Waylander, Tome 2

Roman, héroïc fantasy

Publié le 27 novembre 2004

J’ai lu tous les Gemmell. Je les ai tous adorés : celui-ci ne fait pas exception à la règle ! Que de chemin parcouru depuis l’assez moyen « Waylander » écrit en 1986. Car 6 ans plus tard, DG nous livre un 2e opus de bien meilleure facture. On retrouve avec joie l’écriture et la narration très cinématographiques de l’auteur. Stylistiquement DG a fait de beaux progrès en quelques années : le rythme est plus posé, les descriptions venant s’intercaler entre actions et palabres, permettant de mieux mettre en valeur le cadre de l’histoire, de mieux affirmer les différentes thématiques du roman, et de davantage s’attarder sur la psychologie des personnages y compris secondaires.
Et suivant une tradition bien classique le livre est divisé en 3 parties : présentation, préparation, baston
* La 1ère partie prend la forme d’un western médiéval de la plus belle eau :
Dans une chasse à l’homme qui ne dit pas son nom, l’arbalète à 2 temps remplace le six-coups et on retrouve sans peine l’ambiance des westerns spaghettis avec cette bande d’assassins venue se frotter à un despérado plus redoutable qu’eux. Nous avons donc des palabres volontiers sergioléonesques qui s’intercalent entre embuscades et contre embuscades.
L’atmosphère à la fois montagnarde et forestière de cette partie du roman est très bien rendue et renvoie à moult westerns. Mais il ne s’agit là que de la mise en place nous présentant les protagonistes de l’histoire et leurs personnalités.
* La 2e partie est un road-movie d’héroic fantasy que n’aurait pas renié le fondateur du genre R. E. Howard !
Gemmell est l’un des héritiers d’Howard, n’en déplaisent à ceux qui le catégorisent en auteur bourrin pour lecteurs bourrins. le chien sans nom fait-il référence à celui de « Mad Max 2 » ou à celui du cultissime « Au-delà de la Rivière Noire » ?
On retrouve donc :
– les magos sans scrupules qui ourdissent dans l’ombre des complots contre les nations pour devenir maîtres du monde (remplacez sorciers par banksters ou un managkiller et d’un coup vous ne verrez plus la Sword & Sorcery du même oeil…)
– des arts sombres mélangeant nécromancie, démonologie, pouvoirs de suggestion mêlant hypnotisme et télépathie
– des nobles pleins de morgue, lâches ou courageux, loyaux au traîtres, dupes ou complices des magos psychos
– l’horreur lovecratienne qui garde un trésor fabuleux mais maléfique dans un temple perdu au fin fond de nulle part…
Les ennemis deviennent des amis et vice-versa… bref les survivants du 1er acte forment une fellowship of the crossbow assez bigarrée, chacun ayant ses propres raisons de suivre le Dragon de l’Ombre vers le Nord dans sa quête de vengeance.
Tandis que Waylander traverse les magnifiques mais fort dangereux paysages du pays sathuli, les vilains avancent leurs pions et les héros progressent vers les lieux d’un nouveau chapitre de l’affrontement entre le Bien et le Mal.

Il ne sert à rien de s’inquiéter pour des choses qu’on ne peut contrôler.

* La 3e partie est plus complexe et lève le voile sur pas mal d’éléments de l’univers drenaï :
On suit en parallèle le combat pour leur survie de la tribu du Loups et la quête de vengeance de Waylander à Gulgothir. Nous retrouvons donc encore une fois un background d’invasion (Drenaï delenda est !) et un siège désespéré, cette fois-ci entre de vaillants résistants nadirs et une armée gothire supérieure en nombre et prête à tout pour éradiquer ces derniers. DG n’a pas du être satisfait du résultat, puisque cette partie sera reprise et améliorée dans « La Légende de Marche-Mort ».
Les discutions entre Kesa Khan et Dardalion nous relèvent le passé et l’avenir de Drenaï :
– plus de doute possible, nous sommes dans un univers post-apocalyptique qui en 2000 ans a oublié le monde de l’Avant
– derrière toutes les conspirations et toutes les invasions, il y a la figure de l’Unificateur (cette concurrence entre voyants essayant de tirer avantage des avenirs possibles rappelle de grands moments de SF)
Cela ne m’avait jamais frappé jusque là, mais l’un des leitmotivs gemmelliens c’est l’inclusion d’éléments horrifiques dans ses récits d’héroïc fantasy : lycanthropes, vampires, hommes-bêtes, démons multiformes, 1 ou 2 trucs antédiluviens.
Mais Gemmell a modernisé la formule howardienne car il s’inspire davantage de Clive Barker que d’H. P. Lovecraft. Brett Weeks agit exactement de même avec les aspects horrifiques de son « Ange de la Nuit », encore un bon point pour lui.
Pour le reste, on notera une orientation Sword & Sorcery assez marquée à bien des niveaux et une fin assez ouverte ! Certains parleront d’auteur moyen qui se contente de recycler ad vitam eternam ses thèmes fétiches, d’autres verrons un auteur qui livre après livre a posé les pierres de son imaginaire, quitte à reprendre ce dont il n’a pas été satisfait. de même les échos du grand chant gemmellien sont bels et bien là : Senta et Angel sont un dédoublement de la figure d’Ananaïs / Masque Noir (« Le Roi sur le Seuil« ) appelés à devenir le gladiateur doctore Rage (« Le Faucon de Minuit »).
Passons maintenant aux points négatifs :
– stylistiquement c’est encore perfectible (qques transitions bancales / dialogues faciles / descriptions rapides…)
– one-shot oblige tous les personnages ne sont pas aussi approfondis ou aussi correctement traités qu’ils auraient pu l’être
– one-shot oblige on sent ici ou là des trucs pas explicites :
Pourquoi la fellowship of the crossbow se sépare à la frontière Drenaï ? J’avoue ne pas trop avoir compris Dakeyras.
On sent des trous dans l’histoire du sorcier maléfique, comme s’il manquait son point of view pour tout comprendre.
La biographie de Karnak n’est pas claire, malgré les liens entre Waylander I et II on ne sait pas trop où DG veut en venir (il est nommé Seigneur Protecteur comme les dictateurs durant les guerres civiles anglaises, ce n’est pas un hasard !)
Sorcellerie malveillante ? Technologie bienveillante ? le Cristal magique aurait mérité plus d’explications (Sipstrassi ?)

– et en incorrigible romantique, DG nous présente les coups de foudre d’un triangle amoureux partagé entre une midinette, un bretteur dilettante et un vieil ours (néanmoins les questions liés à la sexualité sont traitées de manière pudique mais non pudibonde : DG nous livre quelques passages érotiques exempt de tout voyeurisme qui ont le grand mérite de trancher avec tous ces cycles à rallonge qui n’en finissent plus de blablater sur le grand amour mais incapables d’écrire une seul ligne sur le moindre contact charnel)
– l’affrontement final, censément être l’apothéose du roman, est un peu torché quand même…

note : 9,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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