Steven S. DeKnight pour la chaîne Starz

Spartacus saison 1 : Blood and Sand

Série en 4 saisons, histoire / peplum
13 épisodes diffusés sur la chaîne Starz du 22 janvier 2010 au 16 avril 2010  (« Spartacus: Blood and Sand »)

C’est dans le sang et le sable des arènes que s’écrit sa légende. Puissant guerrier trahi par Rome, un Thrace de nom inconnu est réduit en esclavage, contraint de devenir gladiateur s’il veut un jour revoir sa femme. Puisque personne ne connaît le vrai nom du prisonnier, le machiavélique Lentulus Batiatus lui donne le nom de « Spartacus », car il s’est battu comme le féroce roi Spartacus du Bosphore Cimmérien (-438 à -431) Au sein de son école de gladiateurs, Spartacus recevra l’enseignement de l’impitoyable doctore pour devenir le plus redoutable des combattants. Mais entre l’hostilité des autres gladiateurs et les manigances de Batiatus et de son épouse Lucretia, Spartacus devra tout sacrifier pour pouvoir survivre…

La légende de Spartacus, l’esclave de Thrace devenu gladiateur qui mena la révolte des esclaves contre Rome.

C’est une série trash qui se torche allègrement avec le politiquement correct ! Ne nous voilons pas la face : il y a beaucoup (trop) de sang et beaucoup (trop) de cul. C’est à la fois âpre et charnel, sanglant et sexuel : on ne nous épargne rien. Âmes sensibles s’abstenir : il s’agit d’un programme pour public averti (la série utilise suffisamment d’hémoglobine pour repeindre l’intégralité du Château de Versailles). Une série qui évidemment ne fera pas l’unanimité : des paroles crues, des corps complaisamment dénudés, de la violence en veux-tu en voilà.
Mais avec l’invasion de séries yankees sur les hôpitaux où tout le monde couche avec tout le monde, ou celles où des flics surdoués retrouvent les criminels grâce à des traces visibles uniquement au microscope électronique, volià une série punk qui fait du bien ! Car on ne se contente pas d’une efficace association entre eros et thanatos : le scénario est intéressant, les scènes d’action vraiment dynamiques et sublimées par le souffle épique ou tragique des musiques d’un Joseph Lo Duca au meilleur de sa forme.

La majorité des personnes critiquant cette série ne sont pas allés au-delà du 1er épisode… Et sont donc passés à côté de l’essentiel : c’est dommage ! Il faut d’abord dépasser un 1er épisode complètement contre-productif dans son empressement à mélanger Gladiator et 300 dans des dérives too-much et/ou kitsh pas très emballantes finalement.
Il faut ensuite dépasser un démarrage assez long pour arriver ensuite à une grande intensité de l’intrigue, du drame et  des combats… Car 5 épisodes, 5 scénaristes, 5 réalisateurs pour les 5 premiers épisodes on obtient fatalement des ambiances visuelles et narratives très différentes d’un épisode à l’autre qui ne permettaient pas à la série et aux spectateurs de trouver leurs marques. Mais l’éminence grise Michael Hurst veille au grain (pour information il jouait le rôle de Iolas dans la série Hercules: The Legendary Journeys) : l’affrontement entre le monstrueux Theokoles l’Ombre de la Mort et le duo Spartacus / Crixus marque la fin de l’ère des tâtonnements.

– Même quand on sera dans l’au-delà, ma botte trouvera ton cul.

Côté casting :
Malgré le côté baroque de l’ensemble, c’est globalement très efficace avec des acteurs / actrices qui ont la gueule et le physique de l’emploi et qu’on adore aimer ou haïr :
– John Hannah est à des années lumières du side kick comique de la Momie : coincé entre un père traditionaliste et une épouse aimante mais impitoyable, il incarne un laniste complexe et complexé
– Lucy Lawless dépasse les Images d’Epinal de Xéna la Guerrière : elle campe une matrone en toge qui n’a rien à envier à la très shakespearienne Lady MacBeth
– Viva Bianca dans son personnage d’Ilithiya est détestable à souhait dans sa prestation de Paris Hilton en toge
– Andy Whitefield, « I’m Spartacus! », se perd dans une lente chute psychologique avant de lutter pour conserver son humanité dans l’ambiance délétère du ludus (une seule échappatoire : la brutalité de l’arène ou tous jouent leur avenir et surtout leur vie)
– Manu Benett, « the fucking Gaul », est impeccable dans son rôle de brute vaniteuse piégé par ses sentiments pour la servante de sa domina dominatrice : il parvient à faire évoluer imperceptiblement jusqu’au point de rupture où il rejoint Spartacus l’insurgé pour devenir lui aussi l’agent sanglant  de la colère des dieux

