Kieron Gillen (scénario)
Dan Moira (dessin)

Once & Future, tome 1

Comics, fantasy / urban fantasy
Publié en VF le 07 octobre 2020 chez Delcourt
Publié en VO le 31 mars 2020 chez BOOM! Studios (« Once & Future, Vol. 1: The King is Undead »)

Lorsqu’un groupe de nationalistes britanniques utilise un ancien artefact pour ramener à la vie un méchant issu des légendes arthuriennes, l’ex-chasseuse de monstres Briggette McGuire sort de sa retraite (et de sa maison de retraite !). Accompagnée de son petit-fils Duncan, un naïf conservateur de musée, elle va reprendre du service et tenter de vaincre une menace légendaire à l’aide de magie noire, et d’un fort sens de l’à propos.

​Les mythes arthuriens ont été usés jusqu’à la corde, mais ça continue de bien marcher parce qu’ils sont très riches et très connus (ont attend la même chose pour les mythes carolingiens qui sont tout aussi riches mais bien moins connus, et c’est c’est dommage parce qu’il y a vraiment de quoi s’éclater pour des auteurs ou des lecteurs des genres de l’imaginaire). Cela vaut également pour les détournement urban fantasy de la matière de Bretagne, y compris ceux que je n’ai pas encore et dont Kieron Gillen et Dan Mora semblent ici s’inspirer : finalement j’ai passé un bon moment, mais malheureusement il y a quand même à redire…

Nous découvrons tout ou presque à travers les yeux de Duncan McGuire, universitaire et rugbymen de haut niveau à la fois la tête et les jambes (avec une maladresse sociale qui l’a transformé en puceau mal dans sa peau à une époque hypersexualisée). Il doit retrouver sa grand-mère qui a fugué, et il se retrouve vite embarqué malgré lui au cœur de la folie… (et pour l’epicness to the max qui va bien, plus qu’un paladin sans peur et sans reproche c’est un nouvel avatar au cœur pur du Héros aux mille et un visage !)

ATTENTION SPOILERS Il découvre que notre monde a toujours cohabité avec l’Autre Monde, il découvre l’univers des chasseurs d’horreurs avec les donneurs d’ordres, les exécuteurs d’ordres et les nettoyeurs chargés de faire disparaître le merdier qu’ils laissent derrière eux. Il est embarqué par celle qui l’a élevé comme un père et comme un mère après la disparition de ses parents pour empêcher les agissements d’une terroriste qui se prend pour la princesse Elaine et de son fils national-socialiste qui se prend pour le chevalier Galaad (ou mondial-capitaliste, la frontière entre les deux types de crevards étant au fil du temps de plus en plus flou). Le dynamique duo qui devient trio après avoir embarqué le dernier date raté du pauvre Duncan doivent trouver le Château du Roi Pêcheur pour les empêcher de remettre le Graal à Arthur Pendragon qui n’est un souverain humaniste mais un méchant millénaire aux rêves génocidaires (mdr le roi celte raciste qui massacre les militants Anglo-saxons racistes qui veulent le ramener à la vie pour gouverner l’Europe et le monde : les vrais savent que « n’est pas mort ce qui a jamais dort » ). Sauf qu’il faut franchir les portes de l’Autre-Monde avec les chevaliers morts-vivants de la Table Ronde aux trousses, sans parler de la Bête Glatissante qui a la fâcheuse habitude de toujours débouler au plus mauvais endroit au plus mauvais moment… FIN SPOILERS

– Alors, c’est fini ? La quête est terminée ?
– A ton avis ?
– L’espoir fait vivre.
– Tu es vraiment un bon gamin. Reste comme tu est. Aussi longtemps que tu le pourras.

Kieron Gillen a ses qualités mais aussi ses défauts. Ici il sacrifie l’histoire au rythme selon l’expression consacrée, mais quel rythme ! C’est trépidant, c’est haletant et on ne s’ennuie pas un seul instant. Le duo entre le grande jeune optimiste qui ne sait pas et la petite vieille cynique qui sait marche d’autant mieux que les dialogues très réussis sont des mines à citation. J’ai même tendance à penser que cela marche encore mieux quand le duo devient trio avec la pauvre Rose qui rapidement ne sait plus à quel saint se vouer…
C’est même un peu épuisant, car on amène les concepts et les révélations un rythme tellement soutenu qu’on finit par attendre avec impatience le moment où on sa un peu se poser pour nous expliquer tout cela un peu plus en détail. En fait c’est le gros problème, on amène trop de trucs en trop peu de pages et comme en plus Kieron Gillen pense plus comme auteur que comme lecteur il a malheureusement tendance à se regarder écrire… OK pour tous les classiques des chasseurs d’horreurs, OK pour les ingrédients de la Portal Fantasy ici plus ou moins horrifique, OK pour les détournements Dark Fantasy des mythes arthuriens (je ne vais crier à originalité, R.E. Howard l’avait déjà fait dans l’entre-deux-guerres). Mais ça se complique plus ou moins inutilement quand on veut faire des révélations fracassantes en mélangeant théories jungiennes et tragédies antiques…

ATTENTION SPOILERS On part de l’idée que les mythes et l’imaginaire collectif influent sur la réalité et que la réalité influe sur les mythes et l’imaginaire collectif. Donc pour influencer le monde immatériel, le monde matériel doit se fondre dans le moule des archétypes universels. Ce n’est pas si con que cela comme idée mais au final le rendu est assez confus. Car on se sent obligé de nous refaire encore un fois le coup de la famille maudite qui a un pied dans les deux camps : nous avons d’un côté un « Perceval » qui a été fabriqué pour servir d’arme de secours en cas de création d’un « Galaad », et d’un autre côté un « Galaad » qui a été fabriqué pour nous gouverner tous, pour nous trouver, pour nous amener tous, et dans les ténèbres les lier, au pays de Mordor où s’étendent les ombres… (on oppose évidemment les version païennes et chrétiennes des mythes arthuriens, mais je ne ferais pas de commentaires sur les récupérations nazies des opéras de Richard Wagner sur le sujet) FIN SPOILERS

 

Pour terminer je dirai que j’ai bien aimé les graphismes de Dan Moira aux dessins et de Tamra Bonvillain aux couleurs qui officient dans un style très années 90. On a bien trouvé le juste milieu entre réalisme et expressionnisme, ce qui nous offre des planches très fluides et très dynamiques qui ne cèdent pas aux facilités du cartoonisme. Toutefois l’Autre-Monde aurait mérité un meilleur traitement qu’un onirisme facile fait de couleurs flashy…

note : 7+/10

Alfaric

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