Nicolas Jarry (scénario)
Bojan Vukic & Paolo Deplano (dessin)

Orcs & Gobelins, tome 4 :

Sa’ar

Bande dessinée, fantasy
Publié le 22 août 2018 chez Soleil

Sa’ar n’est jamais sorti de sa mangrove et ne connaît rien des terres qui s’étendent au-delà l’estuaire. Jusqu’au jour où un seigneur Orc réduit son clan en esclavage. Privé de tout espoir, le gobelin découvre un monde où seuls les forts survivent. Il fait alors le serment de devenir le maître de la cité des Sang-mêlés, un ramassis de voleurs, d’assassins et de bâtards… Même si pour cela il doit devenir le pire d’entre eux !

Ce tome 4 de la série Orcs & Gobelins nous raconte et nous montre la vie de Sa’ar qui officie en tant que Scarface peau-verte (en sachant que Scarface est un personnage inspiré d’Al Capone IRL)
Gnar la Gargouille est l’étoile montante de la truanderie mais il se fait choper par la Garde-Ruelle qui le remet pieds et poings liés au maître sans nom et sans visage de la Cité des Sang-Mêlés qui par nostalgie raconte à son compatriote l’accomplissement de ses ambitions (et ce n’est sans doute pas un hasard si la gouvernance de la Cité des Sang-Mêlés ressemble peu ou prou à celle Waterdeep / Eauprofonde, la cité des splendeurs des Royaumes Oubliés de AD&D). Sa’ar était un gobelin des mangroves destiné à devenir comme tous ses ancêtres un pêcheur quand un banni traître à sa patrie ramena avec lui la ruine et la désolation incarnées par des négriers orcs. Longtemps esclave dans une pêcherie industrielle à voiles, il finit par suivre deux camarades d’infortune en se faisant la malle avant d’apprendre la truanderie d’en bas avec le dénommé Ursr et la truanderie d’en haut avec le dénommé Goborgal. Les forts agissent et les faibles subissent : Sa’ar apprend à la dure les vertus de l’ambition, et à chaque fois qu’il veut tout plaquer la destinée s’acharne à le rééduquer… Il finit par devenir prêt à tout et au reste, et de guerres des gangs bien dosées en trahisons bien orchestrées il finit par se frotter au Maître de la Cité et Traëzor de Farand l’exécuteur de ses basses œuvres !
Un Scarface fantasy bien troussé certes, mais pas que car au-delà du la tragédie gangsta on développe une autre philosophie : tout pouvoir à son prix et le narrateur ne cesse de répéter qu’il faut absolument tout sacrifier à son ambition pour s’élever, mais au final il passe son temps à torturer horriblement celui qui lui a tout pris, regrette avec nostalgie toutes les pertes qu’il a subies, et invoque les mânes de celui qui dans sa vie a été son seul ami…

C’est ainsi, les forts punissent et les faibles subissent… C’est une loi immuable…

On retrouve la signature de Nicolas Jarry dans les choix narratifs, car Sa’ar nous raconte son ascension avec les succès et les échecs qui y sont liés dans une structure en analepse (et c’était génial de nous faire croire que le narrateur était Gnar la Gargouille alors qu’en fait ce dernier a toujours été Sa’ar)… Pourtant j’ai retrouvé beaucoup d’Olivier Peru : dans la série Médicis la cité de Florence s’adressait autant aux lecteurs qu’aux personnages qui ne l’entendaient pas, alors qu’ici Sa’ar s’adresse autant aux lecteurs qu’à la cité des Sang-Mêlés qui ne l’entend pas… J’ai un peu honte de ne pas lâcher les étoiles, mais le travail conjoint de Bojan Vukic et de Paolo Deplano aurait être davantage optimisé, et ici force est de constater qu’on s’est lancé dans des twists à la Usual Suspects qui auraient eu plus d’effet dans une mini-série que dans une stand alone…

note : 7/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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