Côté scénario :
L’écriture se révèle bien maîtrisée : les personnages se retrouvent souvent dans la m**** jusqu’au cou ! On ne s’ennuie pas, on frissonne et on attend la suite avec impatience…  Parce qu’on sait que la suit c’est des combats féroces et des coups tordus motivés par l’orgueil et la jalousie qui font des ravages chez les puissants comme chez les manants.
Parce qu’on sait que c’est des personnages qui gagnent en profondeur et en épaisseur au fil des intrigues infectes, des choix cyniques, des humiliations ravalées, et des vengeances froidement ourdies. Bref le cheminement des personnages se forgent ainsi au fil des événements et des affrontements. L’accession à la liberté de Spartacus et des autres gladiateurs est progressive, bien amenée et bien racontée.
Le tour de force de la série c’est qu’on connaît à l’avance le dénouement des événements mais que la dramaturgie et la narration créent suffisamment d’incertitudes pour qu’on s’attache rapidement aux personnages en se demandant comment ils vont faire pour se sortir de cet enfer. Ainsi je prends pour exemple ce moment magique et tragique à fa fois où le Doctore révèle son véritable nom avant que le Thrace et le Gaulois font alliance pour accomplir leur vengeance… Tous les pions sont en place sur l’échiquier, le destin est scellé et plus rien ne peut l’arrêter : même savant à l’avance que toute cela va se terminer dans des torrents de sang et de larme c’est hypnotisé qu’on a hâte d’y être et quand a hâte d’en être quand même !

Côté réalisation :
Le ciel et le paysage ainsi que la lumière sont des effets spéciaux : dans Spartacus tout est effets numériques (ombres, lumières, pluie, soleil, paysages, villes, etc). Le style visuel très BD est au départ peut être un peu lourd, mais on s’y fait, et cela s’améliore par la suite pour constituer un Rome à la sauce 300 (mais si vous n’aimez pas le style 300, je vous conseille de passer votre chemin). Oui, il est clair que de nombreux les effets graphiques sont un peu exagérés donc parfois ratés (la surabondance de ralentis, les armes blanches qui découpent trop facilement peaux, chairs et os, le sang qui gicle autant et aussi loin…) : on aime ou on n’aime pas mais il faut avouer qu’on ne voit pas beaucoup de série de ce genre.

 

La série montre aussi la face sombre de l’Empire romain tel qu’il fut probablement, loin de la Rome aseptisée et clean sous tous rapports montrée dans les péplums hollywoodiens… C’est évidemment excessifs : les gladiateurs coûtaient cher, on venait initialement à l’arène pour voir un spectacle, pas une exécution, donc les mises à morts étaient plutôt rares… il faudra attendre le Bas Empire pour assister à une surenchère malsaine dans une violence de plus en plus gratuite avec la transformation de l’industrie du spectacle en boucherie de masse. Une vision très noire de l’Antiquité romaine donc mais non dénuée d’intérêt, puisque cette série est aussi un miroir de notre époque : cette danse impitoyable pour le pouvoir où tout n’est qu’instrument pour l’obtenir, le conserver et l’augmenter, avec ces belles déclarations sur la noblesse et l’honorabilité qui masquent des ego démesurés prêts à tout et au reste pour satisfaire leurs désirs et leurs ambitions, ce qui est peu ou prou le portrait actuel de la ploutocratie mondialisée bling-bling.

 

L’action bourrine pour cerveaux débranchés est devenue un drame historique qui se politise avec les manants qui se rebellent contre contre les puissants uberfriqués qui manipulent et lobotomisent le peuple par des discours lénifiants, du pain, des jeux et la peur de l’autre… Comme aujourd’hui quoi ! La série faisant appel à nos bas instincts (à chaque fois, on a hâte que le carnage reprenne et on jubile quand les crevards carriéristes romains se vont violemment trucidés par ceux qu’ils ont longuement exploités et humiliés !), et si finalement la plèbe c’était nous, téléspectateurs hypnotisés par cette débauche de chair et de sang ? Une réflexion sur la lutte des classes dans une série de genre américaine : qui l’eût cru avant la crise des subprimes !

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

Pin It on Pinterest

Share This