Ryo Mizuno (scénario)
Akihiro Yamada (dessin)

Les Chroniques de la Guerre de Lodoss :

La Dame de Falis, tome 1

Manga, fantasy / heroic fantasy 
Publié en VF en mai 2005 chez CARABAS
Publié en VO en 1994 par Kadokawa Shoten (« Lodoss to Senki : Falis no Seijo / ロードス島戦記 ファリスの聖女 »)

L’avidité des hommes a ramené à la vie le roi des démons. Pour l’arrêter, et sauver Lodoss du sort funeste connu par Marmo, les peuples de l’île se réunissent autour de sept héros. Un chevalier saint de Valis, un barbare, une prêtresse de Marfa, un magicien errant, un roi nain, une guerrière-mage sans nom, et une jeune prêtresse de combat, la vierge de Pharis.

Au départ Lodoss c’était un produit marketing destiné à la fin des années 1980 à lancer Donjons & Dragons au Japon. Ryo Mizuno figure du JdR japonais pour ses comptes-rendus de parties de Runequest et Tunnels & Trolls a été embauché pour réaliser des produits dérivés, mais à l’image de la saga Dragonlance il s’est passé un miracle car ce passionné de fantasy a réussi à transformer une simple publicité en série épique devenue culte pour ne pas dire de référence… (avec 10 millions d’exemplaires vendus, le JdR Lodoss est en 3e position au Japon derrière Donjons & Dragons et L’Appel de Cthulhu)

 

Vaut pour les deux tomes, car ils forment un tout :
Ce qui saute aux yeux c’est les dessins véritables bonbons pour les yeux : on a l’impression qu’aucun papier ne sera suffisamment de qualité pour apprécier à sa juste valeur la finesse du trait. A la jonction des années 1980-1990, le Japon possédait un nombre incroyable de fabuleux charadesigners qui malheureusement ont tous été laminés par l’informatisation de la Planète Manga, où finalement tout ou presque fut simplifié pour produire plus facilement et plus rapidement, donc réaliser du mainstream lowcost pour augmenter la marge bénéficiaire des Marchands du Temple.

Akihiro Yamada est un artiste confirmé et réputé, mais également très rare, La Dame de Falis est d’ailleurs le seul manga qu’il ait dessiné en entier donc il faut en profiter. J’avoue qu’il est encore meilleur dans le style occidental que dans le style oriental, et fort heureusement pour l’ensemble c’est quand même le premier qui l’emporte ce qui nous une magnifique ambiance mélancolique très « chroniques du temps jadis » à la J.R.R. Tolkien ! (d’ailleurs après 50 de tolkienisme yankee, je n’aurais pas parié sur un aussi bel hommage à l’auteur anglais de la part des Japonais)

Sur le fond c’est hyperclassique : un seigneur signe un pacte avec le diable pour obtenir être plus haut dans la hiérarchie alors qu’il est déjà en haut de la hiérarchie, ce faisant il réveille et libère un Mal Millénaire qui menace le monde. On retrouve la communauté qui se rassemble pour l’affronter et qui forge une Grande Alliance pour l’éliminer (la deuxième partie n’étant finalement qu’une gigantesque partie de « Dungeon Crawler » pour atteindre et affronter le boss de fin)… Mais alors pourquoi cela marche aussi bien, a fortiori sur un vétéran de la fantasy comme moi ?

– Ne penses-tu pas qu’il est stupide de vivre dans la peur de l’avenir ?

Premièrement, on a un véritable univers qui ne se dévoile vraiment que si explore tous les opus de saga. Alors oui cela peut se lire indépendant de tout le reste sans aucun problème, mais on perd beaucoup en émotion si on ne sait pas que les personnages ici alliés sont ennemis durant « La Guerre des Héros »  (ah le buddy movie entre Fawn et Beld sur fond de triangle amoureux est génial quand on sait par avance que les deux personnages vont combattre jusqu’à la mort à l’époque suivante, en défendant chacun sa vision de l’avenir pour Lodoss)…

Deuxièmement, on a de véritables personnages (d’ailleurs un peu à l’étroit en 500 pages) :

– Flaus est une prêtresse guerrière construite sur le modèle de Jeanne d’Arc
Plus jeune et plus forte guerrière de son ordre, elle est envoyée en mission de reconnaissance à Moss pour investiguer sur les premières incursions des démons. On la découvre en véritable « Mother Sarah » dans une ambiance crépusculaire à la « Hokuto no Ken », et sa foi va être mise à rude épreuve !

