Loïs McMaster Bujold

La Saga Vorkosigan, tome 4 : L’apprentissage du guerrier

Roman, science-fiction Publié le 11 décembre 2002

Les épreuves physiques de l’examen d’entrée à l’académie militaire, pour un nabot aux os fragiles comme du verre, c’est une gageure : en sautant d’un mur, Miles Vorkosigan se casse les deux jambes et voit s’effondrer ses espoirs de servir l’empereur de Barrayar
Aussi quand la belle Elena, fille de l’affreux Bothari, émet le souhait de retrouver sa mère, Miles organise-t-il le voyage. Il achète un vaisseau, engage un pilote puis se fait passer pour le chef des mercenaires Dendarii… Ceux-ci n’existent pas ? Aucune importance ! Ils ne tarderont pas à devenir bien réels. Oui, mais il va falloir les payer. Or Miles n’a pas le sou… Mais à défaut d’argent, il a du génie à revendre

Mieux vaut ne pas gloser sur la distinction entre lecture par ordre de parution et lecture par ordre chronologique puisque « L’Apprentissage du guerrier » écrit en 1986 est en total raccord avec la fin de son préquel écrit en 1991.

A la fin de « Barrayar », j’avais laissé Aral et Cordelia Vorkosigan, Konstantin Bothari et papi Piotr en fort mauvaise posture face à l’infirme mais hyperactif Miles Vorkosigan, unique rejeton d’une longue et prestigieuse lignée aristocratique. C’est tout naturellement que nous retrouvons toute la maisonnée quelques années plus tard avec un Miles tentant désespérément d’entrer à l’Académie militaire barrayane pour respecter la tradition féodale et guerrière de sa famille en dépit des conséquences sur son corps de l’attentat à la soltoxine dont ses parents ont été les victimes…

Ah ça, dans ce tome Miles joue les bons samaritains, voire les chevaliers blancs, en recueillant moult chiens errants… le vide dans sa vie que ressent Miles trouve écho aux vides dans leurs vies que ressentent tous les paumés qui vont l’accompagner : Konstantin Bothari, le Foutu Au Berceau de la saga, Elena Bothari, la midinette qui n’a jamais connu sa mère, Arde Mayhew, le pilote spatiale dépassé par les évolutions technologiques de sa profession, Bazil Jesek le déserteur barrayan qui ne sait plus quoi faire de son existence, le mésestimé Ty Kung qui jubile de trouver en Miles un fin connaisseur des stratégies et des tactiques d’Aral Vorkosigan (mdr ! ^^), ou ce crétin d’Ivan, pas si crétin que cela finalement, qui échappe aux tentatives d’assassinats grâce et ses nombreuses et imprévisibles aventures d’un jour ou d’un soir…

Chaque acte d’altruisme de notre (anti)héros, génie de l’improvisation doté d’un solide sens de la répartie, est accompagné de son lot d’emmerdes, et bien souvent le seul moyen pour Miles d’échapper aux dites emmerdes, c’est de se coltiner un paquet d’emmerdes encore plus merdiques jusqu’à ce que les services secrets de l’Empire barrayan sifflent la fin de récré ! Bref, une fois de plus les éditeurs français se sont montrés fort peu inspirés en traduisant « L’Apprenti guerrier », super clin d’oeil à « L’Apprenti sorcier » qui structure tout le roman, en « L’Apprentissage du guerrier »…

Car Miles dispose à parts égales d’une guigne légendaire, car à chaque fois qu’il parvient à sortir la tête de l’eau la foudre qui tombe sur la tête, et d’une baraka légendaire, car à chaque fois que tout semble irrémédiablement perdu les miracles succèdent aux qui propos et vice-versa.

Miles pinça fermement les lèvres. Ne pas pouffer, surtout. Il y avait pourtant de quoi hurler de rire. Un prétendu amiral négociant les services d’une flotte fantôme en échange d’un budget complètement imaginaire. De quoi se rouler par terre…

Car Miles dispose à parts égales d’une guigne légendaire, car à chaque fois qu’il parvient à sortir la tête de l’eau la foudre qui tombe sur la tête, et d’une baraka légendaire, car à chaque fois que tout semble irrémédiablement perdu les miracles succèdent aux qui propos et vice-versa.

