Dan Abnett

Bequin, tome 1 : Paria

Roman, science-fiction / space opera / dystopie 
Publié en VF en juin 2013 chez Black Library
Publié en VO en 2012 (« Pariah: Ravenor Versus Eisenhorn »)

La cité de Reine-Mab est le royaume des masques et des faux-semblants. Paria, espionne, agent de l’Inquisition, Alizebeth Bequin est-elle tout cela ou rien de tout cela ? Même à ses propres yeux, son existence est une énigme. Elle va devoir s’impliquer dans un mortel jeu d’ombres entre les inquisiteurs Grégor Eisenhorn et Gideon Ravenor, anciens alliés devenus ennemis, tous deux à la poursuite d’un adversaire aussi mystérieux que mortel. Objet de la convoitise du grand ennemi, traquée par l’Inquisition, Bequin se voit précipitée au coeur d’une sombre machination, sans savoir quel rôle elle doit y jouer, ni à quelles fins. Aidée d’une poignée d’alliés disparates, elle va devoir percer les secrets de son passé, et de ses origines, si elle veut survivre à la bataille qui s’annonce, une bataille où il ne lui sera pas facile de distinguer ses faux amis de ses véritables ennemis.

La saga Sword & Laser de Dan Abnett continue, et j’ai eu la chance et le privilège d’en lire la suite de deux manières différentes simultanément. OMG c’était génial, et j’imagine tout le travail de l’auteur pour qu’on puisse le lire aussi bien d’une manière ou d’une autre…

Nous sommes au 41e Millénaire, dans le sous-secteur Angelus, sur la planète Sancoeur, dans la cité Reine-Mab. Beta est orpheline à l’école Orbus de Sœur Bismillah, mais elle est spéciale, et pour ne rien gâcher elle est très douée. Très très douée même C’est ainsi qu’elle intègre la prestigieuse et mystérieuse Académie Meyzendieu…
Elle y est formée par les meilleurs des meilleurs pour être une psionique à la fois enquêteuse et espionne. On lui dit qu’elle est entrée dans le quatrième ordre de l’Inquisition (le premier s’occupant des xénos, le deuxième des mutants et le troisième des hérétiques), et elle voit ses aînés partir à un à un pour servir l’Imperium (et pour ne jamais revenir, histoire qu’on ne puisse jamais les questionner sur ce qu’il font). Un jour un intrus est stoppé par mentor Murlees le professeur d’escrime, et en mauvaise posture elle intervient pour lui éviter un décès prématuré. Sauf que l’intrus appartient à l’Inquisition, et qu’il lâche un curieux mot avant de rendre l’âme : Cognitae… Beta se pose de plus en plus de questions, mais son école est prise d’assaut avant de trouver le moindre élément de réponse. Pour ne rien gâcher, elle se retrouve en cavale et pourchassée de tous les côtés par diverses factions toutes plus puissantes et toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Qui est-elle pour valoir de tels déploiement de force ? Ou plutôt qu’est-elle pour être autant convoitée ???

Si vous débarquez dans la saga par son troisième cycle c’est génial, car on voit tout le récit du point du vue de Beta dont l’univers s’effondre et qui ne sait plus à quels saints se vouer :
ATTENTION SPOILERS Beta qui a plus d’identité qu’Arsène Lupin pense travailler pour les forces gouvernementales, mais on comprend vite qu’elle travaille en fait pour des forces anti-gouvernementales. C’est comme dans la série télévisée Alias de J.J Abrams, mais c’est mieux que dans Alias car on est débarrassé des horripilants gimmicks de J.J. Abrams. Beta fuient ceux qui veulent l’aider pour mieux tomber entre les mains de ceux qui veulent la capturer pour mieux l’exploiter, et les quiproquos à répétition amènent leurs lots de rebondissement pulpiens (parfois sinon pour ne pas dire souvent pas piqués des hannetons). Et à chaque confrontation elle bluffe superbement dans le plus grande tradition jamesbondienne, pour obliger ses interlocuteurs à lâcher suffisamment d’indices pour reconstituer le puzzle et avoir une vue d’ensemble… Et comme dans Alias non seulement elle est devenue ce qu’on a fait d’elle, mais en plus elle a été fabriquée de toutes pièces dans un but bien précis. Le libre arbitre, ah le libre arbitre : une fois de plus le sort du monde va se jouer dans l’âme d’un seul homme, et cette fois-ci cet homme est une femme ! FIN SPOILERS

