C.J. Cherryh

Chanur, tome 3 :

La Vengeance de Chanur

Roman, science-fiction / space opera
Publié en VF en août 1991 chez J’ai Lu
Publié en VO en 1985 chez  Phantasia Press (« The Kif Strike Back »)

A bord de l’Orgueil de Chanur, Pyanfar et son invincible équipage s’enfoncent toujours plus loin, toujours plus hardiment dans l’espace : l’Épopée de Chanur continue. Et voici que la belle Hani croise à nouveau le chemin de Tully, son ami terrien… Mais pourquoi ses ennemis, les cruels Kifs, les fourbes Mahendo’sat et les insaisissables Knnn, cherchent-ils avec tant d’acharnement à s’emparer de lui ? Quel secret détient donc l’humain égaré au cœur de la Communauté Spatiale interdite ? Pour l’amour de l’aventure, Pyanfar Chanur est prête à accepter d’étranges alliances et à relever de terribles défis. Mais l’enjeu est de taille : les humains sont sur le point de se frayer une route dans l’espace communautaire…

Dans ce tome 3 mal nommé La Vengeance de Chanur puisque la vengeance aura lieu dans le tome 4, on prend les mêmes et les on recommence (enfin presque)…

Ce tome 3 a d’ailleurs de fortes allures de tome 2 bis, et pour cause puisqu’il s’agit du fameux « tome de transition » présent dans trop nombreuses trilogies. Pour récupérer Tully et Hilfy enlevé par les Kifs, Pyanfar commandante de L’Orgueil de Chanur se lance moins dans une course poursuite que dans d’interminables négociations et tractations qui l’oblige à faire des promesses, des compromis et des alliances de circonstances. Sauf que comme on se sait pas qui veux quoi c’est nébuleux et pénible à lire (avec en plus les outils traducteurs, les différentes sabirs aliens ou le langage matriciel des Tc’a : Michel Deutsch et Pierre-Paul Durastanti ont justement dû en baver pour réaliser et réviser les traductions). D’autant plus qu’on nous balade de station spatiale en station spatiale sans qu’on comprenne le pourtant le comment à commencer par le personnage principal qui finalement n’en sait pas plus que nous et qui navigue à vue… Personnellement les séries dont on cache pour des raisons X ou Y les tenants et les aboutissants me gonflent rapidement (Larry Niven a saboté sa saga de L’Anneau-Monde à cause de cela). Mais heureusement C. J. Cherryh nous explique tout ce qu’il faut savoir dans le dernier tiers du roman avant une bonne grosse baston finale et le cliffhanger de fin qui oblige à lire la suite et la fin du récit dans le tome suivant. Dommage que ça prenne la forme d’une succession de dialogues explicatifs qui n’était pas très loin de n’en plus finir.. On aurait pu suivre le sac de nœuds des intrigues intersidérales avec tout le barnum des menteurs et des manipulateurs si on avait eu au moins 1 ou 2 éléments à se mettre sous la dent dès le début du tome 2. Car grosso modo, on peut résumer ce tome à l’ennemi de mon ennemi est mon ami, à moins qu’il joue double jeu pour me trahir ou triple jeu pour nous trahir tous les deux…

Faisons donc un saut en ZONE SPOILERS !
L’équilibre de la Communauté est le sur point d’être renversé car c’est la guerre civile chez les Kifs pour obtenir le pouvoir suprême : Akkhtimakt le champion s’est assuré de ses positions sur leur planète-mère, mais le challenger Sikkukkut a rassemblé le maximum d’alliés étrangers pour faire tourner le vent en sa faveur. Donc Pyanfar et son équipage hani qui n’arrive pas comprendre et à distinguer les Kifs ne savent jamais à quel camp elle ont affaire, d’autant plus que ça retourne fréquemment sa veste et que les espions sont légions. Grosso modo le champion est un conservateur isolationniste et le challenger un réformiste intersidéraliste, mais pour l’emporter le premier doit se faire violence en utilisant les mêmes méthodes que ses adversaires en s’alliant avec des étrangers : si Sikkukkut s’est allié avec les Mahendo’sat, s’est tout naturellement qu’Akkhtimakt cherche à faire alliance avec les Stsho leurs vieux rivaux. Même chose avec les Hani : les conservateurs isolationnistes jaloux du succès grandissant des réformistes intersidéralistes alliés aux Mahendo’sat sont en négociation avec les Stsho leurs vieux rivaux.
Et pourquoi les Stsho farouchement et férocement xénophobes sont prêts à toutes les alliances avec ceux qu’ils méprisent ? Parce que les Mahendo’sat sont sur le point de renverser leur domination politique et économique qu’ils tirent de leurs échanges avec les Méthaniens, en introduisant dans la Communauté cette nouvelle espèce d’Oxygéniens que sont les Humains. Ah oui, parce qu’en plus l’Humanité est divisée en 3 factions rivales avec des objectifs différents et en froid les unes avec les autres et avec des objectifs différents (pour en savoir plus, il faut continuer de parcourir l’univers étendu de l’auteure malheureusement non traduits en VF), même si ici c’est un peu la course à l’échalote pour être la première à faire commerce avec la Communauté, quitte à foirer le « premier contact » et déclencher la première guerre intersidérale ! D’ailleurs ça bouge tellement, que les mêmes les flegmatiques et incompréhensibles Méthaniens comment à intervenir dans le Grand Jeu !!!