SPOILER
Miles est obligé de jouer jusqu’au bout son rôle usurpé d’Amiral Naismith, puisque tous les soldats sous ses ordres sont persuadés qu’il est un général mercenaire vétéran tout juste sorti d’une cure de rajeunissement, et pas le rejeton génial d’un des plus grands stratèges militaire de la galaxie à peine sorti de l’adolescence, à commencer par Ty Kung impressionné par ses connaissances encyclopédiques sur celui qui est pour un père pour Miles et une idole pour Ty Kung. C’est donc logiquement que Miles il prend la tête des commandos du vide lors de la bataille finale, mais en raison de son récurrent mal de l’espace il régurgite violemment dans sa combinaison, et à cause de ses ulcères dus au stress il vomit du sang et du coup tous ses soldats se persuadent que leur amiral a été au-delà de ses limites en voulant combattre au premier rang en dépit d’une blessure récoltée lors d’une bataille précédente… du coup tout le monde se retrouve gonflés à bloc pour remporter la victoire en son nom et le venger !!! Quelle grosse marrade… ^^

Ainsi de fil en aiguille le génial nabot se retrouve ainsi à la tête d’une flotte de combat de 2000 hommes : Les Mercenaires Libres Dendarii ! Une flotte imaginaire qui de ralliements en recrutements va devenir bien réelle pour ses adversaires… Et seuls contre tous, les Dendarii vont briser le blocu de Tau Verde en appliquant une stratégie naguère utilisée par un célèbre guerrier qui habitait la forêt de Sherwood sur la Terre : voler aux mercenaires riches pour donner aux mercenaires pauvres… Quelle grosse marrade ! mdr au carré

Bref, on nous offre 400 pages de Tyrion Lannister en mode Don Quichotte : il s’agit d’une véritable friandise. ^^

Car tout commence avec Miles prend part en vacances loin dans l’espace pour oublier la déception qu’il pense avoir infligé à sa famille en échouant aux examens d’entrée de l’académie militaire, et après diverses péripéties résultant autant de son altruisme que de sa roublardise, Miles prend la tête de ceux qui voulaient le prendre en otage, tout en étant accusé par les siens d’un crime qu’il n’a jamais commis… Et contre toute attente il mène une brillante campagne miliaire qui se conclut par une bataille finale dont il ne pourra pas voir le dénouement en raison d’une blessure de guerre. Mais il devra quand même faire face à ses accusateurs lors d’un procès à 3 juges qu’il transformera en one-man show, avant d’être confronté au jugement paternel, bien plus douloureux que toutes les épreuves affrontées auparavant.

Cela ne vous rappelle rien ? Moi si. J’avais déjà repéré des points communs entre la saga de Lois McMaster Bujold et celle de GGR Martin, mais là c’est un peu fort de café.

SPOILER
Après avoir autrefois perdu son frère à cause de Yuri l’empereur fou (Aerys II le Fol ?), le brave et loyal Aral Vorkosigan (Ned Stark ?) est rappelé pour remettre de l’ordre à la cour et dans la nation par le souverain qu’il a mis le trône après une guerre civile (Robert Barathéon ?). Pour affronter les lubies d’un prince sadique (Joffrey Barathéon ?), il a su s’appuyer sur son épouse aux cheveux châtains, courageuse et volontaire, et prête à tout pour défendre sa descendance (Catelyn Stark ?). Et si Cordelia a pu compter sur l’aide de Ludmilla Droushnakovi, garçonne manquée à la blonde chevelure (Brienne de Torth ?), son fils infirme mais brillant, doté d’une langue bien pendue et d’un solide sens de l’humour (Tyrion Lannister ?), pourra lui compter sur son garde du corps pince sans rire Konstantin Bothari (Bronn ou Sandor Clegane ?) et de la sémillante Elena Bothari, à la fois midinette et kryptonite du brillant nabot (Sansa ou Shae ?). Oui, cela fait quand déjà quand même beaucoup trop de similitudes pour que cela soit vraiment honnête… Même les tirades ou les situations sont parfois communes aux sagas de GRR Martin et de Lois McMaster Bujold…

