Le Sang des 7 Rois, tome 1

Roman, fantasy
Publié le 12 février 2013 chez L’Atalante

25 juillet 806

Deuxième jour de traque. Depuis le départ du château, la pluie n’a pas cessé de tomber. Je profite d’une roche en surplomb pour abriter le journal et écrire ce premier compte-rendu. Arrivés sur les alpages, nous avons suivi la crête pour trouver des indices. Rien ne nous avait préparés à ce que nous avons trouvé là. Un autre campement avait été édifié à cinquante pas à vol d’oiseau du premier et tout indique qu’alors que nous pensions notre retard considérable, ses occupants s’en étaient allés quelques heures auparavant.

Visiblement tout le monde a apprécié ce roman sauf le site de référence qui a pris un malin plaisir à le dévaloriser.
David Weber avec « La Guerre des dieux » avait composé un chouette revival héroïc-fantasy, Régis Goddyn avec « Le Sang des 7 Rois » nous gratifie d’un chouette revival low fantasy : avec leur bonne connaissance du genre, les 2 auteurs aborde leur sujet avec générosité et humilité. On est vite plongé dans une ambiance qui rappelle les bonnes vieilles sagas médiévales littéraires ou télévisées (c’est triste de devoir rappeler à certains que G.R.R Martin n’est pas le seul auteur autorisé à piocher chez Maurice Druon et consorts).
L’histoire commence à la page 1, et c’est ça c’est bien. J’ai un temps soupçonné l’auteur d’appartenir au courant de la Fantasy poétique, mais non en fait. Si le héros narrateur d’alignement loyal neutre ne se laisse pas facilement cerner, il n’y a pas de distanciation qui empêche l’empathie avec celui qui constitue le principal protagoniste du roman.
J’ai pensé à Corwin d’Ambre (Roger Zelazny), le personnage blasé qui devient un super révolutionnaire humaniste. J’ai pensé à Djeeb Scoriolis (Laurent Gideon), un personnage emphatique et empathique qui ne laisse pas indifférent.
Certains rageux ont dénoncé, je cite, un roman « poussiéreux » (sic). Mais les vrais amateurs parleront d’agréable odeur de patine. Orville au Goulet c’est Edmond Dantès sur « L’Île mystérieuse » : on s’inspire de Verne et Dumas, mais parfois j’ai aussi retrouvé le parfum de René Barjavel et de Robert Merle.
Là où le Lorn Askarian du « Haut Royaume » de Pierre Pevel marchait dans les pas du « Comte de Monte-Christo », Orville suit d’autres traces que celle d’Alexandre Dumas : tout ce qui se construit autour de la vengeance du pigeon contient une plaisante dose d’humour qui se termine par un très sympathique clin d’oeil aux héros de Fritz Leiber…

C’est étrange comme certains bruits ressemblent plus au silence que le silence lui-même. Le sifflement du vent sur le relief lissait si bien la vie qu’il enduisait ce lieu de néant. Un néant de pierre.

