Na Hong-jin

The Strangers

Film fantastique,
sorti en salles le 6 juillet 2016

La vie d’un village de montagne est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués. L’enquête de police piétine alors qu’une épidémie de fièvre se propage et mène à la folie meurtrière les habitants de la petite communauté. Sans explication rationnelle à ce phénomène, les soupçons se portent sur un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attisant rumeurs et superstitions.

Chef-d’œuvre issu de cette vitalité prodigue du cinéma coréen qui arrose le grand écran depuis le début des années deux mille, « The Strangers » ou plutôt « The Wailing » – quand on dépasse cette propension française à renommer les films – sorti en deux mille-seize, est la troisième réalisation de Na Hong-jin.

Après le thriller sanglant « The Chaser » en deux mille-huit et un second opus non scénarisé « The Yellow Sea » – tricolorisé « The Murderer » – en deux mille-dix, le voici qui mâtine son intrigue criminelle de fantastique, à plonger dans le genre horrifique, et d’éléments de comédie humoristique. L’on débute en effet avec un policier pataud et craintif, en pleine ruralité coréenne, à l’image de Memories of Murder, non sans un sens voisin de l’absurde et de l’authentique, du tragique et du comique. Alors on peut se perdre dans cet ensemble foutraque qui hybride les genres cinématographiques à loisir, ou se prendre tel quel la claque visuelle et narrative que nous impose le cinéaste au gré de sa mise en scène magistrale et de ses rebondissements nombreux. Mais que dire de la tension maintenue tout au long des deux heures trente, de ce rythme qui ne mollit jamais, de cette captation incessante et intense de notre attention ?

Un film déroutant néanmoins, à ne pas conseiller aux bas du front qui se nourrissent de produits formatés, avec des questionnements bien identifiés en introduction et des réponses toutes aussi précises en conclusion… Là ne réside pas le propos… Mais plus qu’habité, le film s’avère hanté ! Acteurs inhabituels – ce qui n’est pas rare dans le jeu coréen – et saisissants, réalistes et attachants, ambiance lourde, brumeuse, inquiétante et maléfique ! Scénario manipulateur et démoniaque ! Réalisation virtuose et enlevée ! Plus qu’aux ressorts criminels, aux tueurs et aux exécutions en tant que telles, l’œuvre s’attache, cette fois-ci, aux morts, aux victimes, à leurs proches. Ce film majeur nous gratifie également d’un chamanisme folklorique et nerveux, authentique et intégré, avant de nous offrir un exorcisme propre à faire pâlir ce bon vieux William Friedkin… Car nous évoluons dans un récit qui relègue « The Exorcist » au rang de vaste blague. Ainsi nous plongeons allègrement en enfer et laissons le mal dévorer toute chose…

 

note : 8/10

Julien Schwab

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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