Je me suis régalé, j’ai beaucoup ri du début à la fin du roman. Cela ne s’arrête jamais car Miles ne s’arrête jamais…

On prend autant de plaisir à lire Miles jubiler quand un de ses plans capillotractés se déroule sans accros, qu’à lire stresser quand il ne parvient plus à puiser dans son sac à malices pour se tirer des ennuis dans lesquels il a fourré lui-même et ses protégés. Et il bien enquiquiné de voir son amour d’enfance tomber dans les bras de l’épave qu’il a lui-même remis à flot. Ah, on sent qu’il joue les Cyrano de Bergerac pour Roxane / Elan et Christian de Neuvillette / Baz Jesek ! ^^

Et pendant de ce temps, il ne s’aperçoit pas qu’Elli Quinn la mutilée de guerre est un train d’en faire son héros à elle, ou que ses coups de génie ne laissent pas indifférent / indifférente l’hermaphrodite Bel(le) Thorne…

Pourtant tout n’est pas guilleret avec notre Amiral Naismith qui prend sur lui que chaque soldat tombé sous ses ordres soit ou soigné, ou enterrer avec les honneurs militaires. Il développe même des ulcères à force d’assister personnellement aux funérailles de chacun, quand il ne les organise pas lui-même… et à anticiper les prochaines victimes de ses décisions.

On est bien dans le roman d’apprentissage puisque de peines en peines Miles va apprendre à devenir adulte, à faire face aux conséquences de ses actes et à être responsable de tous ceux qui croient lui… Comme tous les héros fantasy dont il possède les caractéristiques, il suit donc bien le chemin de l’universel héros aux mille et un visages, même si le visage de Miles Vorkosigan, âme de paladin enfermé dans un corps de nain, est bien singulier… (C’est d’autant plus manifeste que le personnage met un point d’honneur à respecter l’esprit plus que la lettre de la féodalité en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour venir en aide à ceux qui sont devenu ses vassaux.)

Je dois quand même avouer que je n’ai pas mis 5 étoiles parce que dernier quart du roman était quand même un ton en-dessous, Miles est rattrapé par les conspirations politiques de son monde natal (tiens encore un point commun avec GGR Martin), et on a l’impression de repartir pour un « Barrayar » bis avec pleins de ficelles pour rattacher à rebours les intrigues en cours avec le voyage de Miles transformé en campagne militaires sidérale… Surtout qu’il y a comme un trou d’air quand Miles anéanti déprime dans sa cabine après la tragique réunion de famille des parents d’Elena Bothari qu’il avait lui-même organisée dans son permanent souci de bien faire…

Tout cela se lit à une vitesse incroyable avec beaucoup de facilité car la prose de l’auteure américaine est vraiment simple d’accès : elle s’adresse à tous les publics, à toutes les lectrices et à tous à les lecteurs. Ami(e)s easy readers, essayer Lois Mac Master Bujold, c’est l’adopter !

On laissera donc les commissaires littéraires franco-français habituels pérorer sans fin sur son manque de littéralité, et sur les distinctions entre vraie littérature destinée à élever l’élite et sous littératures destinées à occuper les masses. 5 Prix Hugo, 3 Prix Nebula, 3 Prix Locus, 1 Prix Mythopoeic, 1 Prix Prometheus. Mais ce n’est pas bien pour eux, parce que cette grande dame de la SFFF américaine n’est pas diplômée en littérature et donc n’appartient pas au milieu des littéreux…

Pour ma part, j’espère bien retrouver par la suite Baz Jesek, le déserteur en quête d’honneur, Arde le pilote dépressif, Ty Kung l’historien militaire brésilien, Elli Quin la karaté girl, le capitaine hermaphrodite Bel(le) Thorne ou Auson le beauf de l’espace !

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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