L’ensemble reste assez hétérogène :
La 1ère partie est centrée sur la mission d’Orville qui se transforme en survival montagnard de plus en plus intimiste quelque part entre « Randonnée pour un tueur » et « Cliffhanger ». Cette presque dommage de ne pas être allé plus loin dans cette voie, car si les scènes d’action sont peu nombreuse elles sont bien troussées et tirent l’ensemble vers le haut. Dans les cols et les crêtes dotés de forts jolies descriptions assez immersives, notre capitaine-ambassadeur commence sa lente transfiguration physique, physiologique et psychologique.
Certains rageux ont trouvé à ce stade du roman l’usage du journal insupportable. Je n’ai pas ressenti cela bien au contraire. L’alternance des techniques narratives permet de donner du rythme et de la fluidité à la quête d’Orville qui sans cela aurait été trop lente et trop longue, bref trop monotone.
Dans la 2e partie cela se diversifie, d’un côté nous suivons Orville et les exilés du Goulet traité avec un 2e degré subtilement assumé, d’un autre côté, nous avons quasiment de l’héroïc-fantasy avec Rosa et les compagnons du Verrou (ces passages ont un côté David Gemmell assez agréable à lire).
La candeur de Rosa, qui pense comme une proie, tranche avec la violence qui l’entoure mais aussi avec un Orville qui pense de plus en plus comme un prédateur. J’ai hâte d’assister à la rencontre de ces 2 représentants d’une humanité nouvelle confrontés à des méchants très méchants à la Gemmell : impossible de ne pas penser aux paladins noirs SS style de « Renégats », c’est-à-dire des blonds aux yeux bleus obsédés par la pureté raciale (mais pas que)…
Mais je me demande si le récit n’aurait pas gagné à développer dès le départ une structure en POV faisant alterner des chapitres consacrés à Orville et des chapitres consacrés à Rosa avec des interludes sur les intrigues des Gardiens et des rebelles. Car en l’Etat des éléments arrivent trop tôt ou trop tard dans l’histoire : tout cela aurait encore pu gagner en fluidité.
Le worldbuilding a été volontairement épuré et c’est tant mieux. Certains rageux ont dénoncé la flemmardise de l’auteur, mais moi je préfère la simplicité à un naming inutilement compliqué à base de trémas et d’accents circonflexes (quand je pense que les mêmes ne trouvent rien à redire sur un méchant millénaire nommé Xhum Y’Zir…). Comme souvent je renvoie à la satire de Boulet : http://www.bouletcorp.com/blog/2010/05/21/fantasy/.
Le magicbuilding a été volontairement épuré et c’est tant mieux. On part de talents liés au sang qui rappellent les univers de Brandon Sanderson (difficile de ne pas songer à celui de « Fils-des-Brumes »), pour développer les Pouvoirs Extra Sensoriels des univers de David Gemmell. Mine de rien c’est assez élégamment fait. Gageons que sang bleu, sang rouge, Gardiens, Clairvoyants et mages nous réserve encore pas mal de surprises.
On nous laisse dans le schwartz pas mal de temps au niveau des intrigues et des mystères. On a un triumvirat monarchie, théocratie, Gardiens optimates en opposition à des rebelles populares. Mais chaque faction a son idéologie et ses objectifs, sauf que dans les rebondissements difficile de savoir qui trahit qui avec ces plans cachés et ces gens infiltrés. Ainsi l’empressement des méchants contrastent avec leur emphase à faire des plans sur plusieurs générations.
Certains éléments arrivent trop tôt, d’autres trop tard. L’un d’événement majeur du roman est traité hors-champ avec une ellipse et il faut attendre l’opposition entre Orville et son alter-ego pour comprendre de quoi il retourne vraiment.
Reste le gros WTF du coup de foudre d’Orville pour Armine… Gageons que l’auteur nous réserve une surprise !
Mais c’est contrebalancé par des thématiques politiques et sociales intéressantes. Cette opposition entre sang bleu et sang rouge, entre noblesse qui est puissante et veut le rester et petit peuple qui demande qu’on lui la paix, rappelle cette bonne vieille lutte des classes (qui pour certains n’existent pas que d’autres déclarent qu’ils sont en train de la gagner).
Dans une veine similaire, dans la construction du 8e royaume on retrouve les utopies sociales du XIXe siècle comme le Phalanstère de Charles Fourier.

Il ne se passe finalement pas tant de choses que cela dans ce tome 1, et pourtant cela se lit et vite et difficile de s’ennuyer tant l’auteur ne ménage pas ses efforts pour amener de la variété sur le fond comme sur la forme. du classique peut-être, mais assurément du solide. Si vous cherchez un cycle familier et différent à la fois, « Le Sang des 7 rois » est fait pour vous n’en déplaisent aux blasés d’en face…

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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