Conn Iggulden

Les Prodiges de l’Empire, tome 2 : Shiang

Roman, fantasy
Publié en VF le 13 novembre 2019 chez Bragelonne
Publié en VO le 06 septembre 2018 (« Empire of Salt 2 »)

Si les pierres pouvaient parler… elles appelleraient à la guerre. Le jeune roi de Shiang maintient l’ordre d’une main de fer, et ses redoutables guerriers Mazer surveillent chaque carrefour, à l’affût du moindre signe de rébellion. Tenu à la gorge, le peuple vit dans une tension permanente. Mais un événement inattendu va bouleverser un équilibre vieux de plusieurs siècles dans une explosion de violence. Une menace sans nom émerge des ténèbres et s’abat sur la cité. Loin à l’ouest, quatre maîtres-lames de Shiang approchent des murailles de Darien. Le saint des lames et ses trois compagnons ont traversé un continent pour retrouver un vieil homme et le punir de ses crimes. Rien ne les arrêtera. Pas même une armée.

Autant annoncer la couleur tout de suite même s’il se lit facilement et rapidement, et avec plaisir grâce à ses moments de joie et de peine, ses moments épiques et ses moments tragiques, ce tome 2 intitulé Shiang m’a quand même déçu. La fin du tome 1 était tellement ouverte avec toutes les promesses qu’elle laissait entrevoir que les choix opérés par l’auteur sont loin d’être les meilleurs… Le grain sable du tome 1 qui était le déséquilibre des POVs devient ici un véritable rocher : Arthur est juste un nom, Vic Deeds est juste une péripétie, et Elias comme Nancy ont complètement disparu du récit (comme c’est commode pour le scénario que ceux qui auraient pu neutraliser les vilains of the week ne soient pas là pour les combattre)…

Pour le reste, ce n’est un secret pour personne que Conn Iggulden est un fanboy de David Gemmell : Légende est son meilleur souvenir de lecteur et c’est ce livre qui lui a donné envie d’écrire. David Gemmell est passé de la Fantasy à l’Histoire, Conn Iggulden est passé de l’Histoire à la Fantasy : les auteurs auraient pu et auraient dû se croiser IRL, cela ne s’est pas fait et celui qui est encore en vie regrette amèrement de n’avoir pas remercié de vive voix celui qui est déjà mort… Ici nous retrouvons donc un multivers, des pierres de pouvoir, les limbes de la plaine grise, les good guys qui n’aspirent qu’à vivre sereinement leurs propres vie et les bad guys qui veulent, contrôler, pourrir et détruire la vie des autres (choisissez entre les homines crevarices et les reagano-thatchéro-macroniens, même si les deux groupes se recoupent). Mais face aux forces obscures de la crevardise nous retrouvons aussi l’amour, l’amitié, l’honneur, le courage et la rédemption !

 

1ère partie :
Tout commence par une longue mise en place qui se déroule dans l’Empire Shiang, équivalent oriental de l’occidental Empire Darien. Nous sommes quelque part entre la Chine et le Japon, et l’Empereur missionne ses quatre meilleurs guerriers pour éliminer son oncle traître à sa patrie et à sa dynastie ainsi que tous ceux à qui il aurait divulgué les techniques secrètes des Pas de Mazer : Hondo le vieillissant Saint des Lames, le jovial colosse Bosin, et les jumeaux taciturne Hi et Jè (que des archétypes gemmelliens, je vous l’avais dit). L’artiste martial Taeshin fait partie de l’assistance, et atteint par une grave maladie il s’effondre devant l’Empereur. Chance ou malchance son cas attire l’attire du Seigneur Ran qui se pique de nécromancie et qui rêve de devenir le Docteur Frankenstein oriental. En utilisant la Sipstrassi du Clan Aeris il ramène à la vie quatre de ses cobayes, sauf qu’il s’aperçoit très vite qu’il a ouvert une porte vers l’Au-delà et qu’il a libéré quatre êtres d’outre-monde : Gabriel, Thomas, Sanjin et l’Idiot ont échappé à la Plaine Grise où privés de leurs âmes ils participaient depuis une éternité à une guerre sans fin entre deux rois maudits par le destin…

Le pouvoir appelle le pouvoir.