– Wort est un magicien inspiré par Elric de Melniboné
Il cache un lourd secret car il est persuadé que c’est par lui que le malheur est arrivé, et il ne ménage pas ses efforts en prenant tous les risques pour éliminer le mal qu’il pense avoir contribuer à libérer. Il passe ainsi d’un caractère joyeux à un caractère ombrageux, et au bout du bout on le retrouve suppliant qu’on lui apprenne la magie nécessaire pour défaire ce qu’il a fait… (A un moment il croise à l’Académie de Magie un certain Vagnard, un émule de Theleb Karna par qui le malheur va vraiment arriver lors des époques suivantes de saga)

– Beld est un guerrier inspiré par Conan le Cimmérien (version Frank Frazetta), et il va combattre Fawn jusqu’à la mort dans « La Guerre des Héros »…
Guerrier barbare qui ne craint rien ni personne, il ne jure que par le présent. Mais il garde bien des secrets, tant sur son passé que sur son avenir, car on a prédit au descendant du destructeur de l’Empire de la Magie qu’un jour il serait « roi de ses propres mains » !

– Fawn c’est Lancelot du Lac biclassé « tank » et « paladin », et il va combattre Beld jusqu’à la mort dans « La Guerre des Héros »…
Le chef des guerriers sacrés est comme Boromir envoyé comme caution et comme gardien par le leader du monde libre, mais il s’agit aussi de son fils car même si ce n’est jamais dit c’est fortement suggéré. Frappé d’infamie par les agissement d’un doppelgänger ennemi, il ne cesse de batailler pour faire éclater la vérité !

– Neese est un prêtresse de Marfa, et ici elle l’est d’une des rare personne capable d’invoquer les Seigneurs Blancs pour s’opposer aux Seigneurs du Chaos… (et nous suivrons les aventures de sa fille Leiria dans les OAVs et celle de sa petite-fille Neese dans la série animée)

– Frepe le Roi d’Acier c’est Thorin et /ou Gimli en mode Warhammer !
Le dernier souverain des peuples nains a perdu son royaume et son peuple en même temps que sa capitale et son palais désormais QG du Malin. Sa soif de vengeance est sans limite, et il prêt à donner sa vie pour la quête de ses compagnons réussisse !

– la belle et mystérieuse guerrière-mage sans nom va devenir pour les lecteurs et les lectrices la Sorcière Grise, garante de l’équilibre entre l’Ordre et le Chaos donc militant de l’extrême-centre…
– pour ne rien gâcher les hobbits sont remplacés par des paysans, et Feylo, Rick et Jacob partent à l’aventure pour lutter aux côtés des forces du bien… S’ils avaient su ils ne se seraient pas venus !

 

Il y a aussi tout un côté Michael Moorcock : seul un dieu peut vaincre un autre dieu, et s’il quelqu’un a réussi à invoquer une divinité de Chaos, il faut quelqu’un pour réussir à invoquer une divinité de l’Ordre. Et un tel miracle à un prix (la foi) et un coût (la vie !)… Seule Neese et Flaus peuvent réaliser une réussite critique à un jet d’intervention divine, et après le miracle de la forêt du miroir (la Lorien, les vrais savent), seule Flaus peut sauver le monde… A charge pour ses compagnons de lui ouvrir la route et de couvrir ses arrières, en sachant que le personnage qui peut faire pencher la balance est Karla adepte de la Balance Cosmique et extrémiste de l’équilibre des forces. Je ne sais pas si c’est fait exprès car les Japonais sont réputés pour leurs dramas qui n’en finissent pas : comme Sauron, le boss de fin ne dit pas un mot de la première à la dernière page du récit… C’est vraiment déstabilisant, du coup j’imagine que c’est assez efficace !

note : 8-/10

Alfaric

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