On retrouve donc le schéma des interminables rivalités entre aristocrates et démocrates dans les cités grecques faisant intervenir telle ou telle puissance étrangères pour faire triompher leur faction… Mais on retrouve donc aussi le schéma de la fin de l’Ancien Régime ou les conservateurs étaient obligés de copier les réformes des révolutionnaires pour espérer survivre… Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes, car les mêmes causes produisent les mêmes effets !

La Jonction a toujours été un bon terrain pour les intrigues. L’endroit idéal pour être à l’écoute des rumeurs.

Laurent Genefort fin connaisseur et grand promoteur des genres de l’imaginaire a toujours dit que la Science-Fiction avait évolué pour ne pas pire progressé grâce au réalisme. Cela a beau être mon maître en bien des domaines, si je comprends bien sa position je ne suis pas entièrement d’accord avec lui : pour la Science-Fiction, le réalisme est l’une des voies possible mais non pas la seule car il y a d’autres alternative (sinon on aboutit à la Hard Science et à la fuite du lectorat vers d’autres genre, parce qu’on ne va se mentir la Hard Science va peut vite devenir très chiant si on n’est pas titulaire d’un master en sciences).

Personnellement je trouve que l’auteure a trouvé le bon équilibre entre réalisme et dynamisme, mais il y a toujours chez elle le fait que la narration centrée sur une seule personne soit à la fois une qualité et un défaut. La qualité c’est l’immersion, les défauts c’est la distanciation avec les autres personnages, parfois la froideur du récit, souvent les nombreux non-dits. Tout est vu à travers les yeux de Pyanfar, qui ne se donne aucunement la peine de s’attarder sur tel ou tel point technique, économique, politique, voire même linguistique car pour elle tout cela fait partie de la routine quotidienne (genre avec le concept central de « sfik », qu’on pourrait traduire par « réputation » : tant que t’en as, on te respecte, mais tu perd la face tu perd le respect, souvent la sécurité, et parfois la vie). C’était pareil dans le Cycle de Morgane, donc cela fait partie du style et des partis-pris de l’auteure, et pas seulement d’un choix pour reconstituer des civilisations aliens où l’humain n’a pas sa place et donc où les lecteurs et les lectrice doivent se sentir « perdus » car « étrangers »… Il faut ainsi attendre le tome 3 pour qu’on comprenne les spécificités des « spatiaux » : on franchit le vide intersidéral en faisant des « sauts » dans l’espace-temps, mais si cela indiffère les Méthaniens que personne ne comprend, cela impacte physiquement et mentalement les femelles hanies et plus encore les mâles hanis, quand aux Mahendo’sat et aux Humains ils doivent prendre des somnifères pour ne pas être conscient lors de la procédure sous peine de perdre la raison…

J’ai beaucoup aimé dans ce tome le côté humoristique, Pyanfar considérant l’arrivé de mâles dans son vaisseau comme la constitution d’un zoo de moins en moins facilement gérable. C’est un running gag qui sert de comic relief au récit, mais cela permet aussi à l’auteur de continuer son féminisme par l’absurde puisque produit de sa culture matriarcale, Pyanfar continue de considérer les mâles comme faibles psychologiquement et peu développés mentalement, sujet à de brusque et dangereuses sautes d’humeur, donc inaptes aux tâches autre que ménagères !

 

Au final l’auteur a exposé son univers dans le tome 1 qui peut se suffire à lui-même, elle a éparpillé son puzzle dans le tome 2, elle a reconstitué son puzzle dans le tome 3 : les pions sont donc en place sur l’échiquier pour le grand final du tome 4 qui va sceller la destinée de peuples entiers !

note : 6+/10

Alfaric

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