Mine de rien cela ressemble à une dystopie Young Adult, mais la plupart des héroïnes adolescentes qu’on a rencontrée ces dernières années peuvent aller se rhabiller car difficile d’égaler Beta Bequin, fille cachée de James Bond et de Mata Hari… Pour ne rien gâcher lecteurs est lectrices se concentrent sur l’héroïne, du coup ils sont facilement dupés quant à ses compagnons qui sont les pions d’un Dan Abnett plus fourbe que jamais…

ATTENTION SPOILERS Renner Lightburn est un maledyctus, c’est-à-dire que les crimes dont il s’accuse sont si horribles qu’il a décidé de servir gratuitement comme mercenaire dans l’espoir qu’une cause perdue lui octroie la rédemption. Fidèle jusqu’à la mort à Beta il finit par gagner sa confiance et son affection, mais son passé ne risque-t-il pas de les rattraper tous les deux ? Judika Saul est l’ancien flirt de Beta parti voler de ses propres ailes outre-monde. Il revient au bercail juste avant l’apocalypse, et il lui obéit trop pour être honnête, surtout dans une organisation qui cultive trop le mystère pour être honnête. Mais comme tout cosy mystery qui se respecte, malgré tous nos soupçons nous restons en dessous de la vérité. Deathrow est une légende parmi les gangs de veilleurs, et à chaque fois que Beta fait sa rencontre c’est pour la protéger qu’il déchaîne la Colère de Dieu sur Terre. Il finit par faire trembler jusqu’aux plus puissants champions du chaos : OMG le lore de Warhammer 40000 tremble sur ses fondations ! FIN SPOILERS

– Ce sont des armes ? Des missiles ?
– Des fusées. Destinées au vol spatial. N’ayez pas l’air si surprise. On raconte que les premiers pas dans l’espace à partir de Terra se firent à l’aide de fusées à carburant chimique.

Si vous avez déjà lu les cycles Einsenhorn et Ravenor (et plus si affinité, ce qui est mon cas), c’est encore plus génial car on identifie immédiatement tous les personnages que Beta découvre les uns après les autres !
ATTENTION SPOILERS DANS LES SPOILERS Déjà le vrai nom de Beta est Alizebeth Bequin, or nous savons que celle qui porte ce nom, fondatrice de l’école des parias, est dans le coma depuis plus d’un siècle suite à sa confrontation avec un Titan du Chaos, et qu’elle est âgée de plus de deux cents ans…
Place ensuite aux différentes factions que les habitués de la franchise connaissent plus au moins, ici tous à recherche de la Cité de Poussière, l’univers de poche qui sert de QG au Roi en Jaune ! Nous avons les Noctilus qui connaissent tout du passé de l’humanité mais qui n’en n’ont rien à secouer s’il n’y a pas de l’argent à gagner. Ils veulent offrir Beta aux plus offrants, et le plus offrants semblent être l’Église mais entre un prophète qui a toutes les clés de l’intrigue mais qui le plus grand mal à les expliquer, un bras droit qui pactise avec l’ennemi, et des subordonnés qui ne savent plus à quels saints se vouer c’est mal barré hein. Au final on a les Word Bearers de Scarpac et les Emperor’s Children de Teke le Souriant qui jugent la Cognitae plus dangereuse que l’humanité dont ils ont juré la perte. D’un autre côté on a la Team Einsenhorn qui traque le Roi en Jaune et la Team Ravenor qui n’est pas loin de penser que Gregor Einsenhorn est le Roi en Jaune (en sachant que les membres des uns et des autres ont parfois fait l’aller et le retour entre les deux équipes de l’un et de l’autre).
Et il faut compter sur le monster of the week, alias le Grael Magent envoyé par le Roi en Jaune pour nettoyer le merdier de la Cognitae (qui ne fait pas la dentelle en intervenant violemment dans tous les endroits où passe Beta). Du coup ni Beta ni ses lecteurs / lectrices n’ont le temps de se poser les bonnes questions amenant les bonnes réponses…
Tous les personnages que nous connaissons déjà et qu’on démasquent bien avant Beta (oh, revoilà la dynastie Glow), lui disent qu’elle ressemble à sa mère . Et parmi eux elle choisi finalement de donner sa chance à Einsenhorn qui parle d’elle avec le plus de sincérité (et pour cause, ils étaient amants)… Quand au bout de cavale sa planche de salut s’avère être pourrie, elle perd pied. Einsenhorn serait un Extremis Diabolus, et son univers s’effondre à nouveau quand apparaît du néant le quatrième acolyte d’Einsenhorn à savoir le démon Chérubaël… FIN SPOILERS DANS LES SPOILERS

