Nicolas Jarry (scénario)
Nicolas Demare (dessin)

Nains, tome 20 :

Svara du Bouclier

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 24 mars 2021 chez Soleil

Fille d’un général devenu infirme, épouse d’un guerrier mort sur le champ de bataille, mère de deux fils emportés au combat et d’un troisième disparu lors d’une mission en territoire ennemi, Svara devrait se résigner. Il est du destin d’une mère du Bouclier de vivre le deuil. Mais elle en est incapable. Son cœur lui hurle que son marmouse est encore en vie, perdu, quelque part dans les plaines glacées du Grand Est. Déchirée entre chagrin et espoir, elle réunira autour d’elle un ancien cognar et deux déserteurs pour partir à sa recherche… Seule la rage d’une mère peut transcender l’ordre établi​.

Dans le domaine de la Fantasy, la qualité de la série Nains ne se dément pas ! Dans ce tome 20, Svara mère et bientôt grand-mère est une Naine du Bouclier qui ne sait que trop bien ce qu’est la guerre et son cortège de malheurs. Car la guerre lui a pris son père, le célèbre général Tëorür, son époux, et son frère. Et l’armée vient lui apprendre que la guerre lui a aussi pris ses trois fils. Sauf que le troisième cadavre n’est pas celui de son dernier-né prénommé Abraz.

N’ayant aucune confiance en l’armée, elle décide d’aller elle-même rechercher son fils mort ou vif ! Pour l’épauler les Dirty Dozen ne sont que trois, mais ils font le poids : Volgrir, ancien disciple de Tëorür qui a quitté l’armée pour l’Église pour ne pas passer du Côté Obscur, Erodur, orphelin de guerre qui a rejoint l’armée par devoir de mémoire avant d’être accusé de désertion, et Burlock fils prodigue pour ne pas dire indigne d’une grande famille qui s’est retrouvé condamné pour insubordination. Ces trois personnages cachent bien des choses, mais je vous laisse le plaisir de la découverte et des twists qui vont avec…

– Je suis Niss du Bouclier. Mon rôle est de veiller sur mon foyer, et de me tenir droite dans les tourmentes présentes et à venir. Je suis celle qui réconforte, celle qui attend, celle qui donne la vie, celle qui souffre en silence. Je suis toutes ces mères qui ont vu leurs fils partir pour ne jamais revenir. Je suis toutes ces naines qui sont le véritable ciment de notre civilisation.

​Chacun d’entre eux aurait pu être le héros de son propre show, mais le récit reste centré sur Svara qui est prête à tout et au reste pour ramener à la maison son dernier fils porté disparu au-delà des lignes ennemies. Devant toutes les horreurs de guerres qui transforment les hommes en loups pour l’homme, sa foi est mise à rude épreuve et elle finit par se demander si elle n’est pas suicidaire et si elle n’a pas condamné ses compagnons à la mort.

Svara, c’est Perceval dans l’Excalibur de John Boorman confronté aux malédictions des gastes terres dans sa Quête du Graal ! Il ne faut jamais renoncer à l’espoir, car dans un monde de merde l’espoir c’est tout ce qu’il nous reste !!! Et ce malgré toute la propagande industrielle des médias prestitués inféodés au reagano-thatchéro-macronisme et son « There Is No Alternative » (si vous ne connaissez pas encore, cela se résume à « si vous n’êtes pas content du monde qu’on a construit où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, et ben vous n’avez qu’à déménager en Corée du Nord bande de teubés décérébrés qui n’êtes pas capables de s’enrichir pour écraser les autres comme nous le faisons chaque jour que les dieux font »)…

L’amour, la haine. La guerre, la paix. La vie, la mort. Nicolas Jarry nous livre encore une fois un récit humaniste très abouti qui ne peut pas laisser indifférent un véritable être humain. On est entre les films Retour vers l’enfer de Ted Kotcheff et Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, mais on est surtout dans le roman La Quête des héros perdus de David Gemmell. Dans ce dernier, le jeune Kiall se lançait par idéalisme dans une opération de sauvetage en emmenant dans son sillage tout une compagnie de vieux briscards. Confronté à toute la cruauté du monde il finissait pas plus savoir à quel saint se vouer, et au final impossible de savoir si Kiall continuait par devoir envers ceux qui l’avaient rendu plus grand et plus noble, ou si ses compagnons continuaient par devoir envers celui qui les avaient rendus plus grands et plus nobles. Dans tous les cas, prévoyez vos mouchoirs pour pleurer !!!

Face à un récit aussi puissant sur le fond, difficile de parler la forme. Faisons simple : Nicolas Demarre n’a sans doute jamais été aussi bon qu’ici, mais force est de constater qu’il bien aidé par deux poids lourds de la colorisation : l’excellente Élodie Jacquemoire et le très bon J. Nanjan. Désolé, je suis encore sous le coup de l’émotion…

note : 9/10

Alfaric

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