Loïs McMaster Bujold

La saga Vorkosigan , tome 3 : Barrayar

Roman, science-fiction

Publié le 28 novembre 2007

Cordelia Naismith, ex-pilote d’astronef, n’est pas une femme comme les autres : non contente d’avoir vaincu les soldats de Barrayar, elle a épousé leur chef, l’amiral comte Aral Vorkosigan. Tous deux vivent maintenant à Barrayar. Aral vient d’être nommé régent, et Cordelia attend un enfant. Une vie tranquille, enfin…
Et puis, une nuit, c’est l’attentat. Une grenade à la soltoxine. Si Cordelia et son mari s’en tirent sans dommages, l’enfant, lui, risque d’être anormal. Qu’importe, Cordelia ne veut pas renoncer. Ce sera un garçon, elle en est sûre. Il sera beau et intelligent, plus tard il règnera sur Barrayar…
C’est ainsi que naîtra Miles Vorkosigan. Miles, un garçon différent des autres, au destin passionnant…

Le premier chapitre de « Barrayar » débute 24 heures après le dernier chapitre de « Cordelia Vorkosigan ». La continuité est parfaite ! Et pour ne rien gâcher, la temporalité est mieux gérée que dans l’opus précédent même si un calendrier plus explicite n’aurait pas été de refus.
Aral entreprend de réformer la très traditionaliste Barrayar tandis que Cordelia affronte simultanément son rôle de Régente consort et son rôle de future mère.
Et contrairement à beaucoup d’autres, l’auteure ne joue par la carte du pathos facile avec son héroïne qui tombe enceinte après le premier rapport consécutif au retrait de son implant contraceptif. Elle joue au contraire à fond la carte de l’humour : problèmes de tuyauterie, comparaison des méthodes de procréation, affres de la grossesse entre délires maternelles et hystéries parentales…
Le mélange action et émotion, amour et humour, complots et intrigues est très agréable. le style est simple sans être simpliste et le tout est très accessible : les easy readers devrait apprécier…
Tout est raconté du point de vue de Cordelia, donc on se retrouve avec un space-opera résolument féminin certes, voire même féministe par moment, mais mis à part un petit flottement pendant la cavale très western style de Cordelia, Gregor, Bothari et leur guide campagnard, c’est carrément le zéro tirage à la ligne : il se passe toujours quelque chose !

Pour résumer ce tome est l’histoire d’un coup d’Etat vu par les femmes, vécu par les femmes et vaincu par les femmes. Qui sont les drôles de dames d’Aral ? La Régente consort Cordelia Vorskosigan, Ludmilla Droushnakovi la machine de guerre catherinette, la princesse douairière Kareen et l’aristocrate Alys Vorpala.
Ce n’est pour autant un roman qui s’arrête à ses personnages féminins : Bothari le schizophrène et Koubelda l’invalide prêtent main forte à l’intrépide Lady Vorkosigan tandis qu’Aral le régent et Piotr le patriarche organisent la résistance puis la reconquête.

Quelques mentions du passé évoquent un roi fou, un purge politique, une vengeance familiale, une rébellion, une guerre civile et un changement de dynastie… les auteurs américains sont encore plus passionnés par la Guerre des Deux Roses que les auteurs anglais ! (voir GRR Martin qui ne cesse de la recycler/ revivaler dans son « Trône de Fer »). Henri VI le roi fou anglais est le petit-fils de Charles VI le roi foi français : magie de la schizophrénie génétique !
Et pour en rajouter un couche, Drou m’a donné l’impression d’être la mère cachée de Brienne de Torth…

Mon foyer n’est pas un endroit, mais une personne.

L’auteure continue sa croisade personnelle puisque que les mots « progressisme » et « progressiste » apparaissent à tous les chapitres du roman ou presque ! La Russie galactique mi tsariste mi soviétique qu’est Barrayar n’est sans doute qu’un paravent pour dénoncer d’autres maux qui frappent l’Occident en général et les Etats-Unis en particulier.
Dans un régime résolument spartiate qui prône un esprit sain dans un corps sain, qui sont les amis de Cordelia ?
Un handicapé mental et un handicapé physique.
Dans une société résolument machiste, qui Cordelia choisit-elle de prendre sous son aile ?
Une garçonne manquée qui veut faire carrière dans l’armée…
Et j’aime bien le personnage de Bothari, véritable caméléon psychique : si vous en avez peur, il devient un monstre, si vous en êtes fier, il devient un héros. En quoi va-t-il se transformer face à la courageuse et résolue Cordelia qui a foi en lui, à l’énergique Miles pour qui est plus qu’un garde du corps, presque un parrain, et à sa fille adoptive Elena ???

Gregor, Miles, Ivan et Elena vont-ils être les héros d’un monde nouveau placé sous le double patronage de la glasnost et de la perestroïka. Un pour tous, et tous pour un ?
Que va devenir le pauvre Miles, avorton hyperactif coincé entre un père héros de guerre et sauveur de son peuple et une mère héroïne de guerre qui fait figure de Judith intergalactique ayant déjà 2 Holopherne à son tableau de chasse ?
C’est tout le sujet de la suite de « La Saga Vorkosigan » ! J’ai hâte de poursuivre ce space-opera si sympathique…

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?
 

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