 

Néanmoins j’ai eu comme l’impression que Dan Abnett était passé de quelque chose de bien plus grand…
L’auteur est un copycat génial et il nous gratifie d’une entrée en matière dans le plus style du gothique victorien (donc merci bien à la traduction de l’excellente Nathalie Huet). Ah ça, Reine-Mab est un cadre fantastique propre à tous les récits fantastiques. L’urbanisme de la cité est tributaire des sanctevoies laissées à l’abandon depuis que Saint Orpheaus les a arpentées. Plus personne n’a le droit de cheminer dessus donc elles cloisonnent les différents quartiers avec des habitations attenantes carrément abandonnées par la population, car les sanctevoies sont protégées bec et ongles par les gangs de veilleurs composés de vétérans de guerre mutants et / ou cyborgs eux aussi laissés à l’abandon lors des guerres précédentes (d’ailleurs pourquoi la population est persuadée que toutes les croisades de leur histoire sont une seule et même guerre menée par le mystérieux Orpheaus ? Cela fleure bon le foreshadowing !). Comme d’habitude, l’auteur n’a pas à se forcer pour faire une fois de plus le réquisitoire du reagono-thathéro-macronisme avec une cité industrielle en crise à cause des élites autoproclamées, prêtes à sacrifier tout pu partie de la population pour conserver leurs privilèges et leur train de vie de nantis… Quel dommage que tout cela ne soit pas davantage développé et travaillé en prenant plus de temps pour remonter toutes les couvertures de Beta…
On a donc du Charles Dickens, du Bram Stocker, du Agatha Christie, du Ian Fleming et tutti quanti. Mais le l’auteur est d’abord et avant tout un fan de SFFF, donc on retrouve également des passages à la H.P. Lovecraft et à la Jack Vance (et même une scène mélangeant Jack Vance et H.P. Lovecraft). Mais il faut être assez aguerri pour repérer qu’avoir lu la nouvelle Celui qui chuchotait dans ténèbres livre pas mal des clés de l’intrigue (méfiez-vous des grésillements, attention aux bourdonnements, et prenez garde aux gens qui vous donnent rendez-vous chez eux dans le noir)… En plus, l’auteur brouille les pistes avec des scènes d’horreur qui semblent sorties des sagas Chucky et / ou Puppet Master, donc avis aux amateurs !

Dans la nouvelle Une Image Traîtresse, l’auteur semait le doute : et si l’Empereur n’était qu’une fiction servant de paravent pour les Hauts Seigneurs de Terra ? De la même manière, ici on n’est pas loin de se demander si la Cognitae n’est pas une fiction servant de paravent pour les Hauts Seigneurs de la Pègre ? Le Roi en Jaune existe-il vraiment ? Lilean Chase, la Moriarty du 41e Millénaire existe-elle ? Le Conseil des Huit existe-il ? Moi-même j’ai failli par douter de tout ou presque, mais le programme eununcia est toujours actif donc il y a bien quelqu’un derrière lui…

 

Et au final tout se déroule dans la Cite de Reine-Mab, Venise dystopique où tout le monde avance masqué dans un tourbillon d’intrigues et de complots pour découvrir de l’autre côté du miroir la Cité de Poussière son double extradimmentionnel. Car tout le monde veut la tête du Roi en Jaune pour s’emparer des secrets de l’eununcia, le langage de la création qui est sur le point de maîtriser (à part le Roi en Jaune qui comme Sauron veut tous les trouver, les amener et dans les ténèbres les lier au Pays de Mordor où s’étendent les ombres). D’un côté les émules de Mordred et Thulsa Doom (les vrais savent) et d’un autre côté les pirates d’Albator et les mutants de Charles Xavier (les vrais savent encore plus). Déjà héritière de la lutte de James Bond contre le Spectre, Beta Bequin devient comme ses prédécesseurs celle de la lutte de Titus Crow contre les DDC (Divinités Démoniaques de Cthulhu). Je suis mort et au paradis des geeks : plus on est de fous et plus on rit, donc venez m’y rejoindre !

note : 8+/10

Alfaric

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