2ème partie : ATTENTION SPOILERS
On alterne les préparatifs de défense à Darien organisés par Tellius et Win Sallet avertis par le pouvoir de prescience de la Sipstrassi du Clan Forza (car oui le roi des voleurs est devenu le consort de la première dame), le voyage de la Team Hondo dont la mission échoue avant même d’arriver à destination (c’est la péripétie Vic Deeds), et le voyage de la Team Gabriel pour qui le monde ne suffit, et pour qui le pouvoir appelant le pouvoir se lance dans la conquête de l’Empire Darien après avoir conquis l’Empire Shiang. Gabriel Hernan Cortez reconnaît l’Extrême-Orient, mais l’Extrême Orient ne connaît ni l’Espagne catholique ni l’Empire romain qui restent gravés dans sa mémoire malgré une éternité passée dans l’Au-delà… Si j’ai bien compris tous les cobayes du Seigneur Ran ont hérité de la super-vitesse octroyée par la Sipstrassi Aeris, mais ensuite difficile de savoir si les pouvoirs octroyés aux ressuscités sont de différentes natures ou de différents degrés : l’un maîtrise la guérison, l’autre maîtrise le feu, le dernier peut jouer avec la densité de l’air au point d’en être télékinésiste… Toujours est-il que Marias esclave amoureuse de son maître Taeshin accompagne les super-conquistadors échappés de l’Au-delà parce qu’elle espère que quelque part son maître Taeshin existe encore. Et moult interludes nous montrent Taeshin dans l’Au-delà, et non seulement il échappe au sortilège de la Plaine Grise grâce à la Force de l’Amoûr mais en plus il essaye de convaincre l’un des souverains des damnés de le ramener dans le monde des vivants !
Au final l’ennemi de mon ennemi est mon ami : les assassins venus d’Orient vont devoir s’allier avec leur cible pour affronter les super-vilains qui en tuant leur empereur ont fait de leur cible leur nouvel empereur (car oui le roi des voleurs était un prince shiang en exil) !

3ème partie : ATTENTION SPOILERS EVERYWHERE
Tout finit par une immense baston blockbustérienne à la DC / Marvel Comics. Les super-vilains disposent d’une force, d’une vitesse et d’une endurance surhumaines, de la télékinésie, de la pyrokinésie ainsi que d’un facteur auto-guérisseur quasi-infini… Mais en face d’eux les Douze Familles de Darien et leurs alliés orientaux ont des arguments à faire valoir : les Verts Sallet, la Barrière Bleue, le Bouclier de Verre Rouge qui peut tout repousser, l’Épée de Verre Noir qui peut tout trancher, la Sipstrassi Canis qui peut tout guérir, la Sipstrassi Fougère qui octroie le contrôle animal (Cujo + Les Oiseaux : le contrôle animal est vraiment un pouvoir overcheaté dans un univers médiéval fantastique), ou encore la mystérieuse Boîte des Herne. Les sacrifices ultimes s’enchaînent, mais au final comme dans tout récit qui se respecte tout se joue dans l’âme d’un seul homme ! Car si l’Idiot incarnation des lecteurs et des lectrices qui n’ont pas succombé aux forces de la crevardise défend bec et ongles Marias, de l’autre côté du la barrière entre les vivants et les morts c’est soutenu par la Force de l’Amoûr ça ou la Force de l’Espoir et l’Amitié, voire la Force tout court) que Taeshin parvient à convaincre l’un des deux souverains de la Plaine Grise de ramener les super-vilains dans le monde des morts et de le ramener lui dans le monde des vivants. Qui est ce roi maudit qui retrouve son humanité perdue pour se dresser de toutes ses forces entre la justice et l’injustice quitte à rejouer le rôle jadis dévolue à Horatius Coclès avant d’être dévolu à Pierre Terrail de Bayard ? Achille ou Hector, Philippe ou Alexandre, William Wallace ou Robert Bruce, ou tout simplement David Gemmell lui-même… Les paris sont ouverts et j’attends avec impatience les hypothèses des lecteurs du monde entier !!!

 

Défauts ou qualités, de bout en bout on aura été dans l’existentialisme à la Michael Moorcock repris de A à Z par David Gemmell : la Team Gabriel qui après une éternité d’enfer a eu droit à une deuxième chance s’empresse de s’engouffrer dans le suprématisme, l’hypercapitalisme et l’ultralibéralisme reagano-thatchéro-macronien au lieu de profiter des joies simples certes mais infinies qu’offrent la vie. Elle retourne dans l’enfer d’où elle vient, tandis que ceux que se contentent des joies simples certes mais infinies qu’offrent la vie se voient elles octroyer à l’échelle de la vie humaine un bonheur sans limite. Sic semper tyrannis / macronis !

note : 6/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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