Simon Scarrow

Les Aigles de l’empire, tome 3 :
La Traque de l’Aigle

Roman, histoire / antiquité
Publié en VF le 16 septembre 2020 chez Bragelonne
Publié en VO en 2002 (« When the Eagle Hunts »)

Cato, jeune officier de l’armée romaine et son supérieur, le centurion Macro, ne sont que des pions dans la soif de conquête de Rome en Bretagne. Au cours d’un hiver glacial, les deux hommes et leur légion affrontent les barbares natifs de l’île dans des batailles au corps à corps qui hantent Cato des jours durant. Mais parmi tous leurs ennemis, les plus redoutables sont les druides de la Lune sombre. Des êtres violents, sans pitié, qui ont capturé la famille du général Plautius en personne. Macro et Cato se voient donc confier l’une des missions les plus dangereuses de leur carrière : s’enfoncer en territoire ennemi et libérer les otages. S’ils échouent, le sort de l’armée romaine pourrait bien être en jeu…​

​Autant j’avais bien aimé le tome 1, autant le tome 2 m’avait quand même un peu douché. Mais ce nouvel opus des heurs et malheurs des « persuaders romains » à cheval sur la fin de la dynastie julio-claudienne et le début de la dynastie flavienne était assez sympa !

Ce tome 3 intitulé La Traque de l’Aigle nous sommes toujours dans la conquête de la Bretagne par les Romains et on suit peu ou prou la trame du tome 1. Donc on a une première partie plutôt « bataille » avec la 4e cohorte du centurion Hortensius qui doit rejoindre le fort de Cavella malgré la guérilla de Caratacos et la terreur instaurée par les terroristes de la secte druidique de la Lune Noire. Puis nous avons dans une deuxième partie plutôt « commando » avec Macro et Cato devant mener une opération d’exfiltration particulièrement risquée au-delà de lignes ennemis (et pour ne rien gâcher dans un temps imparti car le compte à rebours est déjà lancé, et avec deux compagnons celtes dont je vous laisse le plaisir de la découverte)…

C’est très hollywoodien dans le bon sens et dans le mauvais sens du terme :
– dans le bon sens, c’est joliment mis en scène
La première scène de naufrage est très immersive, puis ensuite cela se lit comme un bon page-turner à savoir facilement et rapidement. Le chapitrage est bien calibré, et l’équilibre entre les descriptions, les dialogues, les introspections et les scènes d’action est bien pensé. Les phases « bataille » et les phases « commando » sont très visuelles donc le suspens est efficace !
– dans le mauvais sens, il y a un idéologie derrière tout cela
Ah oui bien sûr les mentalités, les paroles et les actions sont trop modernes pour ne pas être le présent plaqué sur le passé, mais comme le disait James Clavell excellent écrivain de romans historiques tout déplacement hors de sa civilisation est déjà un trahison. Non, ce qui peut faire polémique c’est que le livre est sorti juste avant les attentats du 11/09/2001 et le « War Against Terror » : l’auteur veut faire un parallèle voire une comparaison entre le passé (Empire Romain / Bretagne / Druides de la Lune Noire) et le présent (Empire Américain / Afghanistan / Talibans de l’Islam Sunnite). Même s’il est animé de bonnes intention cela ne marche absolument pas, déjà parce que les expériences impérialistes anglo-saxonnes ne sont pas transposables à toutes les expériences impérialistes, ensuite parce que la dynamique des religions polythéistes basées sur l’oral n’est n’est absolument pas la même que celle des religions monothéistes basé sur l’écrit… Qui dit religion dit fondamentalisme, intégrisme, et extrémisme certes, mais au final le premier terrorisme religieux fut pratiqué par les Macchabées au IIe siècle avant J.-C. : et oui, j’imagine que cela peut trouer le cul de certains et certaines, mais le terrorisme religieux a été inventé et théorisé par les « gentils juifs civilisés » et non par « les méchants musulmans barbares » !!!

Si Caratacos avait eu sous ses ordres une armée un peu plus disciplinée, un empereur différent siégerait à Rome maintenant. Peut-être le monde se porterait-il mieux sans ces aristocrates perpétuellement occupés à faire les fiers.

Je pourrais m’épancher sur ce qui m’a fait tiquer, comme les esclaves galériens qui n’ont jamais existé dans l’antiquité, sur les feux réalisés en frottant deux silex l’un contre l’autre (les préhistoriens sont en PLS) les sacrifices humains théoriques réalisés par les Celtes barbares face aux sacrifices humains véridiques réalisés par les Romains civilisés… Et je vais quand même en rajouter une couche avec l’infiltration du repaire des druides fanatiques de la Lune Noire, cultistes d’un Méchant Millénaire qui attend que les astres soient propices pour semer la mort et la désolation : franchement on aurait été dans un donjon des Murgos dans La Belgariade de David Eddings que cela aurait été du pareil au même (donc je ne cache aucunement que j’ai bien ri)…

Mais il y a d’autres choses à dire en « zone spoilers » ou en « zone non spoilers » (mais in fine les deux sont liées)… L’auteur essaye vraiment de ne pas tomber dans « le choc de civilisation », mais il est le produit de la culture dans laquelle il a été élevé : il ne peut s’empêcher de parler de « races » (plus ou moins développées) et de « mission civilisatrice » (des races plus développées), et il est incapable de remettre en cause le modèle impérialiste anglo-saxon dans lequel les empires britanniques et américains sont forcément les héritiers de l’empire romain (pour le meilleur toujours, pour le pire jamais). Pourtant à aucun moment il n’est dupe de tout cela, mais là je vais devoir basculer en Zone Spoilers !!!

Macro le vétéran paysan et Cato le rookie affranchi doivent faire équipe avec la jeune Boadicée et son fiancé Prasatagos druide défroqué. Il y a un côté comique dans le fait que Macro espérait épouser la belle celte alors qu’entre deux gros bourrins elle a choisi celui issu de son propre peuple. Il y a un côté humaniste dans le fait que les Romains et les Celtes apprennent à se connaître mutuellement pour mieux se comprendre. Mais il y a d’abord et surtout un côté tragique car ceux qui ici sont les amis de Rome venant sauver nos héros vont devenir les ennemis de Rome que nos héros vont devoir combattre ultérieurement dans le saga. Pourquoi ? Vespasien résume très bien tout cela : la romanisation c’est bien jusqu’au moment où arrivent les marchands et les banquiers romains, car là c’est la curée ou la révolte généralisée… Plus que jamais on peut dire que la fin du monde nous tombera dessus à bras raccourcis avant la fin du capitalisme tellement vanté par cette saloperie de macronie !!!

note : 7/10

Alfaric

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