Brandon Sanderson

Wax & Wayne, tome 1 : L’Alliage de justice

Roman, fantasy / arcanepunk
Publié en VF le 11 avril 2012 chez Orbit
Publié en VO le 08 novembre 2011 (« The Alloy of Law »)

Kelsier, Vin, Elend et les autres font désormais partie de l’Histoire – ou de la religion. Les chemins de fer côtoient les canaux, les rues sont éclairées à l’électricité et les premiers gratte-ciel partent à l’assaut des nuages. Mais les anciennes magies allomantique et férochimique existent toujours. Un outil précieux pour ceux qui tentent de faire régner la justice dans les terres sauvages qu’on appelle les Rocailles. Après vingt ans là-bas, Wax Ladrian est de retour à la métropole d’Elendel, bien décidé à ranger ses pistolets. Pourtant les demeures et les rues élégantes de la ville pourraient bien s’avérer plus dangereuses encore que les plaines poussiéreuses des Rocailles.

Ce cycle a été annoncé comme étant la suite de la trilogie Fils-des-Brumes et se déroule dans le même univers (ou plutôt sur la même planète). Le gunfight allomantique introductif promettait une belle ambiance entre western et steampunk : il n’en est rien car en pur produit des ateliers d’écriture Brandon Sanderson nous livre un produit bien troussé mais aussi bien formaté. Malheureusement on entre rapidement dans un univers plus proche d’un comic victorien que d’un western steampunk. Le système de la magie des métaux s’étoffe pour offrir d’action cinématographiques dans le style DC / Marvel Comics. C’est fluide, c’est efficace, c’est rythmé et on identifie rapidement les personnages auxquels on pourra s’attacher : tout cela est plus original qu’un médiéval fantastique traditionnel mais les efforts de worldbuilding sont très pauvres :
– les multiples références aux héros divinisés de Fils-des-Brumes ne servent à rien.
– les multiples références aux exploits de Wayne, Wax et Miles dans les rocailles ne servent à rien
– le cadre est minimaliste : on passe des salles de bal aux repaires de bandits en passant par le commissariat ou la batcave

Sur le fond l’histoire est découpée en 2 parties : c’est un remake très édulcoré de The Dark Knight Rises et/ou Batman Begins.

Dans la 1ère partie plusieurs semaines s’écoulent dans les ellipses qui séparent les chapitres qui nous permettent de découvrir l’univers de Fils-des-Brumes 300 ans après les événements du Héros des Siècles. On retrouve un aristocrate vigilante qui s’associe à un side-kick action-humour et une jeune ingénue à la fois belle et intelligente, passionnée et réservée. Cela lorgne carrément sur les terres de la Batman Family avec Batman, Robin et Batgirl mais ce n’est pas assumé du tout. De plus on a droit au majordome complice et à l’armurier malicieux et on retrouve le même fond idéologique douteux que dans le 3e film de Chrsitopher Nolan avec un gentil riche qui défend l’ordre établi contre des méchants révolutionnaires pauvres qui veulent changer le monde. Mais tout va bien : on évite le plagiat puisque ce n’est pas le héros qui s’appelle Wayne…

Dans la 2e partie tout se résume en une traque de 48h qui se termine par une longue scène d’action blockbusterienne. On retrouve un gentleman baroudeur et un roublard transformiste qui doivent démasquer une mystérieuse conspiration et stopper les plans d’un super-vilain mégalomane et invincible doté de la robustesse du T-1000. Cela ressemble à s’y méprendre à Wild Wild West mais ce n’est pas assumé du tout.

La plupart des gens ne comprenaient rien aux chapeaux, et Wayne ne pouvait pas vraiment le leur reprocher. Tant qu’on n’avait pas eu un bon chapeau porte-bonheur, on ne pouvait pas en comprendre la valeur.

Sur la forme les défauts sont nombreux ! Des tics d’écriture maladroits qu’on ne retrouve pas dans ses autres livres (et que les branchouilles VOphiles ne viennent pas nous dire que la traduction de Mélanie Fazi est mauvaise)… On retrouve ainsi une héroïne potiche au possible, une romance mièvre et niaise, des deux ex machina en voulez-vous en voilà, des cabotinages insupportables, un humour qui tombe parfois à plat, des dialogues parfois minimalistes (« – dynamite », « – yep », « – go », « – ok »), des descriptions parfois foireuses (« il se réfugia derrière les caisses. Mais un bandit essayait de le contourner en passant derrière les caisses. Donc il sauta par dessus les caisses, tira pour s’en débarrasser et courut vers dans la direction opposée vers des caisses »), et quelques copier-coller qui piquent les yeux (2 combats et 2 fois la même explication au mot près)… Et comme d’habitude avec Brandon Sanderson l’épilogue nous raconte plus de choses que tout ce qui a précédé pour obliger le lecteur à acheter la suite : c’est quand même beaucoup de blabla parfois bien maladroit pour faire avancer l’intrigue entre les quelques scènes d’action longuettes ou quelques rebondissements forcés. Tout aurait largement pu tenir dans une BD de 50 pages !

Un court roman qui sera fort plaisant pour le « tout venant » et les fans de Fils-des-Brumes. Si vous ne connaissez pas l’auteur vous allez kiffer, si vous le connaissez déjà vous serez sans doute très déçu. Le lecteur averti se tournera vers le Frey de Chris Wooding, un western steampunk bien plus sympathique. Le lecteur très averti se tournera vers le Grimnoir de Larry Correia, une épopée dieselpunk incontournable ! Bref on est en droit d’attendre beaucoup mieux plus d’un auteur bankable comme Brandon Sanderson !

note : 6/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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