Makoto Yukimura
(scénario & dessin)

Vinland Saga, tome 23

Manga, histoire / moyen-âge
Publié en VF le  9 juillet 2020 chez Kurokuwa
Publié en VO à partir d’avril 2005 par Kōdansha dans le Weekly Shōnen Magazine puis dans le Monthly Afternoon (« ヴィンランド・サガ / Vinrando Saga »)

La guerre de succession des Jomsvikings s’est achevée. Thorfinn et sa troupe s’apprêtent à repartir vers Miklagard, étape indispensable pour financer leur voyage vers le Vinland. De son côté, Sigurd, le mari de Gudrid venu jusqu’à Jomsborg pour la retrouver, s’apprête à rentrer en Islande. Gudrid a promis qu’elle rentrerait avec lui. De son retour dépend l’honneur de Sigurd. Pourtant, après avoir été au cœur d’une guerre sanglante, Sigurd a des doutes. Gudrid et lui doivent-ils vraiment vivre l’existence que Halfdan, le père de Sigurd, a choisie pour eux ?

Makoto Yukimura est un artiste humaniste, mieux encore un grand artiste et un grand humaniste (le plus grand artiste et le plus grand humaniste ?). En recherchant avec ferveur mais humilité la réponse à la question « que veut dire vivre ? », il fait de la philosophie, mieux encore de la métaphysique. Ses efforts portent l’existentialisme à un niveau tellement magnifique que cela donne envie de pleurer…

Gudrid aime Thorfinn mais n’attend pas la réponse à sa déclaration, Sigurd doit épouser Gudrid mais n’attend pas la réponse à sa résolution… C’est ainsi que la Team Sigurd retourne en Island et que Sigurd doit autant affronter son père que les conséquence de ses actes. Sigurd souhaite honorer sa promesse en ne reposant aucun pied en Island, mais son père refuse et il se retrouve autant prisonnier de la douce Gutrid qui a refusé d’être sa femme que de la forte Hallgerd qui a toujours voulu être sa femme (oh oui, je le plains d’être ainsi entre le marteau et l’enclume de deux femmes aussi dures et déterminées en sachant que le forgeron est son propre père)…
Chaque enfant doit dépasser ses propres parents… Sigurd s’oppose à Halfdan de toutes ses forces, et sans s’en rendre compte en affrontant son père il développe exactement les mêmes arguments humanistes que Thorfinn face à au Roi Knut le Grand : mine de rien, jamais débat philosophique ne fut plus grand ! ATTENTION SPOILERS Sigurd finit par quitter définitivement l’Islande avec Hallgerd et ses amis, et Halfdan et sa femme sont fiers comme Artaban… FIN SPOILERS

Grosso modo l’auteur vouent aux gémonies les forces obscures de la crevardise car le pouvoir et l’argent corrompent, et le pouvoir et l’argent illimité corrompent absolument…. Replacé dans le temps présent on pense évidemment à tous ces gourous néo/ultra libéraux qui ont maraboutés les gouvernements et les entreprises du monde entier en nous expliquant que l’exploitation de l’homme par l’homme est une fatalité. Mais les scientifiques du monde entier nous expliquent aussi que l’exploitation de l’homme par l’homme est un crime contre l’humanité mis en place par une minorité de « malades mentaux » au bénéfice d’une minorité de « malades mentaux » : les peuples sibériens ont vécu dans l’environnement le plus hostile qui soit, et si certains peuples ont développé l’esclavage à outrance force est de constater que tous les autres l’ont toujours refusé ! Donc la crevardise est un choix parfaitement assumé : à vous de l’accepter ou de le refuser que vous soyez bourreau ou victime, mais après il faudra vous regarder en face tous les jours dans la glace en éprouvant ni regrets ni remords (ce qui vous bannira à jamais de l’humanité, mais crevard un jour crevard toujours)… Ce n’est pas pour rien que l’auteur a centré sa saga sur l’Islande. Car l’Islande est le pays au monde qui a mis le plus de banquiers et de politiciens en prison, c’est aussi le pays le plus démocratique du monde et ce depuis très longtemps…

Si on ne transmet pas la richesse au peuple, peut-on vraiment parler de prospérité ?

Comme l’aurait dit Platon que tout cela est beau, bien et bon. Mais la force ce tome est aussi sa faiblesse… La quête de la Team Thorfinn passe presque à la trappe : deux ans s’écoulent, et le running gag d’Helva constamment sur le pied de guerre fait le lien entre le manga d’avant et le manga de maintenant (donc rien ne nous sera raconté des aventures de la Team Thorfinn recherchant le jackpot en faisant route vers Constantinople, et c’est bien dommage). ATTENTION SPOILERS De retour en Islande c’est finalement devant les leurs que Thorfinn et Grdutird déjà parent du petit Karli se marient. Halfdan qui est la fierté incarnée ne pipe mot, mais tout le monde peut comprendre qu’il éprouve le plus grand respect envers celui qui a transformé son bon à rien de fils en véritable guerrier de l’esprit. Pendant ce temps rongée par la haine, Hild ne sait plus à quel saint se vouer face à ce déferlement de bons sentiments. FIN SPOILERS
To Be Continued en Amérique ? Sergio Leone n’a qu’à bien se tenir…

 

Ce tome est accompagné du récit court Bientôt viendra le temps des adieux, qui résume si bien la pensée de l’artiste qu’il faudrait pleurer pour l’honorer…
Nous sommes durant la période de transition entre l’Ère Edo et l’Ère Meiji. Nous suivons le quotidien du samouraï d’exception Sôji Okita qui a servi le Shogun avant de servir l’Empereur, et qui atteint de tuberculose se laisse mourir en refusant de se nourrir. Ses proches font tout pour qu’il s’accroche, mais plus il pense à son passé de guerrier et moins il a envie de s’acharner… L’important c’est d’être en vie et de vivre sa vie, mais Sôji Okita ne supporte plus d’avoir été le pion des games of thrones des puissants et le jouet d’une idéologie guerrière qui se moque de la vie (de la sienne comme de celle des autres). Sôji Okita passe ainsi ses derniers instants en observant les oiseaux et en les protégeant contre les chats, et quand son oiseau préféré est tué il part pour son dernier combat. Mais il se retrouve désemparé en découvrant une mère féline prête à tout pour nourrir et défendre ses trois petits…
Je pourrais disserter longuement sur le Shinsen Gumi unité d’élite qui en défendant la méritocratie se moquait bien des origines sociales dans une société élitiste qui ne jurait que par la hiérarchie sociale, sur le romantisme de l’esprit samouraï cache-sexe d’une réalité sordide pour ne pas dire d’une barbarie sans nom, ou sur le Veau d’Or qui impose à l’humanité une compétitivité mortifère où tout le monde est en guerre contre tout le monde, mais l’auteur et son récit valent mieux que cela : « nous devons tous apprendre à vivre comme des frères, ou nous allons tous mourir comme des idiots »… L’humanisme conjoint de Makoto Yukimura et Hitoshi Iwaaki m’explose en pleine figure et c’est merveilleux !!!

note : 8/10

Alfaric

0 commentaires

Laisser un commentaire

Pin It on Pinterest

Share This