Le Sang des 7 Rois, tome 2

Roman, fantasy
Publié le 19 février 2015 chez L’Atalante

Rosa marchait les yeux fermés pour mieux sentir la nuit, la fraîcheur et le vent sur son visage. Sous le sable, un puissant fleuve souterrain se frayait un passage au sein du relief tourmenté d’un plateau englouti. Un jour, Delwynn la tuerait, elle en était certaine. Il l’avait déjà attaquée, faiblement, comme n’importe quel bébé tente d’en imposer aux adultes par petites touches, pour voir jusqu’où aller sans subir leur courroux. S’il lui avait infligé ce dont il était capable, elle aurait sans nul doute été réduite en cendres.

Le roman feuilleton de l’auteur picard devient de plus en plus choral… Nous pérégrinons plus que jamais avec Orville et Adelmon à la dérive sur l’océan extérieur, avec Aléïde à la recherche de ses fils et Fanette à la recherche des secrets du fantôme de l’auberge dont elle a hérité, avec Tarman, Hybold, Astier et Armine qui reconstruisent le Goulet, avec Rouault qui termine sa mission d’infiltration dans la Crête, avec Rosa la mage qui au sein des Amazones du Jourd est en plein crise existentielle, avec Sylvan, Aymery et Lyse qui après avoir secouru le peuple du Sixième royaume entrent en résistance contre sa majesté Lothar, avec le jeune roi Gelduin qui mène les dernières forces du monde libre avoir de devoir subir le pire des martyrs, avec Pétrus et Vallade au sein de l’archipel intérieur qui discutent économie et loi du marché, mais aussi avec Jahrod le voyageur de l’espace…

Dans les tavernes, ce sont les autres qui viennent avec leurs soucis. Ils boivent, bavardent et s’en vont quand ils se sentent mieux. Ce que les clients achètent n’est pas de la bière ou du vin, c’est juste un peu d’amitié.

Et tandis que les armées de Lothar meurent en assiégeant les résistants de la Grande Alliance, les armées de la Grande Alliance meurent en assiégeant les résistants des armées de Lothar. Car Lothar n’a que faire de la vie humaine, lui qui peut compter sur la mage psychopathe Braseline pour tout transformer en brasier à plusieurs lieues à la ronde… Dans la saga de Régis Goddyn, il ne fait pas bon être le défenseur d’une juste cause, car ces derniers en prennent plein la gueule pour par un rond !
L’auteur continue à n’en faire qu’à sa tête, et des personnages qu’on suit depuis plusieurs tomes meurent salement en 1 page, 1 paragraphe voire 1 phrase. Derrière le seconde degré, il faut lire entre les lignes car nombre de dialogues nous délivrent en parallèle de l’hécatombe un fort beau message : la vie est plus forte que tout ! A une génération en succède une autre, et même si l’humanité devait disparaître la nature ne ferait que reprendre ses droits sur ce qui lui a toujours appartenu…
Sinon il continue de tirer à boulets rouges sur ses méchants :
– Lothar nous abreuve d’infâmes discours suprématistes digne d’un démagogue nationaliste (« seule la loi du plus fort prévaut », « l’Histoire est écrite par les vainqueurs », « les masses n’existent que pour servir l’élite »)
– Vallade nous abreuve d’infâmes discours néolibéraux dignes d’un bankster de Goldman Sachs (« greed is good », « take the money and run », « les riches sont faits pour être très riches et les pauvres pour être très pauvres »)
Allez-vous faire foutre vous et vos équivalents IRL !!!
Et avec Jahrod l’homme de l’espace nous empruntons joliment à la Science-Fiction vintage et on retrouve tous les ingrédients des oeuvres de P.-J. Hérault !

SPOILER
Les mages étaient à l’origine des explorateurs spatiaux dont les pouvoirs venaient d’une autre planète, et au fur et à mesure des décès de ces naufragés intersidéraux leurs dons s’est transmis aux indigènes qualifiés de pilotes sauvages… La suite s’annonce passionnante avec moult camps : les civilisés partisans de la colonisation, les civilisés partisans de la décolonisation, les collabos indigènes et les résistants indigènes… Encore faut-il qu’on prenne connaissance de l’intégralité du dramatis personnae pour savoir qui joue dans quel camp ? hein Oldarik, détournement de Gandalf… ^^
Et je ne parle même pas des enfants d’Armine (remember « Le Village des damnés » de John Wyndham) et des anciens soldats de Kradath qui adorent leur Sombre Seigneur au coeur du désert du Jourd…

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?
 

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