Arthur De Pins

Zombillénium, tome 1 : Gretchen

Bande dessinée, fantastique

Publié le 27 août 2010

Les Hauts-de-France ne sont pas drôles leur chômage, leur pauvreté et leurs faits divers d’une banalité à faire pleurer : bagarre dans une discothèque à Boulogne-sur-Mer, conducteur ivre à Biache-Saint-Vaastn, tombes éventrées à Bruay-sur-l’Escaut, trafic de sang dans l’Agglo de Lille, naissance d’un agneau à 2 têtes à Marq-en-Baroeul… Et dans la petite ville de Douchy-les-Mines c’est pire encore avec une femme retrouvée morte suite à un lynchage collectif et un attentat à la bombe commis par 3 skinheads à Zombillénium, car le parc d’attraction sur le thème du macabre est devenu avec Dégriff 3000 et les Cuisines Gérard un des rares employeurs de la région depuis la fermeture des mines Usinor… le Diable a-t-il posé ses valises à Douchy-les-Mines ? C’est exactement cela car la série est consacrée au jouet de S. Béhémot, un créateur d’emplois et de richesses qui semble avoir les mêmes ambitions qu’Al Pacino dans « L’Associé du Diable » ^^
Arthur de Pins place le champ de bataille de la lutte des classes dans un enfer managériale prenant la forme d’un parce d’attraction localisé sur les terres de la France rurale d’en bas et du JT de Jean-Pierre Pernaud et du 19/20 de France Télévision. Et finalement c’est assez jubilatoire de retrouve l’esprit de « Caméra Café » pour croiser à travers les yeux d’Aurélien Zahner, accidenté de la route transformé en démon, le bestiaire des films fantastiques des films Universal / Hammer dans le cadre banal et quotidien du monde du travail : pression d’arriver en retard, rendement, performance, service au public… Managers, cadres, syndicalistes, simples employés : tout le monde en prend pour son grade notamment lors des stages de gestion du stress !
Des textes savoureux supportés par une excellente narration graphique réalisé grâce aux outils numérique : c’est frais, c’est fun, c’est cool ! L’essayer c’est l’adopter, Oh Yeah !!!

– On a tous envie de massacrer des gens. On est tous passés par là.
– C’est le métier qui rentre…

Ce tome 1 intitulé « Gretchen » est un tome d’introduction et d’exposition, et c’est par les yeux du loser Aurélien Zahner que nous découvrons le parc d’attraction Zombillénium où l’actionnaire démoniaque (pléonasme) utilisé les âmes damnés pour faire du fric, là où un couple de patrons paternalistes à l’ancienne essayent de leur donner une chance d’oublier leur passé…
C’est ainsi que nous découvrons les directeurs vampires Francis et Rose von Bloodt, le Directeur du personnel loup-garou Blaise Canilhac, Yves Belbertel l’homme invisible à la fois directeur artistique et chargé de sécurité, les cadres supérieurs démoniaques et les militants de l’intersyndicale des zombies, mais aussi les heurs et malheurs de Sirius Jefferson le délégué du personnel, l’ancien pharaon Aton Noudjemet relégué au stand de barbe-à-papa et la sorcière stagiaire Gretchen Webb caricature à la fois girl next door et rock and roll d’Hermione Granger… Première épreuves pour le néo prince des enfers ? Arriver à l’heure au boulot pour éviter la combustion spontanée, ne pas tuer Madame Cauchois et son chihuahua, ne pas massacrer l’amant de sa femme prof de tai-chi et déjouer les complots de ses collègues zombies ! Et pour ne rien gâcher, les cliffhangers de ce tome 1 sont de bon aloi : le personnage principal de la série ce n’est pas Aurélien mais Gretchen, et l’ennemi principal n’est pas le Diable mais l’Hypercapitalisme et l’Ultralibéralisme (appelés aussi conjointement Néoféodalisme voire Néoesclavagisme) car il n’y a aucune différence entre les lois des affaires et les lois des enfers, comme nous le savons depuis l’avènement d TINA reagano-thatchéron-macronien et comme le dénonçait déjà Dante Alighieri dans sa « Divine Comédie » au XIVe siècle !
On remerciera l’auteur d’avoir privilégié le terme « Personnel » au lieu du terme « Ressources Humaines », terme inventé par la ploutocratie mondialisé pour rabaisser les employés du monde entier et ensuite se donner bonne conscience avant de les exploiter… (par contre j’ai repéré une coquille graphique : le bras cassé du gros-bras de l’intersyndicale des zombies qui en veut à Aurélien change de côté entre 2 scènes ^^)

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?
 

Pin It on Pinterest

Share This