Atsushi Kaneko
(scénario & dessin)
d’après Osamu Tezuka

Search and Destroy, tome 1

(pour public averti)

Manga, science-fiction / cyberpunk
Publié en VF le 03 février 2021 chez Delcourt / Tonkam
Publié en VO en 2018 par Micro Magazine, prépublié dans TezuComi (« サーチアンドデストロイ »)

Après la guerre civile, Hachisuka déborde de robots appelés « creech », autrefois produits en masse pour servir comme soldats et assurer les travaux pénibles : certains vagabondent dans les rues, d’autres hantent la société de l’ombre, engendrant des frictions avec les citoyens. Doro, orphelin charpardeur, est pris en flagrant délit un soir qu’il tente de cambrioler l’antre de créatures yakuzas… quand soudain une jeune fille, à première vue ni humaine ni créature, apparaît devant lui. Vêtue d’une peau de bête et les yeux injectés de colère, elle assaille sans hésiter Kick, le parrain du gang… Ses quatre membres mécaniques cachaient en réalité des armes surpuissantes ! (remarque : c’est quand même bizarre quand le 4e de couverture donne des informations qui ne sont jamais données dans la série)

J’ai découvert ce manga et son existence grâce à sa présence dans le tome 1 de TezuComi (foncez, c’est du bon manga que tout cela). Avec Search and Destroy, Atsushi Kaneko mangaka étiqueté « underground » s’attaque à l’adaptation de Dororo, chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre du dieu du manga Osamu Tezuka… Et je n’ai même pas démarré que je suis déjà pris de vertige, car cette adaptation cyberpunk d’un récit fantastique est tellement pleine d’humanité !!!

Nous sommes quelque part dans une Sibérie soviétique qui a survécu à une guerre totale qui a commencé avec hommes avant de finir avec des machines. Et désormais les « Hu » 100% organiques doivent cohabiter avec les « Creech » plus technologiques qu’organiques. Dans cet univers ô combien délétère, la voleuse Dororo qui a travaillé dans le dos de la pègre s’apprête à être exécutée. Débarque alors de nulle part une tueuse aussi efficace qu’implacable qui fait le ménage. Par curiosité autant que par reconnaissance elle suit sa mystérieuse bienfaitrice, au point de lui prêter main forte quand après un chef mafieux elle dégomme un marchand de mort. C’est ainsi que Dororo découvre Hyaku, adolescente cyborg en quête de vengeance et de rédemption, qui doit reconquérir morceau par morceau l’humanité qui lui a été lui a volée…

– Ma femme est malade… Elle ne peut pas vivre sans moi !
– Si son mécanisme est enrayé, pourquoi ne pas changer les pièces défecteuses ?
– Y a qu’un Creech, pour servir ce genre d’ânerie… Un maudit monstre, sans sang, sans larmes, et sans cœur !

L’histoire originelle d’Osamu Tezuka était incroyable (bien qu’inachevée si j’ai bien compris), du coup quel que soit le talent d’un auteur c’est super casse-gueule de passer après un tel génie…

Déjà la transposition du récit d’un genre à l’autre est réussie, donc on passe sans problème d’un univers à un autre et d’une ambiance à une autre.

Ensuite de prime abord le style ne paye pas de mine, mais une fois qu’on s’y fait il est d’une redoutable efficacité. L’alternance entre découpage classique et découpage oblique est parfaitement assimilée. On lorgne tantôt sur le cartoonisme de Shotaro Ishinomori, tantôt sur le réalisme Katsuhiro Otomo. Du coup on est entre le rock des années 1970 et le punk des années 1980, et le résultat fait penser au Gunnm de Yukito Kishiro mais dans un style Harlock / Albator de Leiji Matsumoto.

Enfin que voilà du gender swap bien maîtrisé ! Les ayatollahs SJW, nous emmerdent à faire de la cancel culture en travestissant telle ou telle œuvre de la culture populaire le plus souvent pour faire de la merde. Ici c’est fait tout naturellement, sans discours revendicatifs ou incriminants, et cela passe comme une lettre à la poste. Cela apporte de l’eau à mon moulin : une bonne histoire reste une bonne histoire, quel que soit celui ou celle qui la lit qui n’a pas besoin de s’identifier à ses personnages pour l’apprécier !

ATTENTION SPOILERS La fin de ce tome 1 (la série en compte 3) est consacré à long droit de quota de droit de flashbacks. Hyaku a perdu son corps détruit par des bombardements durant la guerre. Le savant Tsukumo l’a reconstruit avec l’aide de Nah et Sue ses deux poupées-droïdes, mais plus encore est devenu à la fois son père et sa mère l’éduquant et la protégeant en dehors de la civilisations corruptrice. Après un passage à la ville, débarquent dans leur refuge des nettoyeurs à la solde du pouvoir en place. Tsukumo est prêt à mourir pour protéger Hyaku, et Hyaku est prête à mourir pour sauver Tsukumo. Mais après la mort de son mentor, elle ne peur que devenir la Colère de Dieu sur Terre… Ce qui déclenche son dernier message : ce n’est pas la guerre qui lui a pris son corps mais une expérience interdite, et désormais 48 androïdes sont en liberté avec les morceaux de chair qui autrefois étaient les siens. Et ses derniers sont « cherche, détruit » / « search, destroy » ! FIN SPOILERS

Comme dans tout récit cyberpunk qui se respecte se pose la question essentielle de la frontière entre l’homme et la machine. D’un côté Hyaku en passant d’humaine à machine parvient à conserver son humanité, bien que celle-ci se résume bien souvent à une colère contre la terre entière. A chaque fois qu’elle récupère un morceau de son corps elle récupère un morceau de son âme (donc un pas de plus vers l’apaisement). D’un autre côté les machines persuadées d’être une forme de vie supérieure à l’humanité deviennent systématiquement des démons dominés par leurs passions dès qu’elles en font l’expérience… Pour rien gâcher, il y a l’omniprésence de ce serpent qui animal à sang froid n’a pas grand-chose à faire dans le froid sibérien. Mais au Paradis comme en Enfer n’y a-t-il pas toujours des serpents ?

note : 7,5/10

Alfaric

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