Wilfrid Lupano (scénario) & Roberto Ali (dessin)

Sept, saison 3 épisode 1 : Sept Nains

Bande dessinée, fantasy
Publié le 16 septembre 2015 chez Delcourt

Sept nains sont bouffons et amuseurs à la cour d’un roi, qui fête l’anniversaire de Blanche, sa fille chérie, née d’un premier mariage. Acrobaties, pitreries, jonglage, tout y passe. Hélas pour eux, la blague de trop va vexer la reine et décider de leur destin. Les voilà exilés du château, condamnés à la mine. C’est pour eux le début d’une longue descente aux enfers. Mais bon ou mauvais, ils n’ont pas dit leur dernier mot.

Dans la version de Disney du conte, on opposait la froide strong independant woman européenne à la cruche américaine bonne femme au foyer… Ici les deux personnages s’opposent avant de s’allier pour tyranniser les mecs, la deuxième jubilant de prendre la place de la première. Pour tout le reste, et ça me navre au plus haut point, je n’ai pas aimé…
L’humour est peut-être l’une des choses les plus subjectives au monde, et pour moi l’humour de Wilfrid Lupano qui ici repose essentiellement sur du trash talking volontairement moderne et grossier n’a pas marché : les nains j’men-foutistes, cupides, crasseux et libidineux (mention spéciale au gros débile/dégénéré qui sème des hectolitres de bave en fantasmant à mort sur les attributs mammaires de la reine et de Blanche-Neige, et qui ici joue le rôle du miroir magique), Blanche-Neige qui se résume à une paire de nibards sur pattes dès l’âge de 12 ans (qu’est-ce que c’est malsain ce genre de truc bordel de merde !), le chasseur qui bave devant un bon gibier alors qu’il est en train de violer une vierge adolescente, le roi couard, niais et naïf, la reine qui ricane avant de vomir (ouah, ça c’est du running gag bien vulgaire), des blagues sur les personnes de petite taille pas spécialement fines, des blagues sur les gays par spécialement fines également… C’est clair que dans la même veine Alain Ayrolles peut dormir sur ses deux oreilles tant ses scénarii sont pour moi largement supérieurs !!!

– A nous deux, on va mettre en place un règne de terreur absolue ! Un cauchemar pour les hommes ! Ça va piquer.
– Mais je ne sais pas si je vais en être capable. On ne s’improvise pas tyran comme ça, si ?
– Bof. Moi-même, j’ai appris sur le tas.

J’aime bien le grimm & gritty de Quentin Tarantino au cinéma ou de Joe Abercrombie en Fantasy, mais ici c’est trop grimm & gritty pour moi, et en plus l’auteur se la pète aussi grave que Sam Sykes (l’auteur fantasy américain persuadé d’être cool et fun en se moquant graveleusement dans les années 2010 des œuvres fantasy des années 1980 : bravo la prise de risque…). Ah ça, difficile pour moi ne pas voir en lui un bob hipster persuadé que tout ce qui a existé avant lui est naze et tout ce qu’il fait est génial (on se moque de tout et de tout le monde, on ne respecte rien ni personne…). Pour info, le dézingage du conte de Blanche-Neige a déjà été effectué, entre autres auteurs, par Neil Gaiman (Neige, verre et pomme), par Andrzej Sapkowski (Le Moindre Mal), et par Andrew Adamson (Shreck), et à mon sens bien plus finement qu’ici… Là, je suis vachement refroidi pour me lancer dans la découverte d’autres œuvres de Wilfrid Lupano. (J’ai lu que le journaliste Yaneck Chareyre parlait de talent de dialoguiste quasi inégalé à l’heure actuelle dans le monde de la BD… De ce que je connais du monde de la BD, ça me paraît assez osé…).
Graphiquement je n’ai vraiment pas vu l’intérêt d’associer le storyboard du français Jérôme Lereculey aux dessins de l’italien Roberto Ali : tous les deux ont déjà fait leurs preuves et ont déjà mieux œuvré qu’ici… Généralement ce genre d’association sent l’entourloupe à l’américaine : on prend un grand nom, et on fait faire l’essentiel du boulot par un tâcheron ! Heureusement ici ce genre de pratique aboutit à un résultat plus que satisfaisant, même si niveau encrage et colorisation on aurait pu mieux faire (j’ai connu Lou plus inspiré dans son domaine de prédilection). Du vitriol dans les dialogues et les situations, des traits volontairement grossiers, des couleurs volontairement sales… Bref du grimm & gritty partout, cette mode de début de XXIe siècle. Le grimm & gritty, c’est rigolo, mais passé un cap c’est l’overdose donc l’impasse. OK, ici on désacralise un conte classique, mais lequel ? Celui des frères Grimm était suffisamment sombre pour ne pas avoir besoin d’être passé à la moulinette grimdark, et celui de Walt Disney a déjà dézingué maintes fois depuis bien longtemps déjà donc ici je ne vais pas m’extasier devant du défonçage de portes ouvertes. Je pense que c’est le genre d’œuvres assez clivantes : on adore ou on déteste… Moi je ne suis pas loin de détester pour une fois !
note : 3/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?
 

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