurait pu se passer même si elle traitée plutôt pudiquement finalement, on a un récit étonnamment sobre. Après on se refait pas, et l’auteur parvient à faire des clins d’œil à Perry Mason, James Kildare, Star Trek, Bugs Bunny, Batman & Robin, Marcus Welby, Björn Borg et aux Dents de la mer, tout en ayant recours à une pléthore d’expression francophiles en français dans le texte… Mais ici la frontière entre Graham Masterton et Stephen King est bien mince, et la comparaison avec Le Fléau s’impose même si l’ouvrage du king est plus copieux avec 1500 pages (du coup je ne m’étonne pas de voir des liens avec Brume pourtant écrit 3 ans plus tard que le présent ouvrage)… J’imagine que les deux auteurs ont pioché à la même source de la mode survivaliste des années 1970 qui nous a offert tant de bons films de genre durant à cette époque !
Malheureusement je crains que le roman, qui a dû fait sensation à sa sortie, n’accuse quand même son âge : il a ses qualités, mais les explications scientifiques nanaresques dignes d’un film catastrophe des années 1950 ont clairement fait leurs temps (ça et l’enfant de 6/7 ans qui semble en avoir 3/4 au vu de son comportement)… Depuis 1977, date à l’année est sorti le roman, on a eu le SIDA, le SRAS, le H5N1, le H5N5, Ebola… et les apprentis sorciers russes et anglo-saxons qui se sont sentis obligés de ressortir des cartons les travaux de sinistre mémoire de Josef Mengele et Shirô Ishii (soient-ils maudits les uns et les autres ! MDM)
Certains choix du personnage principal sont également étranges :
– Si le but est la survie, pourquoi remonter la Côté Est et tous ses dangers plutôt de prendre le large ?
– Si le but est de trouver un remède, pourquoi aller à New York plutôt qu’au CDC d’Atlanta plus proche ?
– Et pourquoi vouloir à tout prix regagner une ville et ses problèmes plutôt que d’aller profiter de la prophylaxie de la campagne ? (Mentalité d’urbain incapable de penser la vie autrement qu’en ville ?)
Mais la fin tragique interpelle le lecteur :
ATTENTION SPOILERS Le Docteur Petrie est plein de remords après avoir abandonné son poste et essaye de vaincre la maladie, mais il est peut-être la boîte de Pétri qui a véhiculé la maladie et condamné à la fois sa famille et l’humanité… Et en fait c’est sans doute carrément cela car la pandémie a démarré à Petrie Beach… FIN SPOILERS

Sinon, l’auteur s’est bien fait basher outre-atlantique parce qu’il s’en donne à cœur joie contre l’alter ego de Ronald Reagan qui met massivement de l’huile sur le feu en reprenant toutes les conneries habituelles du Parti Républicain (les immigrés c’est de la vermine, les noirs c’est des animaux sauvages, et ceux qui ne pensent pas comme nous sont des traîtres à leur nation et à leur race). Après la reaganisation et les néocons, voici venir la trumpisation et les néo cons, et après les foires aux monstres des primaires républicaines je vous invite à lire les dernières déclarations très années 1930 de certains politicards français à droite toute… On est mal, oh oui très mal !

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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