Reine des batailles

Roman, fantasy

Publié en novembre janvier 2012 en VF

Publié en février 1995 en VO Ironhand’s Daughter »)

Les Highlanders ont été écrasés par les armées ennemies. Depuis trop longtemps aliénés par le cruel Baron Gottasson, ils ont perdu toute fierté et toute confiance. Leur unique espoir repose sur Sigarni, une jeune fille farouche et obstinée. Descendante du plus puissant roi des Highlands, elle est la seule capable de mobiliser son peuple et de briser enfin le joug des tyrans. Il est temps pour Sigarni de faire face à son destin et de devenir la Reine des Batailles…

Il y a 2 types de fans de Gemmell :
– les amateurs d’actionners heroic-fantasy à la Drenaï
– les amateurs de récits historiques plus posés et plus intimistes à la Rigante ou à la Troie.
Gageons que ces derniers ne vont pas bouder leur plaisir !
Si un jour vous avez rêvé de brandir une claymore pour défendre l’honneur, la justice et la liberté et pourfendre des connards impérialistes menés par des crevards carriéristes, alors ce livre est fait pour vous ! Si vous vouliez une chance, juste une petite chance de revenir sur les terres autrefois parcourues par les patriotes écossais et combattre aux côtés de William Wallace et de ses compagnons, alors ce livre est fait pour vous ! Et pour compenser le trop-plein de testostérone, les personnages de Ballistar, Gwalchmai et Kollurin amènent un puissant message humaniste, un hymne à la tolérance et à la fraternité qu’on aimerait entendre plus souvent.

Chaque roman de DG reprend des éléments des livres précédents et annonces des éléments des livres suivants. Cela n’a jamais été aussi vrai que pour Reine des Batailles tant on touche du doigt le multivers gemmellien. La formule de l’auteur marche ici très bien et on retrouve une galerie de personnages particulièrement fournie, des actes héroïques, des morts tragiques !

Nous reprenons ici la grande tradition de la rébellion des opprimés contre leurs oppresseurs. Dans une veine celtisante David Gemmell poursuit ses ambitions historiques amorcées dans Les Pierres de pouvoirs, suggérées dans Renégats et embrassées dans L’Etoile du Matin. D’ailleurs le présent roman pourrait en constituer la suite voire le remake : nous retrouvons des lowlanders coincés entre les traditions des Highlands et la soi-disant civilisation apportée par une Angleterre fictive. Un énième connard carriériste TPLG (ici un sociopathe homosexuel aux tendances sado-maso) va semer la mort et la désolation, va répandre le feu et le sang dans une nation. Pour quelles raisons ? Dans l’espoir de monter en grade et de mettre un peu plus de polish sur son ego. Que lui et ses semblables aillent brûler en enfer ! Les outlanders de Reine des Batailles sont évidemment là pour dénoncer l’impérialisme et le colonialisme naguère pratiqués par le pays de Sa Gracieuse Majesté (l’histoire du Kushir racontée par Asimir est assez démonstrative dans cet esprit) et nous nous retrouvons entre une version sombre de l’Angleterre de Gloriana (Michael Moorcock) ou une version light de l’Angleterre d’Hawkmoon (Michael Moorcock encore). En effet le duel entre le Baron et le Comte arbitré par le Roi, nous rappelle aux belle heures de la saga Hawkmoon où le Roi-Empereur Huon XVIII avait le plus grand mal à gérer la rivalité entre le Baron Meladius et le Comte Shenegar de Trott. Comme nous sommes dans une fiction et pas IRL, on nous offre une figure héroïque qui va réveiller la fibre héroïque d’un peuple héroïque. Et au terme d’une guerre perdue d’avance, ils vont gagner leur liberté ! La bataille finale est réussie donc la fin aussi, ce n’est pas le cas de tous les romans de l’auteur. Et on reprend également les paradoxes temporels de L’Etoile du matin : j’en parlerai pour le Faucon Éternel.

– Non, ce ne sont pas des inepties! s’écria Obrin. Nous avons besoin de héros.
– Bien entendu, l’approuva Kollarin. Ce qui est inepte, c’est que, parfois, les héros appartiennent au camp adverse.

Sur la forme on sent clairement qu’on monte en puissance : en choisissant le diptyque DG se pose davantage, se donne plus de temps pour développer l’histoire, les personnages, l’ambiance du coup l’action et le rythme ralentissent pour aller davantage vers quelque chose de plus intimiste mais pas forcément moins épique.
Cette duologie coupe la bibliographie de l’auteur en 2 : tous les romans suivants ne feront que gagner en qualité.
Et comme souvent on retrouve des clins d’œil savoureux pour les amoureux des cultures populaires :
– la scène d’explication sur l’art militaire d’Obrin sort tout droit du film Ran d’Akira Kurosawa
– l’altercation entre Sigarni et le Baron Ranulph sort tout droit du film Les Vikings de Richard Fleischer
– l’opposition entre Sigarni et les Atrols sort tout droit du célèbre film Predator (« ce qui saigne peut mourir ! »)

Il faudra que je creuse l’affaire mais il m’a semblé que DG avait aussi puisé dans les mythes nordiques, ainsi difficile de ne pas voir dans le Chemin des Cygnes un clin d’œil à la plus grande des sagas finlandaises.

Il y a quelques trucs qui ne vont pas quand même :
– le personnage de Sigarni, strong independant woman howardienne, a été conçu pour être égocentrique et hédoniste, et du coup est loin de toujours susciter la sympathie (d’ailleurs DG a lui-même reconnu qu’il s’agissait d’une erreur et corrigera vite sa copie avec le personnage de Karis dans Dark Moon l’année suivante)
– la vengeance est un plat qui se mange froid certes, mais on ne nous fournit pas les clés pour comprendre pourquoi les ronins de blaxploitation d’Asimir ont fait 3000 km pour prendre leur revanche sur les rosbeefs…
– des discontinuités voire des hiatus dans le traitements/parcours des personnages (Fell, Leofric, Ranulph et cie)
– on devine trop facilement à l’avance qui va changer de camp…
– Jakuta Kahn et ses démons sortent quand même un peu de nulle part !
– il y a pleins de trucs qui donnent l’impression qu’on a loupé un épisode et qu’on prend l’histoire en marche (avec ces histoires voyages dans le temps gageons que le 2e tome apportera sans doute des réponses à ce niveau)
– toute la partie à Yure-val, à mi-chemin entre Michael Moorcock et Roger Zelazny, fait pièce rapportée
(il est symbolique que cela soit la guerrière stérile Sigarni qui ramène la paix et la vie dans un monde détruit)
– même si on transite vers l’historique, les ressorts de l’intrigue restent encore maladroitement fantasy : on se demande pourquoi Sigarni est l’élue dont on va suivre la quête initiatique et d’où sort cette prophétie, il y a toujours Gwalchmai, Taliesen ou le fantôme de Poing-de-Fer pour lui sauver la mise (heureusement, on insiste pas trop sur éléments durant le déroulement du récit)

Un mot sur la traduction de Leslie Damant-Jeandel : Elle a su trouver le ton qu’il fallait et elle prend ainsi agréablement la relève du très gemmellien Alain Névant. Et le mot de la fin ? Le meilleur dans tout cela c’est qu’on peut tout retrouver en encore mieux dans le cycle Rigante. Bref, pour résumer :

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?
 

Pin It on Pinterest

Share This