Nicolas Jarry (scénario)
Nicolas Demare (dessin)

Nains, tome 15 : Oboron du Bouclier

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 19 juin 2019 chez Soleil

Des malheureux tombés entre leurs mains, on ne sait rien, sinon les rumeurs d’un supplice sans fin qui les conduit à la folie. La mort est un aller sans retour… c’est du moins ce que pensait Oboron, jusqu’à ce qu’il se réveille au fond d’un ravin, transpercé par une dizaine de flèches. Tandis qu’il retrouve la mémoire, il comprend que sa destinée vient de basculer. On ne revient pas de l’au-delà sans en payer le prix fort. Oboron n’a alors plus qu’une idée en tête : retrouver les siens pour les protéger de la tempête qu’il s’apprête à déclencher…

Aux dessins Nicolas Demare assisté aux couleurs de Digikore Studios ne démérite pas du tout avec un travail satisfaisant qui ne dépareille pas dans le nouveau mainstream des éditions Soleil (mais on peut légitimement se demander se que cela donnerait avec un vrai top dessinateur qui trop souvent se mettent au service de scénaristes déficients se regardant le nombril tout le temps). A part cela, une fois de plus Nicolas Jarry s’éclate et nous éclate avec ce tome 15 de la série Nains intitulé Oboron du Bouclier. Oboron est un guerrier en disgrâce qui traîne sa misère depuis le suicide de son père, et Oboron meurt au combat dans une embuscade elfe. Mais il ne rejoint ni la table d’Yjdad au Paradis, ni les geôles humides d’Yjgrun en Enfer…

Il n’a pas succombé à ses blessures et s’en est remis parce qu’il est un berserker, et les berserkers sont l’un des nombreux secrets que le peuple nain ne tient pas à révéler aux Terres d’Arran (OMG je viens d’imaginer Highlander en BD ! Quelle bonne idée cela serait !!!). Il est déclaré mort mais intègre en fait la Suicide Squad de Maître Faradun qui autrefois comptait 300 membres mais qui aujourd’hui n’en compte plus que 3 : Korgam un psychopathe enragé, Rahulf trop intelligent pour son propre bien et Oboron lui-même… Oboron se met à douter de plus en plus, et il finit par se faire la malle à la première occasion pour retourner dans son village. Il découvre qu’on lui a menti, mais aussi qu’il n’est pas encore trop tard pour sauver ce qu’il reste de sa famille, et c’est sans hésiter une seule seconde que son beau-père réalise l’ultime sacrifice pour lui donner un chance de réussir là où il a échoué : protéger les siens… Les twists finaux sont géniaux !

Le maître, c’est celui qui se tient du bon côté de la lame.

ATTENTION SPOILERS Les berserkers ne sont pas les descendants d’Aragarom le maudit, mais ceux du peuple des rois-fauves adorateurs de Barazurs le Dieu-Ours génocidé par les culs-bénis adorateurs d’Yjdad. La malédiction peut être transformée en bénédiction car plusieurs nains ont su maîtriser leurs capacités héréditaires comme Redwin de la Forge entré dans la légende comme étant la Colère de Dieu sur Terre, ou Brum le commandant de la Légion de Fer le plus grand combattant de tous les temps. Et traître aux siens, Maître Faradum à la fois victime et bourreau est lui-même un berserker qui a été entraîné pour traquer et tuer les autres berserkers avant de se persuader lui-même qu’Yjdad l’avait choisi pour les éradiquer jusqu’au dernier. Cette dernière révélation n’est pas sans rappeler Days of Future Past l’un des meilleurs récits du xmenverse, mais n’est pas aussi sans rappeler les pires heures de l’Histoire quand les Kapos participaient volontairement à l’éradication de leur propre peuple… FIN SPOILERS

Et j’ai gardé le meilleur pour la fin : dans les premiers tomes consacrés aux elfes bleus, la guerrière elfe et le shaman gobelin se demandaient si la guerre entre les différentes races des Terres d’Arran finirait un jour, dans le tome 9 de la série Nains le Moïse nain en rencontrant la Kahina orc se demandaient s’ils n’étaient pas passés l’un et l’autre à côté d’une occasion unique de mettre fin à la haine entre les peuples, dans le tome 6 de la série Orcs et Gobelins le guerrier orc regrettait de ne pas pouvoir remercier l’archer elfe décédé qui les avait aidé à triompher… Ici Oboron se demande si les Nains et les Peaux-Vertes n’ont que la haine à partager, et c’est l’esclave gobelin Ga’at qui lui sauve la vie avant de sauver celle de son fils : c’en tout naturellement qu’il trouve ainsi dans sa nouvelle famille naine ! En fiction comme dans la réalité les élites autoproclamées truffées de sociopathes patentés nous divisent pour mieux continuer à régner, à grands coups de « nous c’est les gentils, eux c’est les méchants » (Latinos, Arabes, Africains, Russes, Chinois : rayez les mentions inutiles proposées par l’establishment occidental) alors que le mahatma Martin Luther King disait bien que « nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots » : les Terres d’Arran vont-elle échapper aux fléaux de la peur et de l’ignorance ? To Be Continued !

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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