Christophe Bec (scénario)
Fucio Leoni & Emanuela Negrin (dessin)

West Legends tome 2

Billy the Kid, The Lincoln County War

Bande dessinée, histoire / western
Publiée en le 18 mars 2020 chez Soleil

Hiver 1878 au Nouveau Mexique, Buckshot Roberts pénètre dans Blazer’s Mills dans l’espoir de se cacher. Il doit recevoir l’argent de la vente de son ranch qui lui permettra de refaire sa vie ailleurs. Il pourrait clamer son innocence des crimes qu’on lui impute mais le malheureux est poursuivi par des Regulators qui comptent en leurs rangs un certain William Bonney, dit « Le Kid ».

Le 2e tome de la série intitulé The Lincoln County War est consacré à un homme qui est entré dans la légende de son vivant, avant d’entrer dans l’éternité à l’âge de 21 ans, l’âge auquel il fut tué par son ami Pat Garrett : Billy the Kid, de son vrai nom présumé William Henry McCarty…
D’habitude avec une œuvre je vois ce qu’elle est et ce qu’elle aurait pu être :
– c’est excellent : il n’y a rien à ajouter ou à retrancher
– c’est moyennement moyen : il n’y a pas grand-chose à dire
– c’est véritablement mauvais : mieux vaut ne pas en parler du tout
– c’est pas mal, mais cela aurait pu être tellement mieux : je vais être bavard…

Robert Howard est le papa entre autres de Conan le Cimmérien. Mais il était aussi un historien régional fasciné par les rivalités ancestrales parfois importées d’Europe parfois créée sur place totalement artificiellement par des immigrés plein d’espoirs mais incapables de se mettre fin à la lutte des classes, qui ont ensanglanté le Texas à plusieurs reprises lors de véritables guerres familiales, tribales voire féodales. C’est dans ce vivier qu’il a puisé pour composer le bruit et la fureur de ses récits « of high adventure » !

Nous sommes en 1878 et dans le Comté de Lincoln c’est la guerre totale entre Murphy et son associé James Dolan qui dirigent la bande de Jesse Evans, et John Tunstall et son associé McSween qui dirigent les Regulators. Les premiers possédait le seul magasin de la région et rackettait bien tranquillement la population quand elle arrivé un pied-tendre avec de grandes ambitions qui ouvrit son propre magasin juste à côté du sien. La rivalité commerciale est vite devenu une guerre de gangs, et quand John Tunstall est assassiné dans un guet-apens la vendetta dégénère entre véritable guerre privée digne des grandes heures de féodalité. Les autorités qui ont pris parti pour Murphy et James Dolan qui leur graissent les pattes depuis des années laissent faire en espérant que le plus ancien donc le plus fort l’emporte…

On rajoute l’Homme sans nom de Sergio Leone et on est dans Pour une Poignée de dollars, sauf qu’ici la Billy the Kid a juré fidélité éternelle à John Tunstall et de venger sa mort en traquant et en tuant un à un jusqu’au dernier de ses meurtriers. Ce mec ce n’est pas un cow-boy, c’est un chevalier, voire carrément un samouraï : si seulement son seigneur en avait été digne, quel excellent vassal !

Au moins cent hommes ont été tués au cours des trois dernières années dans le Comté de Lincoln… mais ce n’est pas moi qui les ai tous tués.

La BD qui s’ouvre par une double planche magnifique est divisé en plusieurs chapitres :
– « Buckshot » sert d’introduction et on y on retrace la Bataille de Blazer’s Mill où le fuyard Buckshot Roberts tient en respect toute la bande des Regulators avant de mourir de ses blessures
– « Lincoln County » revient en arrière expliquer les tenants et aboutissants du conflit, va en avant nous raconter la réorganisation de la bande des Regulators, et nous présente l’antihéros du récit
– « Tunstall » nous explique qui était Billy the Kid, comment celui qui lui a tendu la main est devenu son suzerain, et comment son suzerain a été abattu comme un chien
– « Shérif Brady » nous met en scène les représailles des Regulators contre la bande de Jesse Evans protégée par le Brady le shérif ripou
– dans « McSween » débute le siège du magasin des challengers et trois jours de fusillades
– dans « Colonel Dudley » le représentant de l’armée décide d’intervenir en dépit des ordres pour mettre fin au conflit car la population l’en supplie, brave mais pas téméraire car il se range aux côtés du patron voyou protégé et soutenu par les autorités
– dans « Assaut » c’est Fort Alamo : ni reddition ni retraite car l’assiégeant est à la solde de l’argent !
– dans « The Kid », l’anti-héros galope vers son destin n’ayant pas un seul instant abandonner l’idée de se venger, et les autorités ayant mise à prix sa tête c’est ainsi qu’il fut tué par un vieil ami…

C’est une assez bonne BD, mais pas sûr que les bons choix aient faits ou pire encore que les auteurs aient été à la hauteur du sujet en or qui leur a été confié. Il y a tout le relationship drama des Regulators, Billy the Kid individu passionné mais tourmenté qui peu à peu devient leur leader tout désigné, les actes de bravoure ou de lâcheté de leurs alliés comme de leurs adversaires, le couple McSween qui se déchire et qui se réconcilie avant d’être déchiré par le destin, et cet autre couple qui se forme au fil des coups du sort… De la première à la dernière page je n’ai pas arrêté de me dire que Billy the Kid c’était Conan non avec une épée et une hache mais avec un flingue et une carabine, et j’aurais dû kiffer ma race… Oui mais non, trop de personnages, trop d’événements, trop de cases, trop de textes, trop d’onomatopées, sans parler des graphismes à 6 mains du dessinateur Lucio Leoni, de la dessinatrice Emanuela Negrin et du coloriste J. Nanjan (trop de crayonnés pour pas assez de détails). On aurait pu épurer la narration et se concentrer uniquement sur la Bataille de Lincoln en utilisant le droit de quota de flashbacks pour approfondir les personnages. Christophe Bec est à la base un bon voire un très bon dessinateur, mais aujourd’hui il est essentiellement scénariste et s’il a des qualités il a aussi des défauts. On peut être doué dans les deux domaines comme l’ont prouvé récemment Philippe Xavier et Enrico Marini qui sont meilleurs en solo qu’en duo, mais force est de constater que Christophe Bec n’a jamais été aussi bon que quand il a bossé avec Xavier Dorison…

 

Ses exploits ont toujours été célébrés et à sa mort il fut beaucoup pleuré, surtout parmi les pauvres et les opprimé : on n’en dira pas autant des membres de l’autoproclamée haute et bonne société. L’Histoire a oublié le nom margoulins qui ont continué de s’engraisser et qui sont morts de leur belle mort, mais la Légende elle n’oubliera jamais celui de Billy the Kid !

PS: le jour où sa mère est morte, Billy the Kid individu passionné et tourmenté est devenu un meurtrier, le jour où sa mère est morte Robert Howard individu passionné et tourmenté s’est suicidé… L’auteur texan croyait fermement en la transmigration des âmes à travers le temps et l’espace…

note : 6,5/10

Alfaric

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