Le Sang des 7 Rois, tome 4

Roman, fantasy Publié le 20 juin 2014 chez L’Atalante

Alors qu’il se sauvait à toutes jambes, l’incompréhensible brasier le suivait dans sa fuite, explosant la montagne en milliers d’éclairs. Celui qui l’attaquait ne pouvait être qu’un mage surpuissant ! Orville réfléchit aussi vite qu’il bondissait pour échapper au déluge de feu. Bon sang ! Mais que ferait un mage dans une telle situation, sinon brûler comme une poignée d’herbes sèches dans les feux de l’enfer ?

Le tome 3 était placé sous le signe de la mélancolie, et l’auteur continue ici d’explorer le fardeau de l’immortalité avec par exemple un Léo plus Highlander que jamais qui nous fait ici de bien tristes adieux… Mais ce tome 4 est plutôt placé sous sous le signe de la flânerie : nous flânons toujours avec les tribulations du chevalier-mage Orville, mais aussi avec le Gardien Sylvan accompagné de Falco puis de Martin, avec le Gardien Tarman confronté à la folie de Braseline la petite pyromancienne psychopathe puis à celle de Sa Majesté Lothar, avec Rouault et d’André en infiltration sur la Crête, avec Mother Aléïde, Luigi, Rombus et Ethercos en quête de l’arme pour vaincre le sang bleu, avec Fernest dans le désert méridional aidant tantôt Rosa a retrouver Sébédia la mage rebelle, tantôt Ferrand à entraîner les amazones immortelles du Jourd, avec Fanette et Martha dans une auberge de la capitale, avec Adelmond et Asertimas qui continuent à développer le Huitième Royaume créé par Orville, avec les pirates Jof, Poète et La Bûche qui entrent à leur tour en rébellion… Pendant ce temps-là, Sa Majesté Lothar continue sa politique suprématiste et ses délires eugénistes et productivistes, dignes des dirigeants nationaux-socialistes du IIIe Reich, conduisant ainsi le monde à sa perte… Régis Goddyn se lâche niveau grimm & gritty sans pour autant verser dans le voyeurisme : il faut qu’ils soient haïssables ces méchants, sinon comment pourrions-nous vraiment les détester ? ^^

La Compagnie du Verrou ne pardonne jamais, à personne et nulle part, or nous avons demandé la tête du fautif, qui nous a été refusée. Nous irons la chercher, ainsi que celles de tous ceux qui l’ont protégé.

Et puis Orville retrouve Léo et Pétrus, et après avoir délivré cette pourriture de Vallade, synthèse de tout ce que le capitalisme prédateur a produit de dégueulasse (l’ennemi de mon ennemi est mon ami, mais avec des amis comme ça, plus besoin d’ennemis hein !), il décide de passer à la vitesse supérieure : penser en mage tout en restant Orville… C’est donc tout naturellement qu’il prend la tête de la coalition pirate ! Et enfin les choses s’accélèrent : les Compagnons du Verrou et les Compagnons de l’Alambic entrent en action, tandis que les Troisième et Quatrième royaumes entrent en guerre contre la dictature du sang bleu. Le roi Arcol le Lâche devient le roi Arcol le Brave et son fils Geluin marche dans les pas des héros de légendes en œuvrant à la seule cause qui lui reste encore : être le sauveur de son peuple ! Sa Majesté Lothar lance alors une contre-offensive générale pour écraser les derniers bastions de résistance : la bataille entre les réfugiés escortés par la coalition pirate et la flotte de Lothar aura lieu au Goulet où convergent les derniers défenseurs du monde libre… Cette conclusion volontiers épique pourrait faire penser à un détournement du SdA, la noble et vénérable Minas Tirith étant remplacée par un trou paumé dont personne ne voulait ayant pris pour emblème un pigeon à crocs… Mais inconsciemment on touche du doigt un archétype universel : en Occident, « La Bible » nous racontait comment Moïse voulait éloigner son peuple du courroux du pharaon Ramsès ; en Orient, « Le Roman des Trois Royaumes » nous racontait comment Liu Bei voulait éloigner son peuple du courroux du dictateur Cao Cao… Le roman-feuilleton tragi-comique de Régis Goddyn continue et c’est toujours avec grand plaisir que je poursuis l’aventure d’Orville et ses amis (et je m’amuse d’autant plus quand je tombent sur les critiques des prescripteurs d’opinion ayant pignon sur rue qui n’ont toujours pas compris au bout de 2000 pages qu’on était dans un roman-feuilleton et dans le tragi-comique, et qui pestent contre des longueurs bien modestes alors qu’ils n’en voient pas dans « La Roue du Temps » de Robert Jordan, célèbre dans le monde entier pour ses longueurs qui durent parfois des tomes entiers… mdr !). Mine de rien, on retrouve beaucoup de classiques du genre que l’auteur prend un malin plaisir à détourner, d’où l’impression de familiarité, mais tout est fait par un auteur autodidacte qui déboule de nulle part avec une bonne volonté évidente et une bonne humeur débordante : ce qu’il fait, on ne le retrouve pas ailleurs… Régis Goddyn est sans doute aussi à l’aise avec la gravité qu’avec la légèreté (mort de rire le passage avec le désorceleur Egon Stantzman : remember « Ghostbusters » ! ^^), du coup on se retrouve avec quelque chose qui se situe entre les romans fantasy humanistes de David Gemmell et les romans fantasy humoristiques de David Weber (qui lui aussi s’amusait à détourner les archétypes tout en les aimant et en les respectant). Je crois même que l’auteur a désormais les épaules assez larges pour réaliser un vrai truc epicness to the max : s’il souhaite emprunter cette voie, je le suivrai là-bas avec joie ! Mais le côté autodidacte joue aussi parfois en défaveur de l’auteur… On assume carrément mais joliment de se laisser plus ou moins porter par ses créations, mais la séparation Orville / Oldarik fait hiatus, la jonction entre le groupe d’Orville et celui de Jof est assez bordélique, tout ce qui se passe autour de Martha est bien nébuleux, quand aux très Science-Fiction pilotes devant qui Sa Majesté Lothar serre des fesses ils sont plus mystérieux tu meurs… Va-t-on vers un bon vieux Planet Opera vancien ou un truc plus novateur lorgnant vers le cyberpunk des Wachowskis ? Malin comme un singe ce Régis Goddyn… ^^
note : 6,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?
 

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