Philippe Thirault (scénario)
Thomas Verguet (dessin)
sous la direction de Bernard Lecomte

Un Pape dans l’Histoire, tome 7 :

Pie VII – Résister à Napoléon

Bande dessinée, histoire
Publiée le 18 août 2021 chez Glénat

Né en 1742, Pie VII est d’abord connu sous le nom de frère Grégoire. Il commence sa carrière ecclésiastique en tant que simple moine bénédictin, grimpe les échelons à force d’érudition et d’exemplarité et finit par être intronisé en 1800 à la suite d’un long et délicat conclave organisé à Venise. Il prend le nom de Pie VII en l’honneur du pontificat de son prédécesseur et protecteur Pie VI. Pie VII est le pape qui aura couronné Napoléon empereur en 1804. Pourtant, à partir de cet événement, la relation entre les deux hommes se désagrège.

La démarche de ce tome est très intéressante, puisqu’elle raconte la vie et l’œuvre de Pie VII du point de vue de Bonaparte. Et quelle a été la principale activité de son pontificat ? S’opposer à Napoléon ! Tout un programme, en sachant que le narrateur victime du syndrome du conquérant donc du management de terreur est une mine à citation pour ne pas dire une gatling à punchlines…

Pour ne rien gâcher ce n’est pas le premier tome de la série qui évite l’écueil de l’hagiographie. Car si on présente Pie VI comme un martyr et Pie VII comme un homme moderne favorable à la réforme, la dernière page nous rappelle qu’il aussi le pape qui rétablit les usages les plus rétrogrades du Moyen-Âge qu’avaient abolis la Révolution Française (à savoir la ségrégation du peuple juif).

Orphelin de père, le jeune Barnaba Niccolò Maria Luigi Chiaramonti a fait le choix de l’Église. Et a chaque étape de sa carrière il est suspecté de modernité donc muté. Et dans la fonction publique quand tu as les faveurs de la hiérarchie cela veut dire être promu. C’est ainsi que de promotion en promotion, il intègre l’entourage de pape Pie VI qui emporté par la tempête révolutionnaire meurt sans obsèques et sans sépulture à Valence. Avec une papauté en exil le conclave qui se réunit à Venise voit s’opposer le cardinal Mattei créature de l’Autriche et le cardinal Bellisami qui souhaite que le Saint Siège conserve son indépendance. La situation est vite bloquée, et dans l’un et l’autre camp on se rappelle de l’évêque d’Imola qui naguère sut bien négocier avec la République Française…

La pénitence précède l’absolution.

Il faut choisir entre la France et l’Autriche au gré des coalitions, des victoires des uns, donc des défaites des autres. Et le pape fait l’aller et retour entre la France et l’Italie en fonction des lubies managériales de Napoléon Bonaparte, car il reste fidèle à sa fonction avant d’être le jouet de l’empereur. D’ailleurs bien souvent au détriment de santé, donc au risque de sa vie. Cela divise la chrétienté et la famille Bonaparte, puisque Madame Mère est croyante est papiste, et que le cardinal Fesch est l’oncle du consul devenu empereur (surtout avec ces histoires de mariage, de divorce et de couronnement). Au final on se retrouve avec les cardinaux rouges qui lèchent le cul de l’empereur et les cardinaux noirs qui soutiennent le pape quoi qu’il en coûte. On est au bord du schisme, et on rejoue la guerre éternelle du temporel avec le spirituel dans une énième « Querelle des Investitures ». Avec en chef de file Ecorle Consalvi, qualifié par l’empereur de Talleyrand sans la traîtrise, qui endure avec dignité son exil à Reims. Et tous ceux qui connaissent le Palais du Tau savent à quel point cet exil fut une punition (ironie inside)…

Jusqu’au bout l’empereur a essayé de plier le pape à sa volonté. Mais au final, le premier est mort en exil à Sainte Hélène, et le second pas rancunier pour un sou, car le pardon est une valeur très chrétienne, accueillit à Rome toute la bonarpartie en exil…

 

Sur un sujet grave, le scénariste Philippe Thirault livre un récit tragi-comique de bonne facture. Les dessins de Thomas Verguet offrent des graphismes fluides et dynamiques originaux pour le sujet, mais parfaitement en adéquation avec le traitement du sujet. Les deux compères ont écrit ensemble un album sur Arthur Rimbaud. Ça donne envie, et une œuvre qui donne envie d’en découvrir une autre œuvre c’est forcément une réussite…
C’est toujours Bernard Lecomte qui assure les appendices, et une fois de plus grâce à lui je me coucherais moins bête ce soir !

note : 6+/10

Alfaric

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