Thierry Gloris (scénario)
Jaime Calderon (dessin)

Valois, tome 3 :

Furia Francese

Bande dessinée, histoire / moyen-âge 
Publiée le 24 mars 2021 chez Delcourt

En 1495, le Pape Borgia sauve sa tête en couronnant celle du descendant de Saint-Louis. Par cet acte solennel, il fait du Valois le successeur légitime d’Alfonse II. Légalement, la route de Naples est grande ouverte. Lorsque les participants de la messe sortent de l’église, Lucrèce et son mari s’embrouillent bruyamment. Henri et Blasco chargés de la sécurité du cortège sont alors pris à partie.

Dans ce tome 3 intitulé Furia Francese, les guerres d’Italie battent leur plein. Giulano Della Rovere a jeté le roi valois Charles VIII contre Rodrigo Borgia, mais ce dernier a trouvé les bons arguments en dessous de la ceinture pour se sauver sa peau (autrement dit ne pas subir le même que Boniface VIII face à Philippe le Bel). Pris en les ambitions françaises et la haine de toutes les acteurs du game of thrones italien, le patriarche des Borgia permet à Charles VIII de récupérer le Royaume de Naples et de continuer à rêver de croisades…

Avec les Borgia c’est toujours le bordel ! Lucrèce veut se débarrasser de son mari jaloux (à juste titre) et violent (s’il avait su, il se serait abstenu). Rodrigo est jaloux de Giulia qu’il met pourtant dans bien des lits, sans savoir qu’elle est enceinte non pas de lui mais de son fils Juan. César se marre, avant d’apprendre que les amants maudits ont conspiré contre lui pour l’envoyer comme otage auprès du roi de France. C’est tout naturellement qu’il se retrouve sous la garde de nos « persuaders » franco-espagnols, et après Henri Guivre de Tersac soupirant auprès de l’auguste Lionne de Milan voici Blasco de Villallonga qui soupire auprès de la vénéneuse Lucrèce Borgia. Ah l’Amoûr !

– Je vais en revenir à une méthode bien éprouvée. Face, nous nous battons jusqu’à notre dernier souffle. Pile, nous filons à l’anglaise.

L’idée c’est que César ne désire que se barrer de ce merdier, tandis que son père et Giulano Della Rovere continue leurs guéguerres (jusqu’à se traquer mutuellement dans les latrines de Rome). On connaît bien la chanson : le conquérant devient un occupant, les sujet deviennent des rebelles, et ceux qui vous ont accueilli à bras ouvert vous poignardent dans le dos (sans parler du repos du guerrier à l’époque de la syphilis et de la variole)… La Ligue de Venise est ainsi un alliance italienne puis européenne contre la France, qui vont amener 150 ans de guerres sur le Vieux Continent.

Dans les intrigues comme les batailles Henri et Blasco sont aux première loges. Cela nous offre une chouette scène d’action et d’aventure à l’ancienne qu’auraient adoré Hergé (Tintin), Jacques Martin (Alix) ou Gilles Chaillet (Vasco). Puis cela nous après une retraite d’Italie « à la russe » la terrible Bataille de Fornoue, où les Italiens qui pensaient avoir acculé l’armée royale découvre la « Furia Francese » ! (très belles planches, il ne manquait plus que la musique epicness to the max) Charles VIII abandonne le champ de bataille à ses adversaires, donc abandonne ses conquêtes en Italie, mais il rentre au pays en infligeant le double de pertes. Victoire au défaire, l’Histoire peut seule en juge. Plus tard, en ruminant sa vengeance Charles VIII se fracassera le crâne en glissant sur une merde : sic transit gloria mundi comme on dit…

 

Évidemment j’ai adoré. Nos « persuaders » forment un duo formidable en se jouant systématiquement du danger à grand renforts de « Montjoie ! », « Catalunya ! », « Saint-Denis ! » et autres « Santiago ! ». Quand aux élites qu’ils côtoient, sous l’or et la soie c’est la guerre entre le trash talking et les punchlines des familles (« cono », « cabron », « vaffanculo », « hijo de puta » et tutti quanti). Des dessins de Jaime Calderon sont très bons (voire très très bons), et si on voit la différence aux couleurs avec le remplacement de Felideus par Angelo Iozza on ne perd pas forcément en qualité. Mais quand on voit son dessin Giula Farnese en introduction on se dit qu’il n’exprime pas encore tout son talent qui est immense !

Après l’ombre d’un doute m’a saisi : on s’éparpille un peu, on se précipité un peu, et cela pêche un peu dans homogénéité d’ensemble. Nos héros se séparent : fin d’un cycle ou fin de série ? Non pas Thierry Gloris arrive à marier le grand sérieux et la grosse déconne sur n’importe quel sujet avec des qualités de scénaristes et de dialoguistes qui franchement manquent à des auteurs beaucoup mieux coté et beaucoup plus connus que lui… Il a déjà réalisé pas mal de séries formidables trop tôt écourté : celle-ci va-t-elle en faire partie ???

note : 8+/10

